Recours collectif contre Linky : quand les anti-nucléaires se recyclent

Publication: 23/04/2018

Le 9 avril dernier, trois avocats, dont l’ancienne ministre de l’Écologie Corinne Lepage, ont lancé un recours en référé pour arrêter le déploiement de Linky. Une sortie plutôt rare dans le cadre d’un grand projet industriel, qui a poussé Secret Défense à enquêter. Résultat: derrière une mobilisation souvent qualifiée de citoyenne, on retrouve des “professionnels” du militantisme anti-nucléaire opportunément reconvertis dans la cause anti-ondes…

Le gouvernement va-t-il retirer les compteurs Linky déjà installés dans près de 10 millions de foyers ? C’est en tout cas la volonté du cabinet d’avocats Smart Cab qui a déposé un recours en référé le 9 avril dernier par le biais de trois avocats, dont l’ancienne ministre de l’Écologie Corinne Lepage. Les plaignants accumulent les griefs à l’encontre du Linky, certains pas forcément écologiques : absence d’économies réelles, surfacturation, surveillance de masse et, surtout, dangers pour la santé dus aux émissions électromagnétiques du boîtier fluo.

Le bémol, la plupart de ces points a été remis en cause par des autorités indépendantes. De la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE), qui a réfuté l’augmentation du coût pour le consommateur en évoquant une “facture neutre” pour (la Cour des comptes s’inscrit en faux de cette analyse, provoquant un débat non sur la rentabilité mais le coût de l’installation). À la CNIL, qui a entériné le caractère non-intrustif du Linky, tout en conservant un oeil vigilant sur l’action des distributeurs d’énergie (d’où la récente mise en demeure de Direct Énergies par ailleurs).

Et enfin, jusqu’à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), qui a déjà publié deux études montrant que ces ondes ne sont pas plus dangereuses que celles d’un four à micro-ondes ou d’un téléphone portable…

 

Opération médiatiquement et financièrement rentable

Qu’importe néanmoins les études et les contre-études. La fronde anti-Linky ne semble pas faiblir. C’est que les braises sont alimentées par un réseau efficace.

Ainsi, l’action judiciaire de Corinne Lepage a eu l’effet médiatique escompté et de nombreux journaux ont relayé les propos de l’avocate, mais aussi ceux de son réseau, dont l’eurodéputée écologiste Michèle Rivasi. Le collectif en a également profité pour lancer une autre procédure, ouverte cette fois-ci aux particuliers visant à contraindre Enedis à « respecter, individuellement, la liberté de choix, le droit à la santé et à la vie privée de chaque demandeur ayant décidé d’agir ». Plus de 4 000 citoyens se sont déjà rassemblées dans cette action et un site web a également été lancé. Ainsi, ceux et celles qui refusent la pose du compteur peuvent rejoindre cette action collective. Mais, l’opération est bien moins philanthropique qu’il n’y paraît. Chaque recours individuel déposé rapporte 48 euros au cabinet d’avocat ayant lancé la procédure. Soit près de 200 000 euros déjà récoltés pour les quelques 4 200 inscrits.

Si le cabinet a depuis renouvelé les procédures d’inscription, ce chiffre semble désormais stagner. La sortie médiatique a néanmoins permis de mettre en lumière un réseau d’anti-ondes, pour beaucoup des reconvertis du lobby anti-nucléaire, en perte de vitesse depuis quelques années.

 

Des anti-nucléaires aux anti-ondes

Les personnalités de la galaxie anti-Linky qui dénoncent – à tort –  un rayonnement toxique du compteur tentent de refaire surface après avoir la bataille, presque perdue, du nucléaire. Corinne Lepage est l’une des têtes de gondole des anti-atomes, elle qui a publié plusieurs ouvrages pour expliquer l’importance de la sortie de cette industrie dominante en France. À ses côtés, on retrouve d’autres profils parfaitement identifiés : Stéphane Lhomme, créateur de l’Observatoire du nucléaire en 2011, Serge Sargantini, fondateur de l’ONG Next-Up farouchement opposée au nucléaire, Michele Rivasi, passée de la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (prônant la sortie du nucléaire) au Centre de Recherche et d’Information Indépendant sur les Rayonnements Électro-Magnétiques non ionisants (CRIREEM), qu’elle a depui “quitté” pour éviter les conflits d’intérêts (sic), ou encore Annie Lobé, journaliste scientifique indépendante qui a longtemps fait du nucléaire son sujet de prédilection.

Bref, du nucléaire aux ondes, il n’y qu’un pas…

next-up-linky-nucléaire

Ici, on constate que l’association Next Up a repris les mêmes codes pour ses actions militantes anti-nucléaires que pour les actions anti-Linky. Un panneau Stop, assorti d’une main blanche.

Linky, ondes, un business juteux

Le réseau est néanmoins loin d’être unifié et les anciens anti-nucléaires semblent jalousement protéger leur escarcelle fraîchement acquise.

Ainsi, Stéphane Lhomme n’a pas hésité à attaquer frontalement POAL, la Plateforme Opérationnelle Anti Linky, en l’accusant sur Twitter d’être “un faux site militant mis en place par deux escrocs qui, en réalité, ne sont là que pour vendre (très cher) de pseudo filtres “anti-CPL” qui filtrent plus sûrement votre porte-feuilles que les ondes”. Une hypothèse que Check news, le site de vérification de l’information de Libération, semble valider en partie.

Des passes d’armes qui démontrent que, dans la nébuleuse des associations anti-ondes, chacun semble vouloir conserver la juteuse primeure du combat anti-Linky.

Cela tombe bien, le secteur ne connaît pas la crise. Une enquête de Libération en 2013 a ainsi permis d’établir qu’une galaxie de PME s’était construite autour du business très rentable de la protection électromagnétique. Sans base juridique et sanitaire, le marché s’envole. Le quotidien de citer, par exemple, le cas de Philippe Jacquin, ancien de la téléphonie mobile reconverti en vendeur de vêtements anti-ondes pour femmes enceintes à 69 euros pièce. Résultat: un chiffre d’affaire qui explosait, de “30% chaque mois”, en 2012.

Canard PC Hardware, un autre journal spécialisé, dénonce régulièrement les écarts et les approximations scientifiques du “lobby”, mais aussi ses opérations juteuses, preuves à l’appui.

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