Le Monténégro à l’OTAN : une adhésion polémique

Publication: 26/01/2017

L’ancien Premier ministre monténégrin, aussi l’actuel numéro un du Parti démocratique des socialistes, Milo Djukanovic, a multiplié les demandes d’adhésion de son pays à l’OTAN. Si la procédure a été lancée en décembre 2015, le pays semble divisé sur la question, et peine à produire des garanties sur l’État de droit, la corruption et la criminalité aux autres états membres.

Le 16 octobre dernier, les monténégrins étaient appelés aux urnes afin d’élire les 81 députés du futur parlement national. Au terme du vote, le Parti démocratique des socialistes (DPS) est donné vainqueur, crédité d’environ 40 % des intentions de vote (ce qui donne au parti un total 36 sièges).

Un plébiscite qui ne dit pas son nom

Ce vote, en plus d’un scrutin législatif classique, avait pour le pays une dimension symbolique cruciale, car il s’agissait d’un plébiscite de la politique pro-OTAN du Premier ministre de l’époque – et toujours très présent – Milo Djukanovic. « Le scrutin va définitivement trancher si le Monténégro va rejoindre l’Otan (…) car une partie de l’opposition insiste clairement pour arrêter ce processus », expliquait à la veille du vote Zlatko Vujovic, directeur du Centre de recherches et d’observation, une structure de surveillance des processus électoraux dans le pays. Cette dimension géopolitique peut d’ailleurs expliquer le recul du DPS, dans un pays où l’alignement au traité atlantique est loin de faire l’unanimité.

Au lendemain des résultats, Djukanovic s’était montré triomphant : « Aujourd’hui, nous pouvons déclarer avec plaisir que le Monténégro continue de suivre la voie d’un avenir européen assuré et que dans quelques mois seulement nous ratifierons le protocole d’adhésion du Monténégro au sein de l’OTAN et prendrons la décision de devenir un pays membre de l’Alliance atlantique ». Pour lui, cette avancé est d’autant plus importante qu’il s’agit d’une étape préliminaire dans le processus d’adhésion à l’Union européenne qu’il négocie avec Bruxelles depuis 2012. Cette victoire à l’emporte-pièce n’a cependant rien d’un triomphe.

Des élections marquées par des irrégularités

Le résultat des législatives ont en effet été contestés par 39 élus de l’opposition. Tous se sont accordés pour rejeter le résultat de ce vote et refuser cette mandature. La victoire a par ailleurs été « marquée par des irrégularités », selon l’agence Reuters. Des inquiétudes qu’on retrouve chez l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui a souligné que « les médias ont manqué d’indépendance éditoriale dans une campagne marquée par les attaques personnelles » et des « pressions ».

L’organisation, dans un rapport très critique, a pointé du doigt la fermeture impromptue de plusieurs sites d’information et de sites de campagnes de plusieurs partis politiques le jour du suffrage. Elle a aussi souligné la suspension durant la journée du scrutin des services de messagerie instantanée en ligne comme Whatsapp ou Viber. Au terme de ce processus contesté, nombre d’observateurs considèrent que l’action de gouvernement et de la Skupština (assemblée nationale monténégrine) ne sont pas légitimes, et qu’un nouveau scrutin doit être organisé. Le 30 novembre dernier, tous les partis d’opposition ont ainsi réitéré leur contestation du vote « entaché » ayant mené à une politique d’adhésion à l’OTAN « illégitime » par un gouvernement « illégal ».

Soupçons de corruption : le Monténégro peine à convaincre les états membres

Cette contestation du processus d’adhésion fait écho à des réserves exprimées par nombre de pays membres de l’alliance. Une invitation formelle a été lancée par l’OTAN le 2 décembre 2015, et selon les statuts de l’organisation, elle doit être acceptée par l’ensemble des pays membres dans les 18 à 24 mois qui suivent. Cependant, seules 19 des 28 des nations siégeant à l’OTAN ont pour l’instant donné leur aval à cette adhésion. Menaces, bourrages d’urnes, agressions physiques de membres de l’opposition, censure, les irrégularités répétées dans le processus démocratique inquiètent. Lors du sommet de Cardiff de l’OTAN, la candidature du Monténégro avait même été repoussée.

Le problème de corruption endémique en a refroidi plus d’un. Des réseaux qui remontraient jusqu’à la tête de l’état – notamment l’ancien dirigeant et ténor du DPS, Djukanovic. Ce dernier a été sauvé de poursuites judiciaires par le parquet italien dans une affaire de trafic de cigarettes – poursuites écartées grâce à son immunité diplomatique. Il est suspecté d’avoir perçu plusieurs dizaines de millions d’euros dans le scandale des télécoms monténégrins en 2005, et en 2015, l’hebdomadaire allemand Die Zeit publiait une enquête révélant que le Monténégro était redevenu une « plaque tournante » du commerce illicite de cigarettes en Europe, fruit d’une « étroite collaboration avec le gouvernement du Monténégro et l’industrie du tabac ».

Plus inquiétante encore était la découverte d’un bateau grec chargé de cigarettes de contrebande liées à une des usines de Milo Djukanovic. Les suites de l’enquête ont par ailleurs mené à l’assassinat en 2000 de l’opposant Pavle Bulatovic, et en 2004 du rédacteur en chef du quotidien Dan, Dusko Jovanovic. Tous deux devaient témoigner devant la justice dans le cadre de l’affaire « Montenegro Connection » qui visait le Premier ministre. Autant de données qui laisse apparaitre un réseau de corruption et de violence organisée qui semble avoir atteint les plus hautes sphères du pays – aussi c’est sans surprise qu’il était 106e sur 180 au classement de la liberté de la presse 2016 publié par Reporters sans frontières.

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