La France veut maîtriser les fonds marins

La France veut accroître ses capacités de surveillance et d’intervention sous-marines, en particulier dans sa zone économique exclusive (ZEE), la deuxième plus grande au monde. Une « stratégie de maîtrise des fonds marins » a été annoncée par Florence Parly, ministre des Armées.

Ocean Infinity. C’est le nom de la société américaine missionnée en 2019 pour retrouver l’épave du sous-marin français Minerve disparu 50 ans auparavant au large des côtes toulonnaises. Le submersible fut retrouvé à 2370 mètres de profondeurs en seulement 5 jours. Un « électrochoc » pour le ministère des Armées qui constatait alors que « les moyens français ne sont pas au niveau des moyens existants sur le marché et détenus par nos compétiteurs ».

Une « stratégie de maîtrise des fonds marins »

C’est pour répondre à cet enjeu des profondeurs marines que la ministre des Armées Florence Parly, a présenté le 14 février une « stratégie de maîtrise des fonds marins » visant à élargir les capacités d’anticipation et d’action de la Marine nationale. Un enjeu devenu critique au même titre, selon la ministre, que l’espace exo-atmosphérique, le cyberespace et la sphère informationnelle. « Les profondeurs marines s’apparentent à des terres de conquête où s’expriment des stratégies ambiguës et hybrides », a-t-elle averti.

Pour rappel, les fonds marins couvrent les deux tiers du globe terrestre – 361 millions de km2 – et 75 % d’entre eux s’enfoncent dans des profondeurs comprises entre 3 000 et 6 000 mètres. Et si 20% seulement de leur surface est connue avec précision, leur accès attise les convoitises étatiques et privées. A tel point qu’ils sont aujourd’hui, pour Florence Parly, « un nouveau terrain de rapport de forces qu’il nous faut maîtriser pour être prêt à agir, à se défendre et, le cas échéant à prendre l’initiative, ou du moins, à répliquer ».

Un enjeu concurrentiel

La France, qui possède la deuxième zone économique exclusive (ZEE) mondiale, veut en effet être en mesure de garantir la liberté d’action de ses forces et protéger sa souveraineté, ses ressources et ses infrastructures. Les profondeurs océaniques recèlent non seulement des ressources énergétiques pétrolières et gazières mais permettent également l’acheminement énergétique et la pose de câbles sous-marins par lesquels transitent aujourd’hui 99% des communications numériques mondiales.

L’enjeu est de taille face à la concurrence et aux rivalités, en particulier des États-Unis, de la Russie et de la Chine. Pékin teste un réseau d’infrastructures de surveillance sous-marine et de renseignement, appelé « Grande Muraille », et développe également une flotte de drones capables d’explorer les profondeurs pour mieux les contrôler. Ce qui fait, entre autre, peser une menace sur la liberté de navigation.

Côté russe, le navire militaire océanographique Yantar, qui dispose d’un mini sous-marin pouvant plonger jusqu’à 6 000 mètres de profondeur, a été repéré à plusieurs reprises ces derniers mois au large de l’Irlande, à proximité de câbles sous-marins transatlantiques de télécommunications. On sait par ailleurs que Washington se serait servi de 2012 à 2014 du réseau de câbles sous-marins danois pour écouter des personnalités suédoises, norvégiennes, françaises et allemandes, dont l’ex-chancelière Angela Merkel.

En résumé, la France veut se doter d’outils opérationnels pour « connaître, surveiller et agir » non seulement dans sa ZEE mais aussi dans toutes les zones critiques du globe. Son objectif ? Pouvoir opérer jusqu’à 6 000 mètres de profondeur en développant un drone (Autonomous underwater vehicle, AUV) et un robot avec un cordon ombilical (ROV – pour surveiller et intervenir avec un bras) sous-marins. Livraisons espérées pour 2025. D’ici là, des expérimentations seront menées grâce à l’acquisition d’équipements étrangers.

 

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