Sénégal et Côte d’Ivoire : la lutte contre la corruption se renforce

Publication: 20/06/2019

Si le niveau de corruption de la classe politique demeure préoccupant en Afrique subsaharienne, deux pays enregistrent des progrès importants : la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Cette embellie montre l’importance de faire toute la lumière sur les affaires, notamment celle des contrats pétroliers visant le frère du président sénégalais.

Au Sénégal, la polémique autour de l’attribution de deux gisements pétroliers à la multinationale britannique British Petroleum (BP) pose la question de la corruption des élites. Selon une enquête à charge de la BBC, Aliou Sall, actuel président de la Caisse de dépôt et consignation, maire d’une commune de la banlieue de Dakar et frère du chef de l’État sénégalais, aurait bénéficié de pots-de-vin de la part de Franck Timis, un homme d’affaires roumano-australien.

Bien que jeune, la société Petro-Tim, de Franck Timis, a obtenu deux concessions de pétrole et de gaz en 2012, grâce à un contrat avalisé par le président sénégalais Macky Sall. En 2016, BP a racheté les concessions de M. Timis et lui aurait promis des redevances s’élevant entre 9 milliards et 12 milliards de dollars sur les quarante prochaines années. Des accusations qui peinent à convaincre selon de nombreux médias africains et internationaux.

Et surtout un comble pour un pays dont le chef de l’Etat a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. C’est pourquoi le président sénégalais Macky Sall fustige des allégations « sans fondement » qui « ne correspondent à aucune réalité économique, encore moins à une quelconque perte de revenus futurs pour le pays ». Son ministre de la Justice a saisi le Procureur de la Cour d’appel de Dakar pour faire toute la lumière sur ces allégations. « Nous savons que là où il y a du pétrole, certains vont tenter de déstabiliser le pays […]. Le gouvernement va poursuivre cette affaire », a t-il déclaré. Avant de promettre : « S’il faut sanctionner, nous allons sanctionner ».

Alors que le Sénégal fait partie, avec la Côte d’Ivoire, des pays régulièrement cités pour les progrès réalisés en matière de lutte contre la corruption, le gouvernement tout comme la société civile exigent que la lumière soit faite sur les affaires, et ne laisseront rien passer.

Réformes positives 

En effet, « la Côte d’Ivoire et le Sénégal figurent pour la deuxième année consécutive parmi les pays qui ont sensiblement amélioré leur classement dans l’IPC [Indice de perception de la corruption] », se félicite l’ONG Transparency International dans son dernier rapport, publié en janvier.

Alors que l’Afrique sub-saharienne reste la région du monde la moins bien notée (avec un score moyen de 32 points sur 100), le Sénégal est passé de 36 points en 2012 à 45 points en 2018. La Côte d’Ivoire est quant à elle passée de 27 points en 2013 à 35 points en 2018. « Ces remontées peuvent être attribuées aux effets positifs des réformes institutionnelles, politiques et juridiques engagées dans ces pays ainsi qu’à la volonté politique dont ont fait preuve leurs dirigeants dans la lutte contre la corruption », explique Transparency International.

Dès son arrivée au pouvoir, le président Macky Sall, élu pour la première fois en 2012, a fait de la lutte contre la corruption une priorité absolue. Il a notamment mis en place l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), un organe indépendant chargé de lutter contre toutes les pratiques illicites. « Il faut que les gens acceptent de rendre compte (…) : les hommes politiques, qu’ils soient chefs de partis ou autre, des leaders de la société civile ou de l’opposition », avait prévenu Nafi Ngom Keïta lors de sa nomination à la tête du nouvel organe.

Macky Sall a également créé le ministère de la Promotion de la bonne gouvernance et la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI). Pour Transparency International, la création de ces nouvelles institutions anticorruption et la sanction des abus passés expliquent les progrès réalisés par le pays en matière de transparence. « Le Sénégal a enregistré des gains sur l’IPC depuis 2012. Le changement de régime politique et l’optimisme initial suscité par la campagne de lutte contre la corruption sont les principaux facteurs explicatifs de l’amélioration récente de la perception du public », souligne l’ONG.

L’occasion de renforcer la lutte anticorruption

Transparency se félicite également de la situation en Côte d’Ivoire, qui « sort de plus de dix ans d’agitation politique et de conflit ethnique qui ont vu le pays plonger dans la guerre civile, culminant avec la violence post-électorale d’après 2010 ». Si la relance de l’économie et la consolidation de la stabilité politique étaient les principaux objectifs d’Alassane Ouattara au sortir de la crise, le chef de l’État ivoirien s’est également illustré par son combat contre la corruption.

Transparency salue particulièrement le décret anti-corruption de 2013 « ainsi que la mise en place de nouveaux services de lutte contre la corruption : la Brigade de Lutte contre la Corruption (2012), la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (2014) ou l’Unité de Lutte contre le Racket (2014), destinée à mettre fin au racket au niveau des barrages routiers », ajoute l’ONG.

Alors que Transparency International regrette que « malgré l’engagement pris par les dirigeants africains de faire de 2018 l’Année africaine de lutte contre la corruption, les avancées concrètes se font encore attendre », les progrès enregistrés par la Côte d’Ivoire et le Sénégal sont de nature à inspirer d’autres changements dans la région. Les citoyens le savent et souhaitent protéger ces acquis.

En faisant la lumière sur les affaires, les autorités de ces pays pourraient trouver une nouvelle occasion de renforcer leur lutte contre la corruption.

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