Sultanat d’Oman : les défis de Haitham ben Tarek

Publication: 20/01/2020

Sayed Haïtham ben Tarek al-Saïd succède à Qabous Ibn Saïd al-Saïd sur le trône d’Oman. Le nouveau sultan hérite d’un pays relativement stable même s’il n’est pas épargné par les revendications sociales qui ébranlent l’ensemble du monde arabe.

Il a régné pendant plus de 50 ans sur le sultanat d’Oman, cette pétromonarchie des confins de la péninsule arabique réputée pour sa stabilité et son rôle de médiateur dans les crises moyen-orientales. Affaibli ces dernières années par la maladie, Qabous Ibn Saïd al-Saïd est décédé vendredi 10 décembre, à l’âge de 79 ans. Sans héritier direct, il a été remplacé quelques heures plus tard par son cousin, Haitham ben Tarek. A 65 ans, ce diplômé en relations internationales de l’université d’Oxford a occupé le maroquin des Affaires étrangères, avant de devenir ministre de la Culture et du Patrimoine. Dans son premier discours, le nouveau souverain s’est engagé à poursuivre la “politique étrangère de non-ingérence” du sultanat d’Oman et à continuer à “favoriser des solutions pacifiques” aux crises régionales et mondiales.

Changement dans la continuité

Ce changement dans la continuité a rassuré les chancelleries internationales qui craignaient que la mort de Qabous Ibn Saïd al-Saïd ouvre la voie à une succession difficile sur le trône de ce pays frontalier de l’Arabie saoudite et proche de l’Iran, les deux puissances rivales du Moyen-Orient. De fait, la procédure successorale omanaise est complexe et unique dans la région. Le trône ne se transmet pas nécessairement au fils aîné, ni à la personnalité choisie par le souverain. En cas de vacance du pouvoir, c’est le Conseil de la famille régnante qui procède à la désignation du nouveau sultan dans un délai imparti de trois jours. Un protocole qui soulève de nombreuses incertitudes. Mais, alors que les noms des frères du nouveau souverain étaient également évoqués, c’est finalement Haitham ben Tarek qui a été choisi, le Conseil confortant ainsi le vœu émis par le sultan Qabous dans une lettre testamentaire. La rapidité avec laquelle la succession a été assurée apparaît comme « une démonstration d’unité à destination de l’extérieur. Ce qui est très important dans une région instable et face à certaines préoccupations selon lesquelles les voisins d’Oman auraient aimé pouvoir interférer dans le processus », indique à L’Orient-Le Jour Cinzia Bianco, spécialiste du Golfe au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR).

Les défis extérieurs

Le rôle de souverain n’en sera pas moins difficile à endosser pour Haitham ben Tarek. Il lui faudra d’abord résister aux pressions internationales. Sous Qabous, le sultanat est resté à l’écart des principaux conflits régionaux. Le sultan avait ainsi affirmé la neutralité de son pays lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988) et a toujours refusé de s’impliquer dans la guerre au Yémen et dans le boycottage du Qatar, malgré l’insistance de ses puissants voisins, l’Arabie saoudite d’une part et les Emirats arabes unis (EAU) d’autre part. Mascate s’est par ailleurs toujours imposé comme un discret médiateur régional, jouant notamment un rôle d’intermédiaire utile dans le conflit opposant Washington et Téhéran sur le dossier nucléaire. En 2018, Qabous avait même reçu le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou pour une rencontre historique à un tel niveau.

Les défis intérieurs

Sur le plan intérieur, celui qui avait pris le pouvoir à son père lors d’un coup d’Etat en juillet 1970, a su faire entrer le sultanat dans la modernité en gérant au mieux les ressources pétrolières de ce pays de désert et de montagne. Et, s’il dirigeait de manière autoritaire, sans aucune opposition ni presse libre, il a également concédé des avancées sociales importantes. En 2011, en réponse à la vague de contestation du printemps arabe qui n’a pas épargné Oman, Qabous avait ainsi procédé à un remaniement ministériel tout en promettant la création d’une allocation chômage et l’ouverture de 50 000 postes dans le secteur public. La répression des manifestations n’en sera pas moins sanglante, faisant plusieurs morts et blessés sérieux. Par la suite, des intellectuels omanais et des meneurs du printemps arabe seront arrêtés et jetés en prison. Ce qui n’a pas empêché la rue omanaise de manifester à nouveau en janvier 2018, à Mascate et dans les provinces de Dhofar et de Salalah, ainsi que plus récemment à Sour. Face à la contestation, le gouvernement omanais avait à nouveau promis la création de 25 000 emplois publics l’année dernière. Mais la réponse étatique au malaise sociale a ses limites : touché par la baisse de la production pétrolière, source principale de ses revenus, l’économie omanaise souffre. Le taux de chômage atteint désormais 16% dans ce pays de moins de 5 millions d’habitants.

« Le gouvernement a répondu à plusieurs reprises aux manifestations en créant des emplois et en reportant les réformes concernant les subventions, mais avec une dette croissante, le nouveau sultan n’a pas beaucoup d’espace fiscal pour lancer des réponses populistes », observe Jane Kinninmont, spécialiste du Moyen-Orient, dans L’Orient-Le Jour. Les défis qui attendent le nouveau sultan sont donc nombreux. A commencer par la prise en compte des revendications sociales de la jeunesse et par la nécessité désormais vitale de diversifier une économie dépendante du pétrole et du secteur public.

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