La bataille navale entre la Chine et les Etats-Unis ne fait que commencer

Pékin est passé devant Washington en nombre de navires de guerre. Une tendance lourde qui devrait encore s’accentuer. Et si l’avance technologique américaine reste importante, les Chinois rattrape leur retard avec le temps. Un constat qui inquiète le Pentagone.

Des capacités militaires maritimes croissantes par rapport à la marine américaine et un doublement, voire un triplement, de son arsenal nucléaire d’ici la fin de la décennie. Publié il y a quelques jours, le rapport annuel du Pentagone sur les activités militaires chinoises tire la sonnette d’alarme.

La plus grande flotte militaire du monde est chinoise

Le précédent rapport, celui de 2020, soulignait déjà que la flotte chinoise était la plus grande au monde, avec une force de combat de 350 navires, contre 293 pour l’US Navy. Mais, cette fois, c’est la rapidité de sa croissance qui interpelle. La production des bâtiments de guerre chinois atteint désormais un rythme que le monde n’avait plus connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

En un an, Pékin a ainsi construit et mis en service pas moins de 5 nouveaux navires contre un seul pour les Américains. Le rapport évalue la taille globale de la flotte chinoise à 420 bâtiments d’ici le milieu de la décennie et à 460 d’ici 2030. De son côté, soulignent les experts, l’US Navy a établi un plan, toujours pas financé par le Congrès, pour atteindre une capacité de 355 navires d’ici 2035. De quoi limiter les dégâts et surtout, tenter de freiner le renversement du rapport de force sur les mers entre les deux puissances mondiales.

Un avantage concurrentiel encore au profit des Américain

Il existe cependant des motifs de satisfaction pour les Américains. Leurs navires possèdent toujours un avantage qualitatif sur la plupart de ceux de leurs rivaux. La flotte américaine compte par ailleurs 11 porte-avions à propulsion nucléaire – contre bientôt trois pour la Chine – et encore trois fois plus de bâtiments de surface majeurs, destroyers et croiseurs. Mais, d’une part, l’avantage technologique se réduit. Et, d’autre part, le déséquilibre général pourrait atteindre de telles proportions qu’il existe un vrai risque de submersion en cas de conflit.

De son côté, la chine devrait lancer en décembre son quatrième destroyer Type 055 – 16 sont prévus à terme. Cette classe de lance-missiles, l’une des plus puissantes unités de surface combattantes existantes, d’un déplacement à pleine charge estimé à 12 000 tonnes et avec des capacités de commandement et de contrôle élargis, est considérée comme au moins équivalente en puissance aux croiseurs Ticonderoga de l’US Navy. Des Ticonderoga vieillissants et approchant pour la plupart de la fin de leur durée de vie – un premier a déjà été mis hors service en 2020.

Face aux Type 055 chinois flambants neufs, l’US Navy a bien trouvé une parade. Elle consiste à intégrer les fonctions de défense aérienne et de commandement nécessaires dans un destroyer de nouvelle génération qui remplacera à terme les croiseurs de classe Ticonderoga et ses destroyers de classe Arleigh Burke. Une course contre la montre s’engage donc. De fait, même si les navires de guerre américains sont encore performants et nombreux, la plupart d’entre eux sont anciens, nécessitent donc plus d’entretien et seront déclassés bien plus tôt que les nouveaux navires chinois.

Des interrogations demeurent

Reste une interrogation. Les chantiers navals de Pékin parviendront-ils à maintenir leur taux de production actuel tout en accumulant une charge de maintenance et de modernisation bientôt comparable à ceux de leurs rivaux américains ?

Dans tous les cas, la marine de l’Armée populaire de libération (APL) demeurera une force numériquement plus importante que la marine américaine. Sera-t-elle pour autant aussi compétitive ?

S’il est trop tôt pour lever ces interrogations, le problème n’en est pas moins pris très au sérieux par l’Administration américaine. Le secrétaire à la Marine, Carlos Del toro précisait ainsi en octobre que « pour la première fois depuis au moins une génération, nous avons un concurrent stratégique qui possède des capacités navales qui rivalisent avec les nôtres, et qui cherche à employer de manière agressive ses forces pour défier les principes, les partenariats et la prospérité des États-Unis ».

Articles en relation