TIC : accord historique entre l’Inde et le Japon

Publication: 28/01/2021

L’Inde et le Japon ont signé un protocole d’accord portant sur une coopération renforcée dans le domaine des technologies de l’information et des communications (TIC). Portant notamment sur le déploiement de la 5G, il ferme la porte à Huawei et à ZTE, les deux plus grands équipementiers télécoms chinois.

Vers quels fournisseurs se tourner et comment s’assurer de la sécurité de leurs services ? De nombreux pays se posent actuellement ces questions pour le moins stratégiques à l’heure de développer leurs réseaux mobiles de cinquième génération. Le nombre de fournisseurs 5G est en effet limité et le risque de dépendance et de verrouillage liés à la chaîne d’approvisionnement sont pris très au sérieux. Les géants Huawei et ZTE sont notamment dans l’œil du cyclone du fait de soupçons d’espionnage au profit de Pékin. Sous l’impulsion des Etats-Unis et de leurs alliés européens, plusieurs Etats dans le monde leur ont d’ores et déjà barré l’accès à leurs marchés nationaux où se montrent très réticents face à l’influence croissante des Chinois dans les télécommunications et les infrastructures numériques.

Tensions croissantes avec la Chine…

“Les tensions croissantes avec la Chine incitent l’Inde à promouvoir la coopération avec le Japon dans le domaine des communications”, affirmait ainsi au mois de décembre le principal journal économique japonais, Nikkei Asia. Une coopération concrétisée par un protocole d’accord signé le 15 janvier dernier entre le ministre japonais des Affaires intérieures et des Communications, Ryota Takeda, et le ministre indien des Télécommunications, Ravi Shankar Prasad.

New Delhi semble en effet partager les inquiétudes autour de Huawei et de ZTE, craignant notamment que les équipements 5G importés de Chine ne compromettent la fiabilité de son infrastructure numérique, mais aussi sa coopération en matière de défense avec des pays amis. L’Inde, qui a récemment signé un “Accord de base d’échange et de coopération” (BECA) avec les États-Unis ouvrant la voie au partage d’informations sensibles, ne peut décemment pas froisser son allié américain. D’autant plus qu’elle a également obtenu l’accès à des données numériques relevant de l’imagerie satellite, de la topographie et de l’aéronautique, lesquelles optimisent considérablement ses capacités de frappe tout en facilitant la navigation longue portée de son aviation militaire.

Le japon encourage ses propres équipementiers

Un enjeu que le Japon a déjà dépassé en adoptant une approche inter-fournisseurs pour inciter ses entreprises à investir dans l’infrastructure 5G.  Une loi entrée en vigueur au cours de l’été permet ainsi aux sociétés nippones élaborant des technologies d’accès à la 5G de bénéficier de taux d’intérêt particulièrement bas lors d’emprunts bancaires, à condition de respecter des critères stricts en matière de cybersécurité. En encourageant l’investissement privé, le pays du soleil levant entend dynamiser son économie mis à mal par la pandémie. Mais aussi, favoriser l’émergence d’alternatives nipponnes face à l’appétit vorace des entreprises technologiques chinoises.

Toujours est-il que l’accord entre l’Inde et le Japon, historique dans l’histoire des deux pays, pourrait représenter un total de plusieurs centaines de millions de dollars. Il favoriserait une forte coopération dans le domaine des technologies de l’information et des communications (TIC), y compris la 5G. Le Japon, qui a déployé cette technologie dans l’agriculture, les transports et la réduction des risques de catastrophe “est prêt à partager son expérience et son expertise et à travailler ensemble pour réussir l’introduction de la 5G en Inde”, a déclaré un responsable japonais à BusinessLine.

Le Japon se positionne comme un partenaire fiable dans la zone Indo-Pacifique

L’accord bipartite renforcerait également la position de la société japonaise NEC déjà à l’œuvre pour la pose des câbles sous-marins en fibre optique reliant Chennai et les îles Andaman et Nicobar. Le gouvernement indien compterait utiliser à nouveau ses services pour connecter l’île de Lakshadweep au continent. Plus généralement, il encouragerait les investisseurs japonais à développer les télécommunications indiennes et à participer au déploiement futur des technologies émergentes telles que la 6G – que le Japon prévoit de mettre en pratique sur son territoire à l’horizon 2030 – ou l’Internet des objets (IoT) et la robotique.

Le pays du soleil levant se positionne ainsi clairement du côté des ennemis de Pékin et entend profiter de l’éviction de la Chine du paysage numérique indien. Il envoie aussi un message. Celui d’un partenaire fiable pour le développement d’infrastructures stratégiques dans la zone Indo-Pacifique.

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