Anticor saisit la CADA pour éclaircir la nature des contrats entre la DGS et McKinsey

Le recours du gouvernement à des cabinets de conseil dans le cadre de la mise en place de sa stratégie de vaccination soulève un certain de questions. Anticor vient de saisir la Commission d’Accès aux Documents Administratifs (CADA) pour demander la transparence sur la nature exacte de l’attribution à McKinsey de certains marchés publics.

Très décriée, la campagne de vaccination contre la Covid-19 en France continue à faire des remous. Début janvier, on apprenait ainsi par le Canard Enchaîné et le site Politico que le gouvernement avait eu recours aux services du cabinet de conseil américain McKinsay pour mettre en œuvre certains aspects de sa stratégie vaccinale. Une information confirmée auprès du journal Le Monde dans la semaine par la Direction générale de la santé (DGS), qui dépend du ministère des solidarités et de la santé. Laquelle expliquait avoir également eu recours à l’expertise de trois autres cabinets. Accenture a ainsi été chargé du « lancement, de l’enrichissement et de l’accompagnement de la mise en œuvre du SI [système d’information] vaccination » et les sociétés Citwell et JLL de « l’accompagnement logistique et de la distribution des vaccins Covid ». Quant à McKinsey, la DGS lui a confié « la définition du cadrage logistique, du benchmarking [comparaison avec des pays étrangers] et de la coordination opérationnelle ».

Des prestations chères payées

Des prestations chères payées alors que l’Etat dispose de nombreuses administrations dans le domaine de la santé. Selon Le Point, le montant de celles réclamées par McKinsey s’élèverait à quelque 2 millions d’euros par mois. Accenture ne facturerait elle « que » 1,2 million d’euros d’après Mediapart. Des sommes qui interrogent, notamment eu égard à l’efficacité toute relative de la mise en œuvre de la stratégie vaccinale en France.

Le gouvernement s’est justifié en expliquant qu’il y a « dans notre pays depuis plusieurs années et même plusieurs quinquennats un recours à des cabinets de conseil lorsque sont élaborés, mis en œuvre, des grands projets qui nécessitent un appui, des conseils stratégiques, logistiques ». Pour le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, les services de ces cabinets sont par exemple utilisés pour « la mise en place des agences régionales de santé » ou celle « des grands systèmes d’information« . Mais ces explications n’ont pas convaincu l’opposition qui, outre une inquiétude exprimée sur la maimise potentielle des cabinets de conseil américains sur l’administration française, accuse les services de l’Etat de nombreuses défaillances depuis le début de la campagne de vaccination.

Anticor saisi la CADA

C’est pour éclaircir cet aspect qu’Anticor a saisi la Commission d’Accès aux Documents Administratifs (CADA) le 17 mars 2021. L’association anticorruption demande en particulier la transparence sur « tous les documents relatifs aux marchés publics et aux délibérations à l’origine des contrats entre la DGS et McKinsey, de 2018 à aujourd’hui ». Car l’exécutif ne détaille guère les missions du cabinet. Pas plus que McKinsey, une société qui cultive le secret, 100 ans après sa création aux Etats-Unis. Sa filiale française n’en est pas moins solidement établit depuis 1964 sur les Champs-Elysées à Paris.

D’après le journal Le Monde, qui lui a consacré une longue enquête, les liens entre « la Firme », telle qu’elle est surnomée pour son goût de la discrétion, et Emmanuel Macron remontent à 2007. Jeune inspecteur des finances à l’époque, le futur président de la République devient rapporteur général adjoint de la commission Attali, chargée de proposer des réformes économiques à la demande de Nicolas Sarkozy. Le jeune énarque qui rencontre le patron de McKinsey Eric Labaye, mais aussi Pierre Nanterme, patron d’Accenture, « impressionne l’assistance ». Le courant passe également fort bien avec le chef des consultants chez McKinsey, un certain Karim Tadjeddine.

Des liens qui interrogent

Plus tard, en 2016, alors qu’il ambitionne d’entrer à l’Elysée, une dizaine de salariés de McKinsey vont réfléchir à des propositions pour nourrir le programme d’Emmanuel Macron sur l’économie et les dossiers régaliens. Ils agissent alors pour le compte d’En Marche, le mouvement qu’il vient de fonder pour appuyer son ambition. Pour autant, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques ne conserve aucune trace de factures. Ces salariés sont-ils intervenus sur le temps libre ou à titre bénévole ? McKinsey n’a pas répondu au Monde. Toujours est-il que nombre d’entre eux ont ensuite occupé de hautes fonctions au sein du mouvement et de l’appareil d’Etat.

Par ailleurs, Emmanuel Macron a créé une direction interministérielle à la transformation publique (DITP) après son élection. Son rôle consiste notamment à coordonner les missions commandées par l’Etat aux cabinets privés. C’est dans ce cadre que le marché de la logistique du plan de vaccination a été attribué. L’interlocuteur de la DITP chez McKinsey s’appelle… Karim Tadjeddine. Un « entresoi qui dérange » écrit le quotidien national.

La DITP disposerait ainsi d’un budget de 100 millions d’euros sur le quinquennat. 30,2 millions ont déjà été dépensés au profit des consultants privés dont 11,3 millions dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire liée à la Covid-19. Or, « crise ou pas, il est important que les citoyens contrôlent l’action de leurs responsables politiques, écrit l’association Anticor sur son site internet. Cela permet notamment de lancer des débats stratégiques sur le recours à des entreprises privées plutôt qu’à l’administration française ».

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