Glyphosate : le protectionnisme français en embuscade ?

Publication: 29/12/2017

Une étude américaine publiée en novembre dernier dans le Journal of the National Cancer Institute a démontré que la probabilité d’avoir un cancer à cause du glyphosate est nulle. Mais ces conclusions ne sont pas suivies par la France, qui semble avoir un autre agenda.

Comme il fallait s’y attendre, de nombreux responsables politiques français ont été scandalisés que l’Union européenne (UE) prolonge le 27 novembre dernier la durée de vie du glyphosate, l’herbicide le plus utilisé au monde. Emmanuel Macron, aussitôt la nouvelle encaissée, a d’ailleurs demandé au gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite dans l’Hexagone. Le Président français a par la même occasion, tué dans l’œuf toute tentative de débat apaisé et argumenté.

Néanmoins, des bases scientifiques sérieuses semblent démontrer qu’il faudrait accorder à la molécule honnie le bénéfice du doute.

Les études indépendantes et favorables au glyphosate s’accumulent

Depuis plusieurs mois, le glyphosate fait office d’épouvantail social. En cause, son caractère prétendument cancérogène. Hélas ses accusations font souvent peu cas des récentes études en la matière. Ainsi, rares sont les politiques ou les médias à avoir évoque cette vaste étude dirigée aux États-Unis, et publiée le 9 novembre dernier dans le très sérieux Journal of the National Cancer Institute, qui ne trouve aucun lien entre les cancers et le glyphosate.

Ces chercheurs américains, participant au projet Agricultural Health Study (AHS), ont suivi la santé de dizaines de milliers de salariés agricoles aux États-Unis. Ils ont pu éplucher les données statistiques sur leur utilisation du glyphosate et surveiller l’apparition de cancers chez ces agriculteurs et leur famille. Résultat : l’utilisation du produit n’a aucun lien avec les différents cas de cancers apparus parmi les 54 251 personnes ayant eu recours à un pesticide — du glyphosate pour 82 % d’entre elles.

La directrice de l’étude, Laura Beane Freeman, est une spécialiste de l’épidémiologie qui a déjà publié de nombreux rapports sur des sujets similaires — l’exposition au formaldéhyde, à l’arsenic, voire à d’autres types de pesticides. Les chercheurs ont bénéficié d’un financement intégralement public, venant de nombreux instituts américains, comme celui sur le cancer. La rigueur méthodologique des travaux effectués est indiscutable, ne serait-ce que quand on prend en compte la période sur laquelle s’est étalée l’étude — une vingtaine d’années.

L’observation conduite par les membres du projet AHS s’est basée sur deux groupes d’agriculteurs : un premier de 9 319 individus qui n’ont jamais utilisé de glyphosate ; un second de 44 932 personnes ayant déjà été exposées à la substance. Et afin de mesurer précisément les effets du glyphosate sur l’occurrence ou non de cancers, ce dernier groupe a été subdivisé en quatre, selon que les agriculteurs ont été plus ou moins exposés. À l’arrivée : l’augmentation de la probabilité d’avoir un cancer à cause du glyphosate est nulle. Et ce quel que soit le degré d’exposition.

Plus récemment, l’EPA, l’agence de protection de l’environnement américaine, a elle aussi écarté les risques de cancer pour l’homme, après une longue étude de deux ans qui a récemment porté ses fruits. Scientifiquement, médicalement et à rebours des postures médiatiques ou politiques, le danger que représente le glyphosate pour l’homme semble s’écarter de plus en plus.

 

L’acide pélargonique, un plan B dangereux

Il y a fort à parier, malheureusement, que la classe politique, si elle a eu vent de cette étude, lui fasse la sourde oreille. Pourtant, ce qui se joue à Bruxelles dépasse largement le cadre des seuls intérêts industriels de Monsanto — qui existent bel et bien, impossible de le nier. Ce sont des milliers d’agriculteurs qui risquent de voir leur activité ébranlée par le retrait du glyphosate.

Mais dans ce cas, pourquoi l’État français persiste-t-il à s’opposer à tous ses partenaires européens, en réclamant l’interdiction de cet herbicide ? La raison pourrait être purement financière, si l’on en croit une enquête du journal Politico. Il semblerait que Paris mise depuis plusieurs mois sur un « plan B ».  Sa solution de rechange ? L’acide pélargonique, une molécule de plus en plus utilisée comme substitut du glyphosate et présent naturellement dans l’environnement, notamment dans le géranium. Cerise sur le gâteau, la molécule est issue d’un développement 100% Made in France.

Le gouvernement d’Édouard Philippe fait donc un pari : celui de la disparition progressive du glyphosate à moyen terme. Le monde agricole serait alors contraint de se rabattre sur d’autres herbicides comme l’acide pélargonique, mis au point par des groupes français. Le produit a tout pour plaire : fabriqué par des groupes comme « Rhône Chimie Industrie », c’est un « actif d’origine végétal ».

De quoi rassurer l’opinion publique pour qui « naturel » rime avec « inoffensif ». Seul problème : cette molécule est bien plus chère que le glyphosate, tout en étant extrêmement dangereuse. Des associations écologistes et le parti EELV ont ainsi alerté à plusieurs reprises sur cet herbicide « naturel » qui provoque dommages sévères au tube digestif, nausées, douleurs pulmonaires ou encore brûlures. L’Europe a également classé cet acide comme très dangereux pour les yeux, avec des risques de nécrose de la cornée. Plus grave, des chercheurs américains se sont penchés sur la molécule en 2017 et ont révélé que celle-ci était 2,5 fois plus présente dans le groupe des patients atteints de cancer du poumon et 9 fois plus présente dans les groupes atteints d’affections pulmonaires chroniques.

Une corrélation qui n’est évidemment pas synonyme de principe de causalité, mais malgré un discours sur le principe de précaution, la décision du gouvernement français semble avant tout mue par des considérations pécuniaires.

Dans un acte de patriotisme économique qui ne dit pas son nom, ce dernier semble avoir misé sur une molécule qui, pour toute naturelle qu’elle soit, reste dangereuse, extrêmement chère et aux effets indésirables complètement inconnus sur le long terme – sacrifiant, dans le même temps, une partie de son agriculture. Avec des conséquences tout à fait aléatoires.

 

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