Le Kazakhstan consolide sa mue démocratique

Le 16 mars 2022, le président Kassym-Jomart Tokayev s’est adressé au Parlement kazakhstanais afin de jeter les bases d’une future réforme constitutionnelle. Celle-ci devrait limiter les pouvoirs du chef de l’État et renforcer les prérogatives des législateurs. Le successeur de Noursoultan Nazarbaïev semble avoir pris conscience de l’impasse politique et sociale dans laquelle était le pays depuis qu’ont éclaté les manifestations du mois de janvier.

Un discours de résilience : construire le Nouveau Kazakhstan

« Les événements de janvier ont ébranlé la société. Notre peuple a été confronté à un défi sans précédent lorsque l’intégrité du pays s’est retrouvée menacée » a déclaré solennellement le président du Kazakhstan Kassym-Jomart Tokayev mercredi 16 mars dans son discours à la Nation. Ces jours-ci, nous avons profondément réalisé la valeur durable de l’Indépendance, nous avons compris à quel point la paix, la stabilité et l’harmonie étaient importantes ». En effet, après un mois de janvier riche en secousses politiques et sociales, le chef d’État du Kazakhstan a voulu afficher sa volonté de remettre le pays sur la voie de la réconciliation, de l’unité et d’une libéralisation politique progressive, insistant sur « la transparence et le caractère démocratique du processus d’enquête ».

Dès les premiers jours de 2022, un mouvement social a éclaté dans le pays, à la suite de la hausse des prix du gaz naturel liquéfié (GNL), qui représente une part importante de la richesse de l’État. Le gouvernement avait décidé, quelques semaines auparavant, de mettre fin au système de subventionnement public du GNL, pour le remplacer par un système de marché – les prix s’étaient alors envolés de 60 %. Les manifestations, d’abord pacifiques, se sont étendues à plusieurs villes du pays, dont la capitale économique, Almaty, où de nombreux bâtiments publics ont été envahis et détruits par des manifestants, ressemblant de plus en plus à des groupes armés. Les pouvoirs publics, dépassés par les vagues de violence, ont même été obligés de couper internet pour empêcher les communications via les applications de messagerie. Trois mois après, le président Tokayev souhaite montrer qu’il est déterminé à donner droit aux revendications d’une partie de la population kazakhstanaise, appelant à plus d’égalité sociale et de pratiques démocratiques.

Lutte contre la corruption et pouvoir accru du Parlement

Dans son discours à la nation, Kassym-Jomart Tokayev a donc explicité son programme de consolidation des réformes politiques entamées bien avant le mois de janvier. L’idée d’un « État à l’écoute » avait déjà fait son chemin, suivie par l’abolition de la peine de mort en 2021. Plus ambitieux, le programme annoncé par le président est de nature constitutionnelle : 70 % des parlementaires seront ainsi élus au scrutin proportionnel, 30% au scrutin majoritaire ; en plus de faciliter l’enregistrement de nouveaux mouvements politiques, en réduisant le nombre minimum requis de militants de 20 000 à 5 000, le chef de l’État a annoncé que trois provinces qui avaient fusionné au début des années 90 seraient à nouveau indépendantes les unes des autres. « La construction du Nouveau Kazakhstan repose sur la nécessité d’assurer une concurrence politique libre et équitable » a résumé le chef d’État.

Le président a par ailleurs affirmé vouloir encadrer les prérogatives du chef de l’État tout en revalorisant les pouvoirs du Parlement. Le premier, notamment, ne pourra plus être membre d’un parti politique, et le nombre de députés ou de sénateurs nommés directement par lui sera revu à la baisse. La réforme, qui doit être étudiée par le gouvernement, propose également de faciliter l’enregistrement de nouveaux partis politiques.

Concernant les pouvoirs du Président de la République, M. Tokayev a annoncé qu’il souhaitait le rétablissement de la Cour constitutionnelle, en étendant la possibilité de sa saisine au Procureur général et au Commissaire aux droits de l’Homme, afin que le contrôle judiciaire du premier personnage de l’État soit renforcé. A ce titre, la loi devrait interdire à ses proches d’exercer des responsabilités politiques ou d’occuper des postes de direction dans une entreprise publique, ceci pour limiter les risques de corruption. La lutte contre le « favoritisme d’État », pratiquée à l’ère Nazarbaïev, prédécesseur de M. Kassym-Jomart Tokayev, est d’ailleurs en train de se mettre en place. Début mars, un neveu de l’ancien chef d’État a été appréhendé par la police du pays, dans le cadre d’une enquête sur une affaire de détournements de fonds ; un homme d’affaires lié à sa famille a, de plus, été arrêté.

« Le changement doit commencer à l’intérieur de nous-mêmes. Nous devons redémarrer le système des valeurs individuelles et sociétales » du pays, a déclaré le président à la fin de son discours, insufflant à son discours une touche presque personnelle et spirituelle.

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