Laurent Gbagbo au cœur des élections sénatoriales dans le Mississippi

Publication: 23/11/2018

Dans le Mississippi, les « miterms » n’ont pas dit leur dernier mot : un dernier poste de sénateur reste encore à pourvoir. Alors que le second tour aura lieu mardi prochain aucun des candidats n’arrive à se départager, entre une élue républicaine qui a multiplié les sorties racistes et un responsable démocrate accusé d’avoir entretenu des liens douteux avec Laurent Gbagbo, l’ancien dictateur ivoirien.

Petite particularité de l’État du Mississippi aux États-Unis : dans le cadre des élections sénatoriales, un second tour doit être organisé si aucun candidat ne remporte la majorité des scrutins. Dans cet Etat pauvre, rural, largement acquis à Donald Trump en 2016 et bastion républicain, cette particularité n’avait guère été utilisée tant les figures du « Grand Old Party » étaient en terre conquise.

Mais le 6 novembre dernier, la candidate républicaine Cindy Hyde-Smith a été contrainte à un second tour, confrontée à une mobilisation des électeurs anti-Trump. Le 20 novembre un débat télévisé était organisé entre elle et son rival démocrate, Mike Espy.

Une émission durant laquelle la candidate Hyde-Smith a dû consacrer la quasi-totalité du débat à s’expliquer et s’excuser pour les déclarations-chocs qui ont secoué sa campagne ces dernières semaines. La sénatrice avait en effet remercié un de ses partisans en assurant qu’elle serait « au premier rang » si celui-ci l’invitait à une « pendaison publique ». Un trait d’humour particulièrement de mauvais goût dans un État marqué au fer rouge par la ségrégation et le lynchage des noirs.

Le sulfureux M. Espy

Le siège pourrait-il tomber dans l’escarcelle des démocrates ? C’est peu probable, car le candidat démocrate a aussi ses « casseroles » et il n’a pas réussi à capitaliser sur les relents racistes de son adversaire.

Mike Espy est en effet accusé d’avoir tenté de dissimuler au fisc  une bonne partie de ses revenus. L’Internal Revenu Service s’est notamment intéressée aux montants déclarés par M. Espy en 2009 et 2010, lorsqu’il a conclu un fructueux contrat de lobbying avec le gouvernement de Côte d’Ivoire.

Il faut dire que son passé politique ne plaide pas en faveur de Mike Espy. Lorsqu’il était Secrétaire à l’Agriculture de l’administration Clinton, il avait été contraint à la démission après avoir accepté plusieurs cadeaux d’un grand industriel de la volaille. Depuis, le riche avocat et lobbyiste s’est vu accusé huit fois d’avoir « oublié » de payer des impôts sur le revenu.

Mais la fraude fiscale n’est pas la seule accusation qui pèse sur le responsable démocrate : la nature de ses relations avec le régime de Laurent Gbagbo est aussi pointée du doigt. En 2010, alors que la Côte d’Ivoire s’enfonçait dans une crise humanitaire sans précédent, l’Office du cacao et du café du pays ouest-africain a versé 750 000 dollars à M. Espy. D’abord un premier versement 400 000 dollars, puis un second de 350 000 dollars en mars 2011, date à laquelle le monde entier était au courant des traitements inhumains que le despote africain réservait à son propre peuple.

3 000 victimes

À l’issue du scrutin présidentiel de 2010, Laurent Gbagbo refuse en effet de céder le pouvoir à Alassane Ouattara, dont la victoire ne fait pourtant aucun doute pour la Commission électorale indépendante du pays. Le président sortant, qui gouvernait la Côte d’Ivoire depuis 2000, dénonce un « coup d’État » et ordonne aux forces armées de tuer, torturer et violer ses opposants politiques. Un ordre qui aura fait environ 3 000 victimes. Aujourd’hui, la Cour pénale internationale accuse Laurent Gbagbo de « crimes contre l’humanité », de meurtre, viol, persécution et autres actes inhumains.

Lors du débat télévisé du mardi 20 novembre, Mike Espy a assuré avoir rompu le contrat avec l’ancien dictateur dès qu’il a appris « à quel point le gars était mauvais ». Les électeurs américains prendront-ils ces déclarations au sérieux ? Réponse dans quelques jours.

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