Maroc : un vent de modernité et d’ouverture

Contrairement aux grandes puissances mondiales, le Maroc a su surmonter efficacement l’obstacle épidémique pour rebondir tout aussi rapidement sur le plan économique et social. Mais les progrès marocains se constatent également sur les plans diplomatique, social et sociétal, avec une ouverture toujours plus grande vers le monde extérieur.

Avec 12 % d’investissements directs étrangers (IDE) en plus par rapport à l’an dernier, le Maroc affiche une croissance à deux chiffres que lui envient la plupart des pays développés et émergents. Malgré la crise sanitaire et économique, l’IDE marocain était resté stable entre 2019 et 2020 grâce, notamment, à l’attractivité des secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, de l’aérospatial et du textile. Il n’en fallait pas plus, dès lors, pour renforcer la position de porte d’entrée européenne et internationale vers le marché africain. Pour y parvenir, le royaume chérifien a multiplié les réformes visant à améliorer le climat d’investissement, explique l’universitaire Driss Effina au média marocain Le360. Et le président du directoire du Centre indépendant des analyses stratégiques de citer les « incitations attrayantes pour tout projet d’investissement », les « accords de libre-échange avec plusieurs puissances économiques mondiales » ou encore les « conventions internationales relatives à la garantie et à la protection de l’investissement ».

Une stratégie de relance audacieuse et efficace au Maroc

Afin d’encourager la relance économique, l’État marocain a réussi à combler des besoins financiers qui ont doublé en 2020 grâce à une stratégie audacieuse. Pour compléter les 32 milliards de dirhams (environ 3 milliards d’euros) récoltés par un appel aux dons lancés dès le début de la crise, Rabat a repoussé au maximum ses capacités d’endettement pour pouvoir aider les entreprises à tenir pendant la tempête. Annoncé dès l’été dernier et instauré en février 2021, le Fonds Mohammed VI pour l’investissement a mobilisé 15 milliards de dirhams (1,5 milliard d’euros) supplémentaires à destination des PME marocaines. Mais le succès de l’opération repose surtout sur les 120 milliards de dirhams (12 milliards d’euros) du plan de relance, dont plus de la moitié a déjà été débloquée sous forme de prêts garantis par l’État, selon le ministre de l’Économie et des finances, Mohamed Benchaâboun. Et pour assurer la durabilité de ses investissements, le Conseil de gouvernement a adopté un décret visant à privilégier les entreprises marocaines dans la commande publique. Résultat : elles sont déjà près de 100 000 à avoir bénéficié de prêts garantis, si bien que l’indice boursier marocain caracole en tête avec près de 10 % de plus-value depuis le début de l’année 2021.

L’impressionnante résilience de l’économie marocaine ne s’explique pas seulement par l’efficacité du plan de relance. Elle s’appuie aussi sur plusieurs réussites dans d’autres dossiers, à commencer par une campagne de vaccination qualifiée d’ « exemplaire » par Jeune Afrique. Selon le média, l’État aurait signé des accords avec des fournisseurs dès août 2020 pour recevoir cinq millions de premières doses fin janvier 2021. Grâce à une « bonne gestion de la crise », rendue possible par les recommandations du comité scientifique et technique national et l’ouverture de plus de 3 000 centres de vaccination, moins de 10 % des lits de réanimation étaient occupés début juillet, si bien que l’immunité collective serait atteignable à l’automne… « Le rythme soutenu, exemplaire [de la campagne de vaccination], a apporté un grand bol d’air frais au climat des affaires », confirme le Centre marocain de conjoncture. L’indice de confiance des ménages a, lui aussi, progressé de sept points durant le premier trimestre 2021, 35 % des Marocains s’attendant même à voir leurs revenus progresser dans les 12 prochains mois.

Des réformes pour transformer la société marocaine

Parmi les autres facteurs de réussite de l’exécutif figurent plusieurs réformes sociales et sociétales qui ont joué un rôle important dans la résilience marocaine. C’est le cas de la protection sociale à travers la généralisation de l’assurance-maladie, devenue obligatoire et qui couvre désormais l’immense majorité de la population (85 %), et des allocations familiales, mais aussi l’extension des régimes de retraite aux indépendants et de l’indemnité de perte d’emploi aux travailleurs non-salariés. De quoi donner confiance en l’avenir à tous, y compris aux plus précaires, qui pourront bientôt bénéficier du futur registre social unique (RSU), synonyme d’accès simplifié aux démarches administratives. La transformation de la société marocaine se traduit également par la suppression de l’attribution obligatoire de prénoms d’origine arabe. Cette petite révolution, adoptée par le gouvernement le 17 juin dernier, démontre la volonté de cohésion nationale et d’ouverture vis-à-vis de la population berbère, qui représente plus d’un quart des Marocains.

Cette même volonté d’ouverture et de marche en avant diplomatique est à l’origine, de manière plus remarquée, de la normalisation des relations avec Israël fin 2020. Le Maroc est ainsi devenu le quatrième pays arabe à signer l’apaisement avec l’État hébreu, en contrepartie d’une reconnaissance américaine de sa « souveraineté » sur l’ancienne colonie espagnole du Sahara occidental. Symbole de ce rapprochement : un premier vol commercial en provenance de Tel Aviv a atterri le 25 juillet à Marrakech, avec à son bord une centaine de touristes israéliens. Le lendemain, le réchauffement diplomatique entre le Maroc et Israël, et à travers lui entre les mondes arabe et juif, se confirmait lors d’une rencontre entre les ambassadeurs des deux pays en France au Centre culturel Patrick et Lina Drahi à Paris. Partenaire diplomatique, culturel et économique de longue date avec la France, le Maroc s’inscrit aujourd’hui comme un acteur incontournable entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Son influence et sa voix reconnue dans les institutions continentales et internationales telles que l’Union africaine et l’ONU lui ouvrent même de nouveaux partenariats, comme celui établi récemment avec la Pologne pour favoriser l’implantation de sociétés polonaises dans le royaume. De quoi consolider encore davantage l’émergence du Maroc dans le monde moderne.

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