L’Indonésie veut le Rafale

Après moults annonces contradictoires, l’Indonésie a franchi un pas décisif en signant un « contrat initial » portant sur l’achat de 36 Rafale à la France. Mais les jeux ne sont pas encore faits.

Négocié depuis plusieurs mois, le contrat portant sur l’achat de 36 Rafale par l’Indonésie à la France a été signé à Djakarta, le 7 juin dernier, lors d’une visite discrète de la ministre des Armées, Florence Parly. Approuvé par le président indonésien Joko Widodo, la vente des avions de combats de Dassault Aviation, pour un montant évoqué de l’ordre de 4 milliards d’euros, n’en est pourtant encore qu’au stade du « contrat initial ».

Selon le site Airspace-Review, ce dernier ouvre la voie à des négociations de branches portant notamment sur des compensations industrielles et économiques prévues dans la législation indonésienne. Le pays d’Asie du Sud-Est possède en effet une industrie aéronautique. Or, une loi adoptée en 2012 impose non seulement le calcul d’une compensation pour l’industrie nationale mais aussi l’intégration de composants locaux à tout produit étranger acquis en matière de sécurité et de défense.

Un accord définitif d’ici la fin de l’année ?

C’est dire si les négociations à venir seront essentielles pour entériner la transaction. Un précédent contrat signé entre l’Indonésie et l’avionneur russe Sukhoi, pour son biréacteur de supériorité aérienne Su-35 Flanker-E, avait en effet achoppé sur cette étape. Des pressions américaines en application de la législation Countering America’s Adversaries Through Sanction Act (CAATSA), qui prévoit des mesures coercitives à l’encontre des pays tentés de se procurer du matériel militaire auprès de la Russie, avaient fini de la dissuader.

Prudence donc, même si la presse spécialisée évoque une volonté partagée de parvenir à un accord définitif d’ici la fin de l’année. Certains observateurs locaux avançant même l’hypothèse d’une signature à l’été, en marge des célébrations du 14 juillet dont l’Indonésie serait pour l’occasion un des invités d’honneurs.

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une excellente nouvelle pour l’industrie militaire française qui a longtemps peiné à exporter son fleuron aéronautique. Mais le Rafale a le vent en poupe ces derniers mois. Les commandes du Qatar, de la Grèce, de l’Egypte et de la Croatie sont déjà dans les tuyaux. Dassault Aviation semble également en position favorable en Suisse et en Finlande alors que l’Inde ou les Emirats Arabes Unis lui font des appels du pied.

Les Américains mauvais perdants ?

En Asie, c’est la pression constante de la Chine sur la sécurité régionale qui a poussé Jakarta dans les bras du Français. Comme l’a rappelé en février dernier le général Fadjar Prasetyo, le chef d’état-major de la force aérienne indonésienne, le Rafale est un véritable démultiplicateur de force, capable aussi bien de mener des actions air-air qu’air-sol mais également contre des cibles de surface. Les trente-six avions de combat français remplaceraient des chasseurs russes relativement récents comme les Sukhoi Su-27 Flanker et Su-30 Flanker-C qui n’ont jamais réussi à faire leurs preuves. Pour la Russie, cela ressemble d’ailleurs à un camouflet puisque le programme d’acquisition d’hélicoptères d’assaut Mil Mi-171 Hip-J semble également aux oubliettes.

Outre le SU-35 russe, le KF-X sud-coréen et le F-16 block 72 américain de Lockheed-Martin figuraient parmi les appareils en lice face au Rafale. Après avoir écarté Moscou, Washington ne s’attendait sans doute pas à un tel choix de la part de Jakarta. Lockheed-Martin n’a d’ailleurs pas ménagé sa peine ces dernières semaines pour vanter les mérites de son avion. Sans succès. Pour ne pas froisser l’allié américain, les autorités Indonésiennes ont proposé d’acquérir également des F-35 ancienne génération. Mauvais calcul : elles se sont heurtées à un refus sec et définitif.

 

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