Les réseaux d’influence saoudiens se rapprochent de l’Elysée

Publication: 26/09/2018

Souhaitant défendre le blocus déclenché contre le Qatar, l’Arabie saoudite s’octroie les services d’innombrables cabinets de lobbying et agences de communication, en France et dans le monde. A Paris, le nouveau responsable de la communication élyséenne est un ancien lobbyiste de Riyad.

 

Chaises musicales à l’Elysée. Affaire Benalla oblige, certains – bien que rares – collaborateurs d’Emmanuel Macron ont payé les pots cassés de la calamiteuse gestion du scandale lié à l’ex-« Monsieur sécurité » du président de la République. A commencer par Bruno Roger-Petit, l’ancien journaliste bombardé porte-parole de la présidence, dont l’unique, brève et peu convaincante apparition publique en début d’été aura signé la perte. Pour le remplacer, le Palais a nommé Sylvain Fort, auquel échoit la lourde responsabilité de chapeauter l’ensemble de la communication présidentielle.

 

Sylvain Fort, la voix de Riyad qui chuchote à l’oreille de Macron ?

Estampillé « intellectuel de droite », ouvertement conservateur, Sylvain Fort s’est tout d’abord rapproché des leaders de droite Laurent Wauquiez et Nicolas Sarkozy. Normalien, germaniste, celui qui cultive une passion pour l’opéra est également l’auteur remarqué d’une dizaine d’ouvrage sur le sujet. Lassé d’un milieu académique « peu méritocratique », le jeune homme change de voie au début des années 2000, en offrant ses services à Michel Pébereau, le président de BNP-Paribas, puis auprès de cabinets de communicants.

Après un passage chez DGM, Sylvain Fort fonde en 2013 Steele & Holt, une structure spécialisée dans la finance. Ses activités : conseils de banquiers et hommes d’affaires, mais aussi participations à des négociations sur le conflit syrien. C’est aussi à cette époque de sa vie professionnelle que Sylvain Fort, via une filiale de la Caisse des dépôts qu’il a pour cliente, négocie la création d’un fonds d’investissement commun avec le prince saoudien Al-Walid. Et entre dans les réseaux de l’Arabie saoudite.

Impressionnés par le jeune Français, les Saoudiens ne tardent pas à faire appel à lui de manière plus régulière. Sa mission, comme le relate Le Monde : contribuer à améliorer l’image du royaume wahhabite dans l’Hexagone. Une collaboration qui ne prendra pas fin après le départ du fondateur de Steele & Holt à l’Elysée. Sylvain Fort a officiellement cédé la gérance de son affaire ; mais le cabinet qu’il a fondé continuera d’assurer la communication du prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, ou encore celle de son ministre de la Culture.

Le nouveau directeur de la communication de l’Elysée est donc un ancien lobbyiste, ayant mis ses talents et son carnet d’adresses au service de Riyad. S’il a, depuis, changé de casquette, nul doute que Sylvain Fort saura faire valoir les intérêts saoudiens auprès du président de la République, dont il a l’oreille – et dont il porte la voix. Et s’il n’est pas contestable que le communicant ait gravi les échelons du Palais grâce à ses seuls mérites, sa présence au plus haut sommet du pouvoir éclaire d’un jour nouveau la stratégie de lobbying de l’Arabie saoudite.

 

L’invisible guerre de la communication

Depuis plusieurs années, Riyad embauche en effet à tour de bras des cabinets de lobbying et d’influence français. En jeu, le conflit que l’Arabie, alliée aux Emirats arabes unis (EAU), à l’Egypte et au Bahreïn, a déclaré au Qatar en juin 2017. Son petit voisin est accusé par le quartet de pays arabes de soutenir le terrorisme international. Et Riyad, qui voit également d’un mauvais œil le rapprochement de Doha avec Téhéran, son ennemi juré, a bien l’intention de gagner la bataille de l’opinion publique.

A Paris, c’est l’agence de communication et de lobbying A+ Conseils, fondée par Christelle Alamichel et le journaliste Jean-Marc Sylvestre, qui est chargée par Riyad de défendre son parti contre celui de Doha. Mi-juillet, un article de la BBC revenait ainsi sur l’éventuelle collusion entre des officiels qataris et des miliciens irakiens lors de la prise d’otages de membres de la famille de l’émir du Qatar. La preuve, selon l’Arabie saoudite, que Doha finance bel et bien le terrorisme. Une « bonne parole » savamment relayée par A+ Conseils auprès de tout ce que Paris compte d’experts et de journalistes spécialisés sur le Moyen-Orient.

Toujours en France, la célèbre agence Publicis est aussi un relai régulier de la communication saoudienne. Ailleurs dans le monde, Riyad confie à de prestigieux cabinet d’enquête internationaux le soin de mener des investigations sur son turbulent voisin qatari. Tous les moyens semblent bons, que ce soient les Qatarleaks, ces rumeurs reprises par le Saudi American Public Relation Affairs Commitee (SAPRAC) aux Etats-Unis, les accusations de corruptions liées à l’organisation de la prochaine Coupe du Monde de football au Qatar portées par l’enquêteur de la FIFA Michael J. Garcia, ou encore les fuites orchestrées auprès des chancelleries occidentales sur le possible soutien du Qatar aux Frères Musulmans.

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