Liban : comment a commencé cette descente aux enfers ? Episode 3

Crise au Liban

Alors que le Liban sombre dans une crise effrayante, et cela à tous les niveaux, Jack. M, avocat à Beyrouth, revient, sous couvert d’anonymat, dans un plaidoyer poignant sur la situation d’un Etat en perdition et gangréné par la corruption. 

“Comme si cela ne suffisait pas, à l’insu de la population, des milliers de tonnes de nitrate d’ammonium, attendaient au port depuis quelques années. Le 4 Août 2020, l’entrepôt explose à deux reprises; Détail qui a son importance puisqu’accoururent les secours après la première déflagration, qui furent piégés à la seconde : 150 morts, des milliers de blessés gravement pour la plupart, dégâts matériels qui s’élèvent à des sommes astronomiques, et le désespoir comme une nuée couvrit la population dans son entièreté. Se remettre de ce choc qui nous est rappelé souvent au hasard de rencontres : visages balafrés, éborgnés ou ayant perdu la vue, personnes clouées dans des fauteuils, d’autres en noir qui pleurent les disparus, est quasiment impossible.

Alors quand le 14 Août 2021, un an et 10 jours après, au Akkar, l’incendie d’une citerne d’essence s’est déclaré, dû aux bagarres déclenchées par le manque de la matière, et que l’image des personnes, torches vivantes, nous rappelait la photo célèbre (de Nick Ut) d’une victime du Napalm au Viet Nam, prise le 8 août 1972, on est en droit de se demander si on y est ? Aux enfers… Y a-t-il encore des niveaux plus bas, plus féroces ? A-t-on touché le fond, enfin ? Pendant ce temps, au Palais Présidentiel de Baabda, les visites se poursuivent, le ballet des blocages continue et les portefeuilles qui rapportent sont âprement disputés, celui des Affaires Sociales longtemps dénigré est à présent l’objet de toutes les envies… Il y aurait de l’argent à la clé…

N’oublions pas le Covid-19, qui s’il ne peut être imputé à la classe politique a aidé celle-là à juguler la résistance. Le confinement, sous le couvert du souci de l’État pour la santé de tous, a été le moyen d’empêcher toute manifestation. Et cela, plus efficacement que la force des armes. L’économie, déjà affaiblie, a poursuivi son agonie. Comment sont-ils toujours là, ceux qui ont transformé notre paradis en enfer ? Nous manquons certainement de recul, nous les Libanais, encore plus que les autres, qui par hasard s’intéresseraient à notre situation. Trop occupés à faire la queue dans les stations d’essence, ou aux portes des banques pour mendier notre propre argent, ou encore à celles des pharmacies pour essayer d’obtenir l’ersatz du remède qui nous maintiendrait en vie, comment pourrions-nous déceler le sens de la marche de l’Histoire ? Notre résilience, si louée, n’est-elle pas justement l’instrument de notre perte ?

À trop bien s’adapter à une situation, aux conditions scandaleuses que nous subissons, à accepter toujours plus, fait le jeu de nos bourreaux. La désobéissance civile est un devoir :

  • Ne pas payer sa facture d’électricité : de toute façon nous n’en avons pas ou si peu.
  • Ne pas payer l’eau. 
  • Ne pas payer les charges municipales : le ramassage des ordures est payé en sus, à une entreprise privée, l’éclairage des rues est inexistant, le gardiennage… Laissez-moi rire.
  • Ne pas payer ses impôts qui finissent dans la poche des dirigeants et on ne voit rien en retour (sauf à la veille des élections, une crise aiguë d’asphaltage).
  • Faire un scandale, à chaque fois aux portes des administrations et des banques.”

IL NE FAUT RIEN ACCEPTER

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