Somalie : les shebab toujours aussi difficile à déloger…

Publication: 23/10/2020

Un récent article de RFI confirme qu’outre sa capacité de nuisance immonde, l’organisation djihadiste, shebab, s’inscrit également comme une mafia puissante, riche et infiltrée dans l’économie somalienne. C’est ce qui ressort d’un rapport d’experts commandé par le Conseil de sécurité des Nations unies.

“Ce rapport décrit la façon dont l’organisation rackette les commerçants, les transporteurs sur les routes du sud et du centre du pays… Jusqu’au port de Mogadiscio, où les importateurs sont victimes de chantage. Les experts ont estimé qu’entre décembre 2019 et août 2020, les shebabs ont ainsi généré 13 millions de dollars de revenus. Mais ils ne se contentent pas de collecter des fonds. Ils utilisent le système bancaire somalien et le paiement par mobile, à la fois pour rediriger l’argent vers d’autres zones du pays et pour l’investir dans des commerces et dans l’immobilier. La Salaam Somali Bank a ainsi été infiltrée et utilisé à grande échelle par l’organisation, sans que personne ne s’en rende compte.”

Un gouvernement somalien dépassé

Dans les faits, si le gouvernement central somalien résiste tant bien que mal aux assauts répétés du terrorisme, le soutien dont il bénéficie sur l’échiquier mondial auprès de l’ONU et surtout de l’Union africaine ne suffit pas.

Et pour cause, bien que les shebab (5 à 9000 combattants) disposent d’une marge de manœuvre plus faible depuis 2011 et la perte de Mogadiscio, ils restent malgré tout encore très actifs. Notamment dans de vastes zones rurales, d’où ils mènent des opérations de guérilla et des attentats-suicides jusque dans la capitale.

La carte américaine

Néanmoins, les Nations unies comptent sur les forces américaines pour assurer le service après-vente, car l’oncle Sam dispose de 5 bases militaires sur le territoire. Concrètement, après presque 30 ans d’abstinence, Washington a rouvert son ambassade à Mogadiscio au mois de décembre 2018. De quoi voir l’avenir plus sereinement, donc.

D’autant plus que le géant outre-Atlantique envisage parallèlement de réduire sa présence en Afrique pour recentrer ses efforts vers les concurrents stratégiques des Etats-Unis (la Chine et la Russie) aux dépens de l’aide à l’opération antidjihadiste dirigée par la France au Sahel. Et cela, afin de renforcer cette guerre d’usure contre les shebab, indique Le Monde.

Une information corroborée par Roger Cloutier, commandant des forces terrestres américaines en Afrique. « Les shebab sont l’une des menaces les plus sérieuses du continent. Ils aspirent à attaquer notre pays. Le danger qu’ils représentent doit être pris très très au sérieux. C’est pourquoi nous nous focalisons sur eux », a ainsi confirmé l’intéressé au cours d’une conférence téléphonique au Pentagone.

Au total, Washington a déjà frappé 20 fois le groupe djihadiste en Somalie depuis le début de l’année, après 64 en 2019 et 43 en 2018, selon les décomptes du centre de réflexion, New America. Concrètement, ce chiffre découle directement d’une réforme de l’administration Trump qui a classé, en mars et septembre 2017, plusieurs régions somaliennes en “zone d’hostilité active”. Un statut facilitant les procédures autorisant ces frappes.

Pourtant, la menace continue de prospérer contre vents et marées, souligne le bureau de l’inspecteur général, un organisme indépendant du Pentagone. Celui-ci soutient en effet que “malgré les frappes continues et l’assistance US aux forces africaines partenaires, les Shebab apparaissent (toujours) comme une menace croissante qui aspire à frapper le sol américain”.

L’ONU dans une impasse…

Enfin il est important de noter les Nations unies réfléchissent à la possibilité d’appliquer la résolution 1267 à l’encontre du groupe djihadiste. Et cela, devant le manque de résultats apportés par les troupes de l’Amisom, dépêchées en Somalie, ainsi que les forces nationales dans la lutte contre les shebab.

Cette disposition permet en effet de durcir le jeu face à une menace de plus en plus sanglante et de moins en moins gérable pour les populations et les autorités. Ce qui est le cas notamment de l’Etat islamique (EI) ou encore d’al-Qaïda sur d’autres fronts.

Malheureusement, cette stratégie se heurte à une impasse de taille, tempère RFI, puisque le territoire somalien bénéficie actuellement d’une exemption humanitaire. Cette dernière permettant “aux organisations caritatives de travailler dans des zones contrôlées par les shebab, sans risquer d’être accusées de soutenir ou de financer indirectement les terroristes”.

Techniquement, si les détournements d’aide humanitaire sont donc monnaie courante dans le pays, plusieurs ONG et anciens diplomates de la région poussent pour que ce coup de pouce subsiste…

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