Comment la Tunisie s’enfonce dans la crise

Comment la Tunisie s’enfonce dans la crise

La France a accordé un prêt à la Tunisie, lequel vient compléter celui que vient d’octroyer le Fonds monétaire international (FMI) aux autorités gouvernementales. Mais le soulagement est en demi-teinte à Tunis qui fait face à de graves difficultés économiques et politiques.

L’octroi d’un prêt de 200 millions d’euros à la Tunisie, annoncé mi-novembre par Emmanuel Macron, est une petite bouffée d’oxygène pour un pays étranglé par une dette supérieure à 100% de son PIB et incapable d’emprunter sur les marchés internationaux. Faute de devises, le pays ne parvient plus à importer les matières premières, devenues plus rares et plus coûteuses.

Trainées comme un boulet depuis la révolution de Jasmin de 2011, les difficultés économiques de la Tunisie ont en effet été amplifiées par la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine qui renchérit les importations de céréales et d’hydrocarbures dont elle est très dépendante. Les réserves stratégiques de carburant seraient d’ailleurs tombées à un niveau critique. Résultat, la croissance est en berne et le chômage explose.

Colère populaire

Et la colère populaire gronde pour dénoncer les politiques de Kais Saeid, accusée d’être responsable de la crise économique. Le 15 octobre, à Tunis, des milliers de manifestants ont traversé les artères de la capitale tunisienne en appelant au départ du président soupçonné de dérives dictatoriales après l’adoption, en juillet dernier, d’une nouvelle constitution instaurant un régime hyper-présidentiel, en rupture avec les limitations imposées au pouvoir du chef de l’Etat depuis 2014 pour éviter le retour d’une dictature semblable à celle de Ben Ali. Seuls 30% des Tunisiens ont voté lors de ce scrutin. Un désintérêt qui traduit l’état de désarroi d’une population subissant d’importantes pénuries et une inflation galopante de 9,1 % sur un an en septembre, un record depuis trente ans.

Lors de l’annonce de l’octroi du prêt à la Tunisie, le président français a ailleurs rappelé que « les libertés fondamentales » étaient « intrinsèques » à « l’acquis démocratique » en Tunisie au moment où les ONG alertent sur un recul démocratique après la promulgation d’un mode de scrutin réduisant considérablement le rôle des partis politiques qui vont participer aux élections législatives du 17 décembre.

Le prêt du FMI : un soulagement en demi-teinte

De son côté, Kaïs Saïed a réussi à conclure un accord préliminaire avec le FMI en vue d’un prêt de 1,9 milliard de dollars sur quatre ans. En échange, le gouvernement tunisien s’est notamment engagé à améliorer la fiscalisation de l’économie informelle, à ​poursuivre ses efforts pour contenir la masse salariale du secteur public et à éliminer progressivement les subventions aux produits de première nécessité. Tunis s’engage aussi à mettre en place des mesures de soutien aux plus modestes et à lancer un programme global de réforme des entreprises publiques.

Si les fonds débloqués par le FMI devraient donner de l’oxygène aux finances du pays, et lui éviter une nouvelle dégradation de sa note souveraine, la mise en oeuvre de ces réformes relève pour l’instant de la gageure. L’UGTT, le premier syndicat ouvrier du pays, s’oppose en effet à plusieurs d’entre elles.

Cité par le journal Les Echos, l’économiste Hakim ben Hammouda, ancien ministre des Finances en 2014-2015, estime ainsi que le prêt du FMI devraient contribuer à  « réduire la pression sur les finances publiques » mais qu’il est « nettement inférieur aux attentes des officiels tunisiens, qui avaient demandé 4 milliards de dollars ».

Pour répondre aux critères de l’organisation internationale, le gouvernement laisse entendre que ces réformes seront menées et que la population devra continuer de faire des efforts. Pas sûr que ces annonces contribuent à calmer la colère populaire, alors que plusieurs mouvements islamistes sont à l’affut.

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