Hamas et Fatah réconciliés pour la tenue d’élections dans les Territoires palestiniens

Publication: 20/10/2020

Un accord scellé en Turquie entre le Fatah et le Hamas prévoit la tenue d’élections législatives dans les Territoires palestiniens et l’élection du président de l’Autorité palestinienne au cours des six prochains mois.

Ce serait une première en Territoires palestiniens depuis quinze ans. Le Fatah, à la tête de l’Autorité palestinienne (AP) établie à Ramallah, en Cisjordanie occupée, et son rival le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, ont annoncé être parvenus à un accord, scellé fin septembre en Turquie, pour la tenue d’élections palestiniennes parlementaires, puis présidentielles, « d’ici six mois ».

L’objectif des factions palestiniennes est de présenter un front uni à l’heure où les accords de normalisation, ou « accords Abraham », signés à Washington le 15 septembre dernier entre Israël et les Emirats arabes unis d’une part et Israël et Bahreïn d’autre part, rebattent les cartes au Moyen Orient.

Les accords de normalisation : un « coup de poignard dans le dos »…

Ce « coup de poignard dans le dos », selon les mots de l’AP, a mis en lumière la faiblesse diplomatique des Palestiniens et leur perte d’influence dans la région alors qu’Israël et les États-Unis tentent de convaincre d’autres pays du Golfe de franchir le pas. En normalisant leurs relations avec Israël, les Emirats et Bahreïn ont en effet brisé un tabou. Jusqu’à présent, la résolution du conflit israélo-palestinien était considérée comme une condition sine qua non à une reprise des relations entre les pays arabes et Jérusalem. Or, la solution à deux Etats — un État israélien et un État palestinien comprenant une partie de la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est — est le préalable à toute discussion pour les Palestiniens. Une solution qui n’a jamais été évoquée de près ou de loin dans le plan mijoté par le président américain Donald Trump.

Mis devant le fait accompli, les Palestiniens paient au prix forts leurs dissensions passées. En 2005, Mahmoud Abbas, successeur de Yasser Arafat à la tête du Fatah, avait remporté le scrutin présidentiel avec 62 % des voix. Un an plus tard, en 2006, le Hamas arrivait en tête aux législatives ce qui avait rapidement créé des tensions entre les deux camps, au point de mener à des affrontements armés et à la prise de contrôle de la bande de Gaza par le mouvement islamiste. Depuis lors, les deux mouvements sont restés à couteaux tirés et la perspective d’élections, maints fois évoquée, relevait d’un scénario hautement improbable.

Restaurer l’unité interne

Devant désormais répondre à la régularisation accélérée des relations de leurs alliés arabes du Golfe avec Israël, les autorités palestiniennes s’attellent donc à restaurer l’unité interne, seule carte qu’il leur reste entre les mains. « Nous sommes parvenus cette fois un vrai consensus (…), les divisions ont causé du tort à notre cause nationale et nous travaillons à y mettre fin », a assuré à l’AFP Saleh al-Arouri, un important responsable du Hamas. Pour autant, l’âge avancé d’Abbas (84 ans), ainsi que l’absence d’élections depuis 2005 suscitent des spéculations sur l’identité du prochain dirigeant palestinien.

Selon une récente enquête d’opinion réalisée par le Centre de recherche palestinien sur la politique et les sondages (PCPSR), le chef du bureau politique du Hamas Ismaël Haniyeh arriverait en tête des suffrages en cas d’élection présidentielle suivi de près par Marouane Barghouti, un dissident du Fatah aujourd’hui emprisonné. Quant à Abbas, qui n’a pas encore indiqué s’il allait être candidat à sa propre succession, 62 % des personnes interrogées estiment qu’il devrait démissionner immédiatement.

L’option Mohammed Dahlan

Reste l’option Mohammed Dahlan, l’un des rares officiels palestiniens à ne pas avoir dénoncé les accords Abraham. Exilé à Abou Dabi depuis qu’il a été chassé de la Cisjordanie occupée en 2011 après une âpre dispute avec les principaux dirigeants du Fatah, Dahlan est fortement soupçonné par son ancien parti d’être un des architectes des accords de normalisation avec Israël. Homme de réseaux, proche du prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed al-Nahyane, il bénéficie du soutien de puissance régionales comme l’Egypte et l’Arabie saoudite.

Condamné par contumace par un tribunal palestinien en 2016 à trois ans de prison et à une amende de 16 millions de dollars pour corruption à grande échelle à Gaza – des allégations que ses partisans dénoncent comme des « accusations malveillantes » pilotées par ses anciens alliés – cet ancien chef du Service de sécurité préventive à Gaza lors de la création de l’Autorité palestinienne en 1994, conserve néanmoins des partisans à Gaza et en Cisjordanie, regroupés au sein du Bloc de la réforme démocratique du Fatah. Une dizaine d’entre eux, notamment des professeurs d’université, auraient d’ailleurs été brièvement arrêtés ces dernières semaines… Pour le porte-parole du Bloc de réforme démocratique et membre du Conseil révolutionnaire du Fatah Dimitri Diliani, cité par Arab News, le quotidien anglophone publié en Arabie saoudite, « Abbas et le groupe de bénéficiaires qui l’entourent craignent le pouvoir du bloc Dahlan, qui est aujourd’hui devenu une majorité au sein du Fatah dans le pays et à l’étranger ».

 

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