Qatar : l’étrange conférence londonienne de l’opposition

Publication: 20/09/2017

Une conférence à guichets fermés s’est tenue sur l’avenir du Qatar. L’événement, organisé par l’homme d’affaires qatarien Khalid Al-Hail, semble avoir été un échec. Il pourrait avoir été piloté par le couple émirati-saoudien dans le but de déstabiliser le régime qatarien.

Une « étrange » conférence a été organisée jeudi 14 septembre à Londres, dans un palace au bord de la Tamise. Flop véritable (les articles évoquent une cinquantaine de personnes et un nombre restreint de Qatariens), la conférence se targuait pourtant de rassembler décideurs politiques, académiciens, journalistes et exilés politiques qatariens afin de discuter de la possibilité de provoquer un changement de famille régnante, et ce en pleine crise du Golfe.

 

« Entre James Bond et Monty Python »

Cité par Le Monde, « le rapport non signé présentant la conférence envisage trois scénarios d’avenir pour l’émirat, dont aucun n’épargne le régime en place : un “isolement croissant”, une révolution de palais et une “intervention étrangère”, “hypothèse peu probable mais plausible” si “le Qatar continue de provoquer ses voisins” ».

Le correspondant du Monde évoque ainsi une ambiance copiant « jusqu’à la caricature un film de James Bond », avec sa « liste d’invités tenue secrète, gracieuses hôtesses d’accueil, chiens renifleurs et sbires à oreillette ». L’organisateur unique de cette conférence semble tout aussi sulfureux.

D’après les informations du Middle East Eye (MEE), Khalid Al-Hail, mystérieux homme d’affaires qatarien et chef autoproclamé de l’opposition politique, affirme être le seul organisateur et sponsor de la réunion. Mais des sources bien renseignées soulignent l’influence de personnalités proches de l’Arabie saoudite et d’Israël telles que Thomas Mace-Archer-Mills, fondateur et président de la Fondation monarchiste britannique et Steve Rabinowitz, lobbyiste, fondateur de Jews for Progress, un comité de collecte de fonds pour soutenir la campagne présidentielle d’Hillary Clinton.

 

Tentative « maladroite » pour fomenter un coup d’Etat

Rabinowitz, le fondateur de Jews for Progress, est également un des responsables de la firme-conseil en relations publiques Bluelight, qui représente des associations juives et pro-Israël. Selon les informations du MEE, M. Rabinowitz se serait consacré « pratiquement à plein temps » à l’organisation de la conférence londonienne et ce, en compagnie de Jason Nisse, ancien journaliste et autrefois directeur de Newgate Communications, une agence de relations publiques possédant des bureaux à Abou Dabi et de nombreuses connexions avec le monde des affaires du Moyen-Orient.

Nicholas McGeehan, spécialiste des pays du Golfe et ancien chercheur à Human Rights Watch, estime que la conférence organisée à Londres constitue « une tentative d’amateur remarquablement maladroite pour fomenter un coup d’Etat au Qatar ». Pour lui, l’influence de l’Arabie saoudite et des Emirats Arabe Unis ne fait aucun doute : ces derniers sont en effet « connus pour dépenser des millions dans des campagnes de relations publiques sophistiquées pour pousser leur agenda », ajoute-t-il dans les pages du MEE.

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Riyad et Abu Dhabi impliquées ?

Face à cette organisation pour le moins opaque, nombreux sont les intervenants qui ont refusé de se faire associer à la conférence de Londres.

Ainsi, Chris Doyle, directeur du Council for Arab-British Understanding, s’est dit « favorable à tout débat ouvert et sérieux sur l’état de la région ». Il a cependant décliné l’invitation à participer à la réunion londonienne considérant que les informations sur les organisateurs, les sponsors et les objectifs du rassemblement « manquent de transparence ». La réunion représente pour lui une « action limite grotesque » qui pourrait alimenter le « fantasme » d’un coup d’Etat au Qatar.

Le député conservateur Daniel Kawczynski, connu pour ces accointances avec Riyad, s’est également désolidarisé du mouvement. Celui qu’on désigne comme « membre d’honneur de l’Arabie saoudite » dans les milieux diplomatiques a pris ses distances avec la conférence.

« Ce n’est pas exact de dire que je soutiens l’événement, s’est défendu M. Kawczynski. Je m’y rends et j’y parle. Voilà tout ». Le député a rappelé qu’il ne siège plus à la commission des Affaires étrangères et affirme n’en savoir que « très peu sur l’opposition qatarienne ». « Je me rends à cette conférence pour découvrir ce que les opposants au régime ont à dire au sujet des droits de l’homme mais aussi, et cela est tout aussi important, sur les accusations de financement du terrorisme », a-t-il expliqué au MEE.

 

Le retour du cheikh Abdallah

Malgré ce manque de transparence, l’organisateur officiel Khalid Al-Hail, fondateur du Parti national démocratique du Qatar, n’a jamais caché ses intentions : « il souhaite installer au pouvoir à Doha un certain Abdallah ben Ali ben Jassem Al-Thani, obscure personnalité apparentée à la dynastie qatarienne régnante », rapporte Le Monde. Ce même cheikh Abdallah avait été reçu en grande pompe par le prince héritier de l’Arabie saoudite Mohammed ben-Salmane, allant jusqu’à passer des vacances en sa compagnie dans sa luxueuse villa du Maroc.

Alors même que la conférence a été, de l’avis de tous, un fiasco, de nombreuses interrogations subsistent donc sur les liens exacts entre organisateurs, Arabie saoudite et Emirats Arabes Unis.

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