Côte d’Ivoire : les voeux d’Emmanuel Macron et les élections de 2020

Publication: 23/12/2019

Le 31 octobre prochain, la Côte d’Ivoire élira son président pour les cinq années à venir. Si Alassane Ouattara n’a pas encore clairement communiqué sa position, le président sortant serait un candidat crédible, compte-tenu d’un bilan plutôt solide.

Comme à son habitude depuis deux ans, Emmanuel Macron a rendu visite aux forces françaises basées à l’étranger pour leur exprimer la reconnaissance de la nation avant les fêtes de fin d’année. Après le Niger en 2017 et le Tchad en 2018, le président français a choisi de passer quelques heures auprès des centaines de soldats tricolores stationnés dans le camp de Port-Bouët, en Côte d’Ivoire. Mais le voyage du chef de l’État français ne visait pas seulement à apporter son soutien à une armée meurtrie par la perte d’une vingtaine d’hommes hors de France en 2019. C’est aussi pour lui l’occasion de renforcer les relations bilatérales entre les deux pays, à quelques mois d’une élection présidentielle ivoirienne qui s’annonce particulièrement indécise.

10 ans après la crise post-électorale de 2010, la Côte d’Ivoire est encore marquée par cet épisode tragique, qui a causé plus de 3 000 morts. La situation est d’autant plus tendue que le pays voit, à l’approche du scrutin du 31 octobre 2020, resurgir plusieurs fantômes de son sanglant passé. Le nom de Laurent Gbagbo, qui avait déclenché les affrontements meurtriers en refusant d’accepter l’élection d’Alassane Ouattara, circule parmi les possibles candidats, tout comme celui de l’autre ancien président Henri Konan Bédié, en froid avec l’actuel chef de l’État. Face au rapprochement de ses deux prédécesseurs, Alassane Ouattara n’a ainsi pas exclu de se présenter à un troisième mandat. Une hypothèse qui ne semble pas incongrue au regard des progrès accomplis par la Côte d’Ivoire depuis 2011.

Alors que la croissance du PIB national s’est stabilisée autour de 8 %, cette vitalité économique semble profiter directement à la population ‒ contrairement à un scénario malheureusement trop fréquent en Afrique subsaharienne. Le bilan est particulièrement positif dans le domaine de la santé, notamment en matière d’assurance maladie. « En 2013, lorsque le gouvernement a lancé la politique de la Couverture maladie universelle, seuls 20 % de la population étaient couverts. C’étaient les travailleurs du secteur formel, des gens qui avaient la possibilité d’aller dans des mutuelles ou se payer l’assurance privée. Aujourd’hui, l’Agence de la couverture maladie universelle a annoncé le chiffre de 49 % de taux de couverture. Si cette statistique peut être confortée sur le terrain, c’est une performance extraordinaire. Aucun pays, en l’espace de quatre ans, n’a pu faire un saut de 29 % », salue Amadou Kanouté, directeur exécutif de la Cicodev (Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement).

« D’autre part, il y a des politiques qui ont été mises en place par le gouvernement qui essaie de prendre en charge certaines catégories sociales qui sont les plus enclines à tomber. C’est la mère, l’enfant et le nourrisson qui sont souvent victimes de mort. Désormais, il y a un programme GFF (“Global financing facility”) qui protège la santé de la mère, du nourrisson et des adolescents. » En 2018, un hôpital mère-enfant a ainsi ouvert à Bingerville, dans le district d’Abidjan, tandis qu’un autre établissement de taille est actuellement en construction à Danané, dans l’ouest du pays.

Ouattara ou le tapis déroulé pour 2020

En matière d’éducation aussi, le gouvernement d’Alassane Ouattara affiche un bilan flatteur. Entre 2012 et 2019, la Côte d’Ivoire a entrepris plus de 30 000 constructions de classes dans le préscolaire et le primaire, auxquelles s’ajoutent environ 3 600 réhabilitations. Le pays s’est également doté de 33 764 nouvelles cantines et de 242 nouveaux collèges et lycées. Dans le même temps, l’État a adopté en 2015 une loi rendant l’école obligatoire pour les jeunes de 6 à 16 ans. Cette mesure a fait bondir le taux de scolarisation, qui en 10 ans est passé de 59 % (2008) à 90 % (2019).

Autre point fort de l’action du président Ouattara : l’énergie. Entre 2011 et 2017, le nombre de communes électrifiées a augmenté de plus de moitié dans le pays (4 469 contre 2 847). L’exécutif œuvre aussi pour augmenter l’indépendance énergétique en développant les énergies renouvelables. En 2017, Alassane Ouattara a ainsi inauguré un gigantesque barrage hydroélectrique à Soubré, au sud-ouest du pays. Plusieurs projets de centrales solaires, à biogaz et à biomasse ont également été lancés pour décarboner le mix énergétique national. Sur ce terrain, le pays entend réduire la part des énergies fossiles de 80 % à 66 % en 2020. Un esprit avant-gardiste qui se traduit par l’ambition de devenir le premier marché énergétique d’Afrique subsaharienne d’ici 2030.

Dans l’hypothèse d’une candidature, le président sortant aurait la tâche plutôt aisée face à une concurrence pas forcément crédible. Comme la piste Laurent Gbago, celle d’Henri Konan Bédié ne semble pas tenir la route. À bientôt 86 ans, l’ancien chef de l’État se considère certes encore comme « un jeune parmi d’autres ». Mais selon Amadou Gon Coulibaly, Premier ministre ivoirien, le bilan passé de l’octogénaire « ne plaide pas en sa faveur ». « Il a fait son temps, affirme le chef du gouvernement. Le moment est venu pour lui de se reposer, de jouer le rôle de sage, de partager son expérience avec les nouvelles générations. »

Quant au successeur désigné d’Alassane Ouattara, Guillaume Soro, sa candidature officielle a récemment perdu en crédibilité depuis qu’une alliance a été évoquée avec Charles Blé Goudé. Bien connu du paysage politique ivoirien, l’ex-soutien de Laurent Gbagbo en 2010 est un personnage controversé. Il est actuellement sous le coup d’un procès à la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité. Début novembre, il a également appris l’ouverture d’une procédure judiciaire à son encontre en Côte d’Ivoire. C’est à La Haye (Pays-Bas), siège de la CPI, que Charles Blé Goudé et Guillaume Soro se sont rencontrés pendant plus de cinq heures le 24 novembre. Après une dizaine d’années d’évitement, les deux anciens militants syndicaux auraient minutieusement mis en scène ces retrouvailles, immortalisées par les photographes.

Un événement qui n’a pas manqué d’ajouter de la confusion au casting de cette élection présidentielle.

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