TRIBUNE – Le militantisme associatif, une arme pour entraver la concurrence

Publication: 23/08/2019

Consultant en affaires publiques et ancien de l’École de Guerre Économique, Pierre d’Herbès plaide pour une culture d’entreprise française moins naïve et plus offensive face aux tentatives de déstabilisation orchestrées par des concurrents à travers certains organisme associatif.

L’association militante ou citoyenne est un levier d’influence souvent sous-estimé par les entreprises françaises. Des proies faciles lors d’attaques informationnelles, d’autant plus que la plupart de ces entreprises peinent à comprendre que derrière des militants se cachent parfois leurs concurrents.

Le 2 août dernier, un membre du collectif « Europadutout » annonçait dans les colonnes du Parisien claquer les portes de l’association. Dans un article intitulé « Le collectif anti – Europacity gangréné par les centres commerciaux ? », Alain Boulanger, un militant historique du mouvement, détaille les raisons de sa colère.

Créée en 2018, la structure associative organise depuis plusieurs mois la contestation contre le projet de centre de commerce et de loisirs Europacity, qui doit voir le jour dans le Val d’Oise : sensibilisation des habitants, participations aux débats citoyens, activisme en ligne… Pour les militants de l’association, il s’agit de lutter contre un projet dangereux pour l’environnement et pour les petits commerces locaux. Un engagement instrumentalisé, selon cet ancien responsable du collectif : « Nous, les porte-parole, ne sommes que des prête-noms pour les centres commerciaux qui se défendent contre Europacity ».

Craignant la concurrence d’Europacity dans le département, les géants de la grande distribution et des espaces commerciaux auraient en effet massivement soutenu l’association, finançant ainsi « un logo, une chargée de communication, une agence réputée chargée d’envoyer les communiqués de presse et même un sondage IFOP ». Déjà en novembre 2018, le Parisien et le Portail de l’IE soulignaient l’étrange porosité entre le collectif « Europadutout » et certaines entreprises, comme Unibail. Cette dernière, qui craindrait particulièrement qu’Europacity fasse de l’ombre à son centre commercial Aéroville, aurait indirectement influencé l’association, en fournissant des données pour une étude reprise ensuite par le collectif.

Le militantisme associatif a donc été, sur ce sujet local, mais aux enjeux colossaux (Europacity représente un investissement de 3 milliards d’euros, soit le plus important en France depuis Eurodisney) un levier d’influence pour un acteur économique, soucieux d’entraver la concurrence.

Un exemple qui en rappelle immédiatement d’autres : depuis plusieurs mois, les relations troubles entre les associations véganes et les industriels américains de la viande artificielle se font jour. Une stratégie claire économiquement : il s’agit pour un secteur prometteur, mais pour l’instant résiduel de « forcer » le marché en créant une nouvelle demande et en délégitimant ses principaux concurrents, les producteurs de viande « traditionnels ».

 

Réveiller les consciences

L’utilisation et la manipulation d’acteurs de la société civile dans la guerre économique ne surprendront évidemment pas les professionnels de la discipline. Mais l’univers économique français a encore des pudeurs de gazelle sur ce sujet. Il a fallu attendre janvier 2019 et un excellent article dans l’Opinion, pour que les activités de lobbying et d’influence de l’ONG environnementale OXFAM puissent être ouvertement dénoncées.

Depuis sa création en 2006, l’association anglo-saxonne n’a eu de cesse de répandre son influence à Paris et à Bruxelles, souvent au détriment des intérêts stratégiques des industries françaises. Avec un milliard d’euros de fonds et 10 000 salariés dans le monde, Oxfam surpasse pourtant par ses moyens la plupart des cabinets de lobbying parisiens. Un lobbying souvent au détriment des groupes européens et français, mais étrangement plus indulgent pour les groupes américains ou britanniques.

Face à cette manipulation des associations sur la scène économique, le capitalisme français se contente généralement d’une attitude passive, défensive, voire pire en se soumettant parfois en donnant des gages à ces associations. Une attitude qui fait de l’entreprise française une proie idéale.

Dans les entreprises françaises, que ce soit au niveau du développement, de la communication ou des affaires publiques, cette stratégie est forcément perdante sur le long terme. Un renversement intellectuel doit être mis en œuvre pour mettre fin à cette frilosité, et désigner clairement l’adversaire quand celui-ci se livre à une opération de déstabilisation. Nommer, expliciter et assumer, c’est répliquer : mettre en lumière les attaques informationnelles de son concurrent, c’est déjà mettre à mal une tactique qui agit souvent dans l’ombre.

 

Europacity Pierre d’Herbès est consultant intelligence économique et stratégique

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