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Evasion fiscale ? Les bons comptes de Kering en Suisse

Publication: 21/03/2018

Le groupe Kering, qui détient les marques prestigieuses Gucci, Yves-Saint-Laurent ou encore Balenciaga, est accusé d’évasion fiscale via un ingénieux système de sociétés écrans en Suisse. Plus de 2,5 milliards d’euros auraient échappé aux fiscs français, italien et britannique. Ce que dément le géant du luxe.

Gucci, Balenciaga, Yves-Saint-Laurent… trois grandes maisons de luxe reconnues internationalement et faisant partie du groupe Kering (propriété de la famille Pinault) se retrouvent accusées d’évasion fiscale à hauteur de 2,5 milliards d’euros, par une enquête de la justice italienne. Soit l’affaire de ce type la plus importante pour un groupe français. Même si l’on ignore encore si la France va s’en saisir, comme l’a fait l’Italie, qui poursuit Kering pour fraude fiscale. Seul un contrôle fiscal concernant Yves-Saint-Laurent est toujours en cours depuis 2016 en France. Mais comment Kering en est-il arrivé-là ?

 

Kering tourne son regard vers la Suisse

Tout commence le 29 novembre dernier, avec une opération commando lancée par les policiers de la Guardia di Finanza dans les locaux de Gucci à Florence et Milan, entraînant la perquisition des trois directeurs de la marque. Une opération orchestrée par le procureur de Milan, à la suite d’une enquête menée pour fraude fiscale. En effet, la maison de luxe est accusée d’avoir fait évader pendant sept ans, quelque 1,4 milliard d’euros d’impôts, en localisant ses profits en Suisse. Le tout, grâce à un montage financier qui a transité par le Luxembourg et les Pays-Bas, via deux succursales de Kering, Kering Holland et Kering Luxembourg.

C’est par cette dernière que cette opération a pu voir le jour, car Kering Luxembourg possède deux établissements et quatre sociétés dans le canton du Tessin, en Suisse. Gucci y a de son côté depuis 1997 une société, Luxury Goods International ou LGI, à Cadempino, près de Lugano. De simple entrepôt, LGI devient le centre logistique exclusif de Gucci, où tous les produits transitent. Une décision supposément mue par un accord fiscal entre Gucci et le canton du Tessin qui permet au géant du luxe de ne payer que 8% d’impôt sur les sociétés, contre 31% s’il avait dû s’en acquitter en Italie. Pour ce faire, Gucci a donné à LGI le monopole de la distribution et la vente en gros de ses produits.

LGI touche donc ainsi la majorité des recettes, trois fois moins taxées qu’en Italie. Et peu à peu, Gucci construit d’autres entrepôts dans le Tessin pour confirmer cette position, avec 600 employés et un chiffre d’affaires net de 7 milliards d’euros entre 2009 et 2017. Et une économie d’impôts d’1,4 milliard d’euros.

 

La France également concernée

Une opération identique s’est déroulée pour Yves-Saint-Laurent et Balanciaga. Yves-Saint-Laurent a été rachetée en 1999 par Kering, mais c’est seulement depuis 2012 que la marque est devenue rentable, grâce à l’arrivée du créateur Hedi Slimane et de son successeur en 2016, Anthony Vaccarello, contribuant tous deux à redorer une maison un peu vieillissante. Résultats : un chiffre d’affaires estimé à 1,5 milliard d’euros en 2017 et 180 millions d’euros d’impôts d’économisés depuis 2009.

Pour Balanciaga, si on connaît son chiffre d’affaires (450 millions d’euros en 2017), on ignore encore le montant de sa réduction d’impôts. Car les deux sociétés passent également par les entrepôts helvètes de LGI pour acheminer leurs produits dans leurs différents magasins. Les recettes transitent par la sous-filiale de Kering qui rémunère par la suite le siège parisien d’Yves-Saint-Laurent, au minimum. Un montage plutôt lucratif mais sulfureux et “occulte” selon les termes du procureur de Milan. Ce qui explique pourquoi, en octobre, 2016, François-Henri Pinault, sa fidèle collaboratrice Patricia Barbizet ou encore son bras-droit Jean-François Palus, ont tous démissionné des sociétés offshore parties au montage.

Pourtant, officiellement chez Kering, il n’y a aucun problème. « L’existence de la société Kering Luxembourg SA ne procure pas d’avantage fiscal au groupe Kering. LGI (…) est au cœur des activités internationales de distribution (…) des marques du Groupe et constitue une importante implantation industrielle (…). Le Groupe s’acquitte en Suisse des impôts dus, en conformité avec la loi et le statut fiscal de la société et sa situation est bien connue des autorités fiscales helvétiques, italiennes et françaises ».

Aux justices française et italienne de trancher.

 

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