Le spectre de la guerre plane à nouveau sur le Caucase

Des combats ont opposé les forces armées d’Azerbaïdjan et d’Arménie à la frontière de l’ancien Haut- Karabakh. Un an après la guerre de 2020, les tensions sont loin d’être apaisées.

Un an après la guerre meurtrière ayant opposé l’Azerbaïdjan et l’Arménie, de nouveaux combats ont éclaté entre les belligérants le 16 novembre à la frontière orientale de l’Arménie, près de la région disputée du Haut-Karabakh. Des pertes humaines seraient à déplorer des deux côtés. Erevan aurait par ailleurs perdu le contrôle « de deux positions militaires » lors des affrontements a indiqué le ministère arménien de la défense.

Après une médiation rapide de la Russie, allié d’Erevan au sein de l’Organisation du traité de sécurité collective (qui regroupe l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie et le Tadjikistan), une trêve a été conclue entre les deux pays. Lesquels se sont rejeté la responsabilité de ces combats, en s’accusant mutuellement d’« agression » et de « provocation ».

Un équilibre précaire

Toujours est-il que les tensions s’étaient multipliées ces dernières semaines, illustrant l’équilibre précaire qui règne dans cette partie du Caucase où des soldats des forces de maintien de la paix russes ont été déployés en novembre 2020 dans le cadre d’un cessez-le-feu négocié par Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre de l’an dernier. Cet affrontement éclair de 6 semaines entre les deux pays au Haut-Karabakh, une enclave peuplée quasi exclusivement d’Arméniens mais revendiquée par l’Azerbaïdjan, s’était soldée par une lourde défaite de l’Arménie et 6 500 morts sur le terrain. Battu militairement, Erevan avait été contraint de céder plusieurs portions de territoires qui forment aujourd’hui un glacis autour de ce qu’il reste de l’enclave séparatiste, depuis renommée république d’Artsakh.

Cette débâcle a été vécue comme un traumatisme par la population arménienne. Et la situation continue d’envenimer les relations entre les voisins caucasiens.

« Depuis que les troupes azerbaïdjanaises ont mis le pied sur le territoire de la République d’Arménie en mai 2021, il y a des escarmouches entre les deux pays, à l’initiative de Bakou qui veut imposer à Erevan sa lecture de la guerre remportée en 2020″, explique ainsi à TV5 Monde l’expert associé au Centre de recherches internationales (CERI), Gaïd Minassian.

Bakou se sent frustré de sa victoire militaire

Pour ce spécialiste du Caucase du Sud, l’Azerbaïdjan estime en effet que les gains de sa victoire militaire de 2020 n’ont pas eu les traductions politiques escomptées. Même amputée des trois quarts de son territoire, la république d’Artsakh, ex-république du Haut-Karabagh, existe toujours. En outre, l’Azerbaïdjan n’a pas obtenu l’ouverture du corridor qu’elle réclamait entre Bakou et la République autonome azerbaïdjanaise du Nakhitchevan, située plus au sud entre l’Arménie, la Turquie et l’Iran, et qui reste donc sans continuité territoriale avec la « mère patrie ». Elle n’a pas obtenu non plus une délimitation et une démarcation officielles de sa frontière avec Erevan. Autant de frustrations qui expliqueraient en partie les combats du 16 novembre.

« Dans le fond, ajoute de son côté dans le journal Marianne Taline Ter Minassian, spécialiste de la Russie et de l’histoire du Caucase, les Azerbaïdjanais n’ont récupéré qu’une partie du Karabakh, largement surveillée par les forces armées russes. Ils ont encore une partie de cette enclave arménienne au milieu de leur territoire, ce qui reste un nœud de fixation. » Or, « Bakou est ivre de sa victoire et n’arrête pas de s’en vanter », ajoute-t-elle. D’où son attitude belliqueuse et ses provocations à répétition.

Pour autant, un nouveau conflit de grande ampleur reste pour l’instant peu probable selon elle. Il faudrait à Bakou l’appui renouvelé de la Turquie et que Moscou – allié d’Ankara – regarde ailleurs. Moscou qui, dans cette affaire, soutien pourtant son allié Arménien du bout des doigts : la Russie a certes sanctuarisé la République d’Arménie, mais elle n’a pas eu d’état d’âme pour laisser les Arméniens du Haut Karabagh à leur propre sort pendant la guerre de 2020.

Dans ce jeu d’alliances ébranlé, aucune des deux puissances n’a cependant intérêt à voir se rallumer un conflit armé aux lourdes conséquences potentielles sur le plan géostratégique.

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