Moon Jae-in (Photo : Flickr/Creative Commons)

La Corée du Sud reconduit le GSOMIA

Publication: 27/11/2019

La Corée du Sud va prolonger l’Accord d’échange d’informations militaires stratégiques (GSOMIA) signé en 2016 avec le Japon et les Etats-Unis. Mais les relations tendues entre les deux géants asiatiques fragilisent toutes perspectives de long terme.

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe et le président sud-coréen Moon Jae-in pourraient se rencontrer en Chine le mois prochain. L’annonce a été faite par les ministres des Affaires étrangères des deux pays en marge du G20 à Nagoya. L’information est moins anecdotique qu’elle n’y paraît. Une telle rencontre était en effet inenvisageable il y a encore quelques jours, les relations se tendant régulièrement entre les deux puissances d’Asie de l’Est depuis un an.

L’officialisation de ce réchauffement diplomatique aussi soudain qu’inattendu s’explique par la volonté de la Corée du Sud de prolonger l’Accord d’échange d’informations militaires stratégiques (GSOMIA) signé en 2016 qu’elle avait dans un premier temps décidé de ne pas reconduire.

Partenaires de la Corée du Sud et du Japon au sein du GSOMIA – une plateforme de partage d’informations stratégiques concernant en particulier les capacités nucléaires de la Corée du Nord – les Américains auraient mis la pression pour que les deux géants asiatiques se réconcilient.

Pour autant, la décision de la Corée du Sud semble encore suspendue à l’aplanissement d’un certain nombre de différents commerciaux. Cet été, Tokyo a rayé Séoul de sa “liste blanche” qui permet à 27 pays de bénéficier de conditions d’exports-imports préférentielles pour environ 1000 marchandises. Une mesure très mal perçue au pays du matin calme qui avait répliqué aussitôt par un boycott massif des produits nippons – de l’alimentation jusqu’aux marchandises technologiques.

Un passé qui ne passe pas

Cet énième rebondissement s’inscrit dans l’histoire des relations compliquées entre les deux pays, sur fond de contentieux historiques et territoriaux hérités de l’occupation par le Japon de la péninsule coréenne entre 1910 et 1945. Un passé qui ne passe pas en Corée du Sud où l’opinion publique demeure traumatisée par l’épisode des « femmes de réconfort » – des Sud-coréennes contraintes de se prostituer pour les soldats de l’armée impériale – ou par celui des travailleurs forcés qui œuvraient dans l’industrie japonaise dans des conditions inhumaines.

Il y a tout juste un an, la Cour suprême sud-coréenne ordonnait ainsi à l’aciériste japonais Nippon Steel d’indemniser quatre Sud-Coréens pour les avoir soumis au travail forcé pendant la Seconde guerre mondiale. Dénonçant un arrêt “impossible au regard du droit international“, Shinzo Abe était monté au créneau en assurant que cette question des compensations avait été réglée par un traité bilatéral, signé en 1965. Ce dernier, chargé de rétablir les relations diplomatiques, incluait un volet sur les contentieux liés à la colonisation de la péninsule précisant que toutes les réclamations étaient « complètement et définitivement réglées ». Le Japon a même versé 500 millions de dollars d’assistance en 2005 dont une partie devait servir au dédommagement des travailleurs du temps de la guerre. Elle a finalement été entièrement affectée au développement économique par le gouvernement, ce que Tokyo a, à son tour, mal vécu.

Des économies dépendantes

Toujours est-il que les représailles du Japon ne se sont pas fait attendre, le gouvernement restreignant drastiquement les exportations vers la Corée du Sud de plusieurs produits ciblés. En particulier, du fluorure d’hydrogène, une substance chimique très utilisée dans l’industrie coréenne où elle sert à fabriquer des écrans, des semi-conducteurs et des smartphones, La mesure frappe ainsi un secteur vital pour l’économie sud-coréenne – notamment pour des entreprises comme LG Display ou encore Samsung Electronics – par ailleurs très dépendante de matériaux manufacturés au Japon.

Car au petit jeu des sanctions, Séoul a beaucoup à perdre. En 2017, la balance commerciale entre les deux pays a culminé à 25 milliards de dollars en faveur du Japon, selon les chiffres de l’ONU. Il n’en demeure pas moins que l’économie nippone souffre également du boycott de la Corée du Sud dont le marché intérieur constitue un débouché important pour ses produits.

Ainsi, la rencontre entre les dirigeants coréen et japonais devrait permettre de ramener un peu de calme dans une région déjà déstabilisée par une interminable guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Reste à s’entendre sur les îles Dokdo (Takeshima en japonais). Ces îlots rocheux de la mer du Japon sont contrôlés par Séoul depuis 1945, mais illégalement selon Tokyo qui en revendique la souveraineté…

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