Algérie : décès du général Salah, le “continuateur” du régime

Publication: 26/12/2019

Nouveau coup de tonnerre en Algérie avec l’annonce du décès du chef d’état major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah. Cette figure controversée de l’establishment avait un temps soulevé l’espoir des Algériens en arrachant le départ de Bouteflika. Avant de devenir la bête noire du “Hirak” pour son refus de faire évoluer les institutions du pays.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a décrété trois jours de deuil national pour commémorer la disparition du général Ahmed Gaïd Salah. Pas sûr que la rue algérienne soit très sensible à cet hommage. Considéré comme le véritable patron de l’Algérie, le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée est décédé d’une crise cardiaque, ce lundi 23 décembre, à l’âge de 79 ans.

Salah était l’un des hommes les plus puissants du pays. Il était surtout celui sur qui tous les regards se portaient depuis le début du “Hirak”, ce mouvement de contestation né en février dernier pour protester contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel. Longtemps d’une loyauté sans faille envers l’ancien président, Salah avait d’abord promu cette candidature avant de pousser Bouteflika vers la sortie, en avril dernier, en enjoignant au conseil constitutionnel d’enclencher la procédure d’empêchement prévue par l’article 102 de la Constitution. Depuis lors, il incarnait le visage controversé du haut commandement militaire qui a assumé la réalité du pouvoir et un certain immobilisme durant cette période de crise politique et institutionnelle. Il avait récolté dans l’affaire une réputation d’opportuniste qui en faisait la bête noire des contestataires. Les critiques le visaient notamment pour avoir retourné sa veste et de s’être présenté comme le sauveur, comment ainsi la chercheuse Dali Ghanem. L’homme a en effet toujours refusé de mettre sur pied des institutions de transition réclamées par le “Hirak”.

Dans l’ombre de Bouteflika

Dernier haut responsable algérien en fonction à avoir participé à la guerre d’indépendance (1954-1962), Salah devait toute sa carrière au clan Bouteflika. Né en 1940 à Aïn Yagout, près de Batna (300 km au sud-est d’Alger), engagé à 17 ans dans l’Armée de libération nationale (ALN), il avait embrassé la carrière des armes à l’indépendance. Diplômé de l’académie de Vystrel, en Union soviétique, il mènera une carrière sans relief avant qu’Abdelaziz Bouteflika le nomme en 2004 à la tête de l’état-major de l’armée. Promu également au poste très convoité de vice-ministre de la Défense en 2013, le général Gaïd Salah aide le chef de l’État à démanteler le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), ce service de renseignements redouté, et à écarter son chef, le très influent général Mohamed Médiène, dit « Toufik ». Proche de Saïd Bouteflika, le frère l’ancien chef de l’État aujourd’hui sous les verrous pour prévarication, Gaïd Salah a pesé de tout son poids dans la réélection d’Abdelaziz Bouteflika en 2014, une réélection qui accentue la mainmise du clan sur le pays.

L’incarnation du système

Mais, sous la pression du “Hirak”, Salah et la haute hiérarchie militaire ont finalement poussé à la démission de Bouteflika et à l’arrestation de plusieurs personnalités contestées par la rue. Restés seuls aux commandes de l’Etat à partir d’avril 2019, ils pèseront de tout leur poids pour la tenue de l’élection présidentielle du 12 décembre. L’espoir soulevé par cette apparente avancée démocratique sera cependant de courte durée. Cinq candidats se présentent sur la liste de départ, tous adoubés par l’armée. Si Abdelmadjid Tebboune l’emporte dès le premier tour avec 58 % des suffrages exprimés, les contestataires considèrent cette élection, dont l’abstention a officiellement dépassé les 60%, comme une tentative d’assurer la survie du régime. D’autant plus que, dans la foulée, les incarcérations de manifestants, militants et journalistes se sont multipliés. De fait, Salah était aux yeux des opposants l’incarnation intransigeante de la continuation d’un système sclérosé où les généraux, les oligarques et le FLN ont la mainmise sur les richesses du pays, en particulier sur la rente pétrolière et gazière. Un système aujourd’hui rejeté en bloc par les manifestants.

En attendant, Abdelmadjid Tebboune, qui est aussi le chef suprême ds forces armées, va devoir choisir un nouveau chef d’état-major. Son choix en dira long sur sa volonté d’apaisement. Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’armée de terre, assure l’intérim. Il bénéficie plutôt d’une bonne image auprès de l’opinion publique. Homme de consensus, Chengriha a la réputation d’être plus ouvert et davantage préoccupé par les questions de sécurité et de défense que par les questions politiques. Mais, sur les réseaux sociaux, les appels à manifester n’en continuent pas moins de proliférer. Ce 27 décembre, jour traditionnel des manifestations dans tout le pays, marquera le 45e vendredi de contestation contre le pouvoir algérien.

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