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Glyphosate : les coulisses d’un désaccord européen

Publication: 31/10/2017

Alors que le vote concernant la réautorisation de l’herbicide le plus vendu dans le monde a une nouvelle fois été reporté, Secret Défense revient sur les dessous d’un blocage européen.

 

Réunie le 25 octobre à Bruxelles, pour la troisième fois consécutive, afin de se prononcer sur le renouvellement de la licence du glyphosate, la Commission européenne a confirmé qu’elle n’est pas prête à assumer l’interdiction de la célèbre molécule.

Seize pays étaient pourtant favorables à une réautorisation de dix ans, mais ils ne constituent pas la majorité qualifiée nécessaire sur ce dossier (55 % des vingt-huit pays, représentant 65 % de la population).

Comment expliquer ces désaccords? Pourquoi une telle division ? A en croire ses détracteurs, le journal Le Monde en tête, la question du glyphosate aurait dû être tranchée rapidement, si ce n’était pour le tout puissant lobby agrochimique, mené par Monsanto. La réalité est pourtant tout autre: car à ce jour, la science est bel et bien du côté du Roundup, et le CIRC, le seul organisme officiel ayant condamné le glyphosate à ce jour, s’est récemment pris les pieds dans une controverse scientifique d’une rare gravité.

 

Des données scientifiques éditées à la dernière minute

Dans une enquête spéciale diffusée jeudi 19 octobre, l’agence de presse Reuters révèle en effet que le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC) « a rejeté et modifié les résultats présents dans une ébauche de son examen du glyphosate qui étaient en contradiction avec sa conclusion finale selon laquelle le produit chimique est probablement à l’origine du cancer ».

Agence intergouvernementale créée en 1965 par l’OMS et basée à Lyon, le CIRC a classé en mars 2015 le glyphosate comme « cancérogène probable » pour l’homme en se fondant notamment sur des études menées sur des souris et des rats. Or, les modifications identifiées par Reuters ont précisément été effectuées dans le chapitre que le rapport du CIRC consacre aux animaux.

Reuters a pu établir que les conclusions de nombreux chercheurs, dont les études n’avaient trouvé aucun lien entre le glyphosate et le cancer, ont simplement disparu de la version finale du document du CIRC. L’agence mentionne en particulier la disparition d’une phrase mentionnant les conclusions des experts de l’agence américaine de Protection de l’environnement, qui étaient « fermement » et « unanimement » d’accord pour dire que le glyphosate n’avait pas provoquée de croissance anormale chez les souris étudiées.

Au total, Reuters a repéré dix modifications significatives dans la version finale du rapport du CIRC. Dans tous les cas, une conclusion négative quant au lien éventuel entre le glyphosate et l’apparition de tumeurs a été remplacée par une conclusion neutre ou positive. Reuters affirme n’avoir pas réussi à établir l’identité de la personne ayant introduit les modifications.

Un silence qui jette le doute

Interrogé par l’agence de presse, le CIRC n’a pas souhaité s’exprimer à ce sujet, et s’est limité à rappeler que l’ébauche consultée par Reuters était un document « confidentiel » et « délibératif par nature ».

Scott Partridge, vice-président en charge de la stratégie de Monsanto, s’est immédiatement jeté dans la brèche. Pour ce dernier, ces modifications montrent bien la façon dont les membres du CIRC « ont manipulé et déformé des données scientifiques » dans leur avis sur le glyphosate.

Chris Wild, directeur du CIRC passé par l’Institut de Génétique, de Santé et de Thérapeutique de Leeds, fait valoir que les évaluations de l’agence lyonnaise sont « très respectées pour leur rigueur scientifique et leur processus standardisé et transparent ». M. Wild a également précisé que les méthodes du CIRC visent à permettre aux chercheurs de s’engager dans un débat scientifique libre lors de leurs délibérations.

Seulement, l’agence Reuters avait révélé en juin dernier que les codes de déontologie scientifique ne sont pas toujours respectés par les membres du CIRC, y compris les plus influents. Aaron Blair, épidémiologiste à l’Institut National du Cancer (NCI) aux Etats-Unis, a ainsi avoué avoir sciemment passé sous silence des données scientifiques clés lors de la réunion d’experts du CIRC en mars 2015, réunion qu’il a lui-même présidé et qui a conclu, comme cela a été dit, à la cancérogénicité probable de la molécule.

 

Les conclusions du CIRC auraient dû être différentes

Avant la réunion de 2015, M. Blair avait eu accès aux résultats de l’Agricultural Health Study (AHS), une des plus importantes et rigoureuses études sur les effets des pesticides sur la santé humaine. Selon cette étude, « le glyphosate n’est d’une manière générale pas associé à l’incidence du cancer ». Mais M. Blair a décidé de taire ces informations lors de la réunion du CIRC, comme il l’a indiqué aux avocats de Monsanto dans le cadre d’une procédure judiciaire intentée aux États-Unis contre la firme agrochimique.

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