George Forrest : des mines à un groupe multisectoriel

Le Groupe Forrest International (GFI) a fêté cette année son centenaire en République démocratique du Congo (RDC). Fondé par le père de son actuel président, George Forrest, cet ancien acteur minier a su diversifier ses activités, à la faveur des besoins de l’État congolais (construction, énergie, agroalimentaire, santé, culture…). Une diversité qui en fait l’un des premiers employeurs et investisseurs privés du pays, mais aussi un groupe engagé dans l’amélioration des conditions de vie des populations locales.

Fuir la « malédiction des ressources naturelles »

En 2018, l’industrie minière a généré 2,7 Mds de dollars en RDC, soit des recettes fiscales qui représentaient 37% du budget de l’État. Depuis toujours, le pays est dépendant de ce secteur, qui emploie un quart de sa population active et concentre la majorité de ses exportations. Des performances qui font de son industrie l’une des plus dynamiques, et qui propulse la RDC dans les premiers producteurs de cobalt et de cuivre au monde.

GFI, par le biais de l’Entreprise générale Malta Forrest (EGMF), a contribué à cette montée en puissance. En 1933, EGMF, spécialisée dans le transport, se laisse tenter par l’aventure minière. Presque par hasard. La société, après de la sous-traitance pour l’entreprise publique Gécamines, poursuit sa lancée et exploite des mines de cuivre et de manganèse, dans le Katanga et le Lualaba.

Mais dans les années 1990, le secteur tout entier se retrouve en faillite virtuelle. Le Zaïre de Mobutu plonge dans l’incertitude, et deviendra le théâtre de conflits qui accentueront les défaillances de la puissance publique. L’industrie minière, apanage jusque-là de l’État, sera frappée de plein fouet. Les activités informelles fleuriront alors, avec leur lot de risques : insécurité, exactions, fraudes fiscales…

Pour aider l’État à reprendre la main, George Forrest propose un nouveau modèle d’exploitation : le partenariat public-privé. En d’autres termes, associer les sociétés d’État à des capitaux privés. Dès lors, EGMF a pu développer son activité d’extraction minière, tout en valorisant nombre de gisements (Kasombo, Luiwishi, Kamoto, Mashamba, terril de Lubumbashi…)

Cependant, les ressources congolaises n’ont jamais cessé d’attirer la convoitise, tant des grandes puissances que des milices locales, qui feront régner un climat de violences. « Nous avons, nous, commencé avant que des prédateurs n’arrivent au Congo » rappelle George Forrest dont le groupe a mis fin, en 2018, à toute activité minière.

Construction, électricité et agroalimentaire

Le groupe s’est depuis centré sur des missions d’intérêt général. Il est partout là où l’État congolais est en difficulté. La RDC, malgré son immense potentiel, souffre de déficit énergétique, d’insécurité alimentaire et d’un manque criant d’infrastructures. Autant de domaines en situation d’urgence, qui freinent le développement socio-économique du pays, et auxquels GFI souhaite contribuer.

Le groupe peut compter sur sa solide expérience dans le génie civil et les travaux publics, acquise dès les années 1950, au Katanga puis dans le reste du territoire. Il est en effet désormais l’un des leaders de la construction, du concassage et des produits en béton. Parmi ses projets phares, le pont Nyemba, qui a désenclavé la province du Tanganyika, et la mise aux normes internationales des axes principaux de Lubumbashi. Pour autant, si GFI a réalisé des centaines de kilomètres de voiries, les besoins restent encore colossaux : en 2019, seul 5% du réseau d’intérêt général était bitumé.

Priorité nationale, le réseau électrique est également peu développé : moins de 10% de la population y a accès. Pour améliorer le sort des populations, le groupe a réhabilité plusieurs centrales hydroélectriques, comme celle de Sanga. Il a aussi développé des ateliers électriques (Kinshasa et Likasi) et des centrales de production d’énergie solaire (Manono). GFI a bénéficié à ces égards de sa connaissance fine de la RDC, qui lui a permis de nouer des partenariats avec des acteurs internationaux.

Enfin, alors qu’un Congolais sur trois souffre de faim aiguë, George Forrest souhaite mettre la RDC sur les rails de l’autosuffisance alimentaire, le pays ne cultivant que 1% de ses terres arables. Une situation qui s’empirera si rien n’est entrepris, à l’aune de la croissance démographique galopante (3% par an). En 2006, l’entrepreneur a acquis 30 000 têtes de bovins dans le cadre du rachat des Grands élevages de Katongola. Un nombre qu’il a pu quasiment doubler depuis, avec la fusion avec GoCongo, qui exploite par ailleurs des milliers d’hectares de cultures (blé, maïs et soja).

Amour du pays et actions caritatives

Outre le Centre Médical de la Communauté de Lubumbashi, qui permet à GFI d’être présent dans la santé, celui-ci a aussi créé la Fondation Rachel Forrest. Cette dernière œuvre, au bénéfice des populations locales, dans l’enseignement, la formation, la culture et l’environnement. Elle soutient des initiatives visant à aider les Congolais à s’épanouir au quotidien sur le plan socio-économique et humain, en leur apportant un coup de pouce financier. Depuis un siècle, le nom « Forrest » est définitivement partout en RDC.

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