FARN : l’agence tous risques du nucléaire français

Publication: 26/05/2017

Prenant conscience des failles dans la gestion de crise sur les sites nucléaires, EDF a créé la Force d’action rapide nucléaire (FARN). Le groupe français est ainsi devenu le premier exploitant mondial à se doter d’une telle force spéciale dans son dispositif de gestion de crise nucléaire. Une initiative applaudie et qui pourrait bien devenir la norme partout dans le monde.

Le risque nucléaire révélé par la tragédie intervenue dans la centrale japonaise de Fukushima-Daiichi, a poussé EDF à réaliser des Evaluations Complémentaires de Sûreté sur ses installations. Il est apparu comme un impératif de renforcer les capacités d’intervention en cas d’accident dans le parc nucléaire français. Ainsi, l’exploitant français a demandé à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de constituer une force spéciale chargée d’intervenir dans les plus brefs délais sur un site présentant un risque. Depuis 2012, la FARN propose un appui externe à un site en difficulté, visant à limiter la dégradation de la situation ainsi qu’à éviter la fusion du cœur et un rejet de radioactif.

La FARN : une structure connexe pour plus de réactivité

Cette formation est composée de près de 300 agents, capables d’intervenir en urgence sur les trois fonctions vitales des centrales : l’eau, l’air et l’électricité. Il ne s’agit “ni de liquidateurs, ni de super-héros”, explique Christophe Pilleux, responsable de l’Organisation nationale de crise du parc nucléaire d’EDF. Cette force d’intervention regroupe des agents volontaires, qui sont mobilisés vingt-six semaines par an. Le reste de l’année, ils travaillent sur les sites nucléaires. Ils doivent pouvoir relever les équipes en cas d’accident, et procéder à un déploiement total sur n’importe quel site français dans un délai maximal de 24 heures.

L’état-major est basé à Levallois-Perret, en région parisienne. La FARN s’appuie également sur 4 services régionaux qui envoient, en cas de mobilisation les « colonnes » d’intervention sur le site en danger. Chacune est composée de 14 professionnels du nucléaire : un chef de colonne, six personnes spécialisées dans la conduite de l’installation, cinq personnes dédiées aux interventions et deux autres chargées de la logistique. “Evidemment, au quotidien, le rôle d’un agent n’est pas d’intervenir, mais d’être en permanence prêt à intervenir”, comme le rappelle Philippe Renoux, directeur de la FARN et vétéran de la sureté nucléaire en France.

La méthodologie des interventions

En cas de crise, depuis l’une des quatre bases régionales sur les sites nucléaires de Civaux (Vienne), Dampierre (Loiret), Paluel (Seine-Maritime) et Bugey (Ain), un premier convoi de 14 personnes pleinement équipé (groupes électrogènes, compresseurs, pompes, véhicules tout-terrain, un Poids Lourd haute motricité avec grue de manutention, un autre avec chariot auto moteur 4×4 et deux avec plateau) part dans les deux heures après la détection d’une situation de risque nucléaire. Il est renforcé par un second envoi sous 12 heures. Dans le même temps, une base arrière est installée à 20-30 km du site accidenté, ce qui permet aux salariés de travailler et de vivre en autonomie pendant trois jours.

Philippe Renoux détaille les prémices d’une intervention : “En cas d’accident sur un site, c’est au directeur de la centrale d’estimer si le matériel et les effectifs dont il dispose permettront de gérer la crise. S’il les estime insuffisants, il contacte alors le Directeur de Crise National qui décide de l’intervention de la FARN et demande alors sa mobilisation : c’est le ‘T zéro’ de la FARN.” Afin d’évaluer les risques et les priorités, “un hélicoptère de reconnaissance permet de faire un premier état des lieux” avant l’arrive du convoi, précise-t-il. Un dispositif complet qui a valu à EDF les louanges de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Une technique mise à l’épreuve par des exercices opérationnels

Afin de maintenir leurs compétences, et d’anticiper de nouveaux risques opérationnels, les équipes sont régulièrement testées dans des exercices de terrain. Ainsi, une simulation de tremblement de terre a été menée du 15 au 19 mai derniers, dans la centrale nucléaire de Cattenom en Moselle – et en collaboration avec les équipes du site. Objectif : refroidir les deux réacteurs endommagés. “Imaginez un cataclysme, des voies d’accès et de communication coupées (…). L’enjeu c’est de faire en sorte de réalimenter en eau pour refroidir nos réacteurs, dans n’importe quelle circonstance, notamment quand l’environnement de la centrale est partiellement détruit”, explique M Rosso, le directeur de la centrale.

S’il s’agissait d’un exercice, l’intervention était bien réelle. “Un séisme est fortement improbable, mais c’est finalement le retour d’expérience que la France a tiré de l’accident de Fukushima”, conclut Thierry Rosso.

 

© photo : EDF – BONY BRUNO

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