Défense Européenne

Initiative européenne d’intervention : une défense européenne « petits bras » ?

Publication: 23/08/2018

En juin dernier, neuf États européens se sont entendus sur la création d’une modeste initiative européenne d’intervention. Pendant ce temps, la Belgique est engagé dans un processus de renouvellement de ses avions de combat, un choix qui sera lourd de conséquences pour la défense européenne.

Une initiative européenne d’intervention (IEI) pour relancer l’Europe de la défense. Lundi 25 juin, neuf États membres de l’Union européenne (UE) ont décidé de lancer un nouveau mécanisme de coopération renforcée en matière de défense. Portée par la France, l’IEI a reçu le soutien de l’Allemagne, de la Belgique, du Danemark, des Pays-Bas, de l’Estonie, du Portugal, de l’Espagne et du Royaume-Uni.

 

Une force d’intervention rapide et souple

Une avancée bienvenue, pour la ministre française des Armées, Florence Parly : « Il y a deux ans encore, nous étions (…) un peu au milieu de nulle part », confesse-t-elle. « Une grande accélération s’est produite depuis, notamment parce que la perception des menaces est devenue très concrète pour les pays européens (qui), tous, ont exprimé le besoin de réponses capacitaires, opérationnelles et stratégiques ».

Concrètement, l’IEI fonctionnera comme une sorte de force d’intervention rapide, qui ne nécessitera pas de passer par les mécanismes de la politique commune de défense, impliquant tous les États membres de l’UE. Pour Florence Parly, l’IEI « prévoit un large spectre d’opérations (…) et pas seulement celles à très haute intensité », comme des conflits armés. Elle pourra répondre, comme le souhaitait Emmanuel Macron, à des situations de catastrophes naturelles, d’évacuation de ressortissants ou à une attaque terroriste.

Par des échanges d’officiers, ou par des exercices conjoints d’anticipation et de planification militaire, de partage de doctrine et de partage de renseignements, l’IEI a vocation à rapprocher les forces armées des pays membres. L’objectif : développer une « culture stratégique commune », selon l’entourage du ministre belge de la Défense, Steven Vendeput, à l’heure où les États-Unis pressent le vieux continent de mieux prendre en charge sa propre sécurité.

L’IEI n’est « donc pas une armée européenne, ni un état-major, mais une sorte de pacte pour générer des forces rapidement et de façon très souple et très rapide pour agir », analyse le journaliste François Clemenceau. Le spécialiste des relations internationales est néanmoins conscient « qu’on n’a jamais aimé à l’OTAN que l’Europe s’invente des modèles d’autonomie. On (ne souhaite) pas qu’elle devienne autonome pour se passer de l’OTAN, et encore moins pour en profiter pour ne plus acheter de matériel de défense américain ».

La Belgique a l’avenir de la défense européenne entre ses mains

Et c’est là que le bât blesse. Si l’IEI a l’incontestable mérite d’exister et de relancer ce véritable serpent de mer qu’est la défense européenne depuis le rejet de la Communauté européenne de défense (CED) par la France en 1954, ses ambitions restent pour le moins modestes. D’autant plus modestes que l’industrie militaire américaine continue de se tailler de confortables parts de marchés parmi les armées européennes, rendant caduque l’idée même d’une défense continentale digne de ce nom.

À ce titre, la Belgique, qui doit en 2018 renouveler sa flotte d’avions de combat, porte une lourde responsabilité — une responsabilité « écrasante », pour l’économiste Bruno Alomar et le sénateur Cédric Perrin, coauteurs d’une tribune intitulée « La Belgique a-t-elle les clefs de la défense européenne ? ». « Le choix belge engagera tous les Européens, au moment où l’Europe de la défense, longtemps au point mort, bénéficie d’une conjonction des volontés inédite », écrivent-ils encore.

Tiraillée entre l’atlantisme et l’OTAN, d’une part, et de l’autre par sa fidélité aux idéaux européens, Bruxelles va désormais devoir arbitrer entre les F-35 américains, les Typhoon britanniques et les Rafales du Français Dassault. « C’est dire, en définitive, que la Belgique s’apprête à engager par sa décision rien de moins que l’avenir de l’aviation de combat européenne, colonne vertébrale sans laquelle aucune politique de défense européenne n’est possible », concluent les deux signataires de la tribune déjà mentionnée.

Malgré ses défauts, l’initiative européenne d’intervention représente donc l’espoir d’un sursaut de la défense européenne. Un sursaut qui ne fera pas longtemps illusion si la Belgique, membre fondateur de l’UE, choisit un avion non européen et torpille définitivement l’idée d’une défense européenne commune.

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