Comment, d’après l’IRSEM, la Chine veut dominer le monde

Un rapport de 650 pages publié par l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM) alerte sur la politique d’influence agressive et tous azimuts de Pékin.

« Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé ». Cette par cette formulé tirée du Prince de Machiavel que les auteurs d’une enquête de 650 pages publiée sur son site par l’IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire) résument la doctrine des dirigeants chinois à l’heure où la politique d’influence de Pékin se fait de plus en plus agressive. A l’étranger, ses objectifs sont de « séduire et subjuguer », mais surtout « d’infiltrer et de contraindre », écrivent ainsi le sinologue Paul Charon et le directeur de l’IRSM Jean-Baptiste Jeangène Vilmer. Pour ce faire, l’empire du Milieu a modernisé les méthodes de Moscou en industrialisant son approche « techno-autoritaire ».

Un gigantesque réseau d’influence

Pour les auteurs, qui ont collectés deux ans de données et d’informations, la Chine développe de nombreux outils pour créer un gigantesque réseau d’influence allant de la traditionnelle diplomatie (fondations, think tanks) jusqu’à la mobilisation des diasporas (60 millions de Chinois à travers le monde) ou des activités clandestines (désinformation, fake news). Exemple avec la pandémie de Covid-19. Début mars 2020, alors que le virus commence à exploser sur la planète, plusieurs officiels du régime lancent un contre-feu en affirmant que le virus proviendrait des États-Unis. L’Internet chinois s’empare de la thèse en mettant en avant les articles d’un certain Larry Romanoff, présenté comme un scientifique de renommée mondiale. Vérification faite, ce Canadien spécialisé dans l’import-export existerait bien. Mais il a disparu dans les années 1990 avant de refaire surface à Shanghai au début de l’année 2020 à la tête d’un site conspirationniste. Agé aujourd’hui de près de 80 ans, l’homme n’a strictement rien d’un médecin ou d’un professeur renommé. Il a juste servi de façade à une opération de manipulation lancée par les autorités chinoises.

Les trois guerres

Une telle politique, pensée, théorisée et ramifiée, nécessite une organisation. Et le cœur du réacteur de cette entreprise d’influence tous azimuts se trouve à Fuzhou, une ville de la province de Fujian, située en face de Taïwan. Le camp 311, bâti en 2005, est décrit dans le rapport comme « la base de la guerre de l’opinion publique, de la guerre psychologique et de la guerre du droit ». Officiellement appelée unité 61716 de l’armée populaire de Chine, elle est dirigée par un militaire doublé d’un commissaire politique.

Regroupant des unités de l’armée et des entreprises du secteur médiatique et numérique, elle conduit des opérations poursuivant trois objectifs : façonner et imposer un discours favorable à Pékin (guerre de l’opinion), contrer les forces hostiles à ce récit (guerre psychologique), et utiliser la justice pour sanctionner les individus ou les organisations considérés comme des ennemis (guerre du droit).

La Nouvelle-Calédonie dans le viseur de Pékin ?

Dans le monde, Pékin s’intéresse surtout aux pays situés dans son aire géographique et à ceux concernés par les itinéraires des « Nouvelles Routes de la Soie ». Ses entreprises y ont construit une multitude d’infrastructures de transport, enfermant certains d’entre eux dans « la diplomatie du piège de la dette ». Soit, des prêts aux montants astronomiques concédés par les banques chinoises aux pays concernés qui, peinant à les rembourser, se voit contraints de céder des entreprises stratégiques. Une mésaventure vécue par le Sri Lanka en 2017. Incapable de rembourser sa dette, l’île de l’Océan Indien avait dû abandonner à des entreprises appartenant au gouvernement chinois son port en eau profonde d’Hambantota,

En Europe, c’est surtout la Suède qui attise les convoitises en raison de sa position avantageuse à la frontière avec l’Arctique. La France quant à elle, ne fait pas partie des cibles prioritaires de Pékin. Mais les auteurs alertent sur la situation de la Nouvelle-Calédonie, proche géographiquement de la Chine, et que cette dernière se verrait bien ramener dans son aire d’influence. Elle soutiendrait ainsi activement les mouvements indépendantistes. Lesquels, comme on le sait, ont obtenu la tenue d’un 3e référendum d’autodétermination organisé en décembre 2021. Restreint aux citoyens français résidant de longue date et de manière continue en Nouvelle-Calédonie depuis 1984, ce dernier pourrait bien faire pencher la balance du côté du « oui ». Un « oui » que la Chine interprèterait sans doute comme un blanc-seing à son vorace appétit d’expansion.

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