Etudes scientifiques : doit-on toujours leur faire confiance ?

Publication: 17/05/2017

Et si certaines études n’étaient pas aussi scientifiques et rigoureuses qu’elles le prétendent ? C’est en tout cas ce que laisse entendre… une étude, publiée en 2015. Le projet, baptisé « Reproducibility Project », a tenté de reproduire des analyses de psychologie. Celles-ci avaient été publiées en 2008 dans trois prestigieuses revues scientifiques, et abordaient diverses problématique ; des comportements sociaux, de la perception et de la mémoire. Problème : des chercheurs ont constaté qu’ils n’arrivaient aux mêmes résultats que dans 40% des cas. Un exemple troublant, et qui ne semble pas isolé.

Quand la méthodologie scientifique est remise en question

En 2014, un rapport du Collège de médecine Albert Einstein à New York souligne la hausse exponentielle du nombre de publications scientifiques. Conséquence : les scientifiques sont de plus en plus soumis à la pression des résultats, quitte à induire en erreur leurs lecteurs. Une course effrénée à la publication qui risque de les desservir. Les études reprises par « Reproducibility Project » ne sont pas fausses pour autant. Seulement, les résultats obtenus peuvent être exagérés, dans les deux sens : sous-estimés ou surestimés.

En 2012, les résultats de recherche du biologiste français Gilles Eric Séralini sur les conséquences des OGM sur la santé avaient fait grand bruit. Publiée dans la revue Food and Chemical Toxicology, l’enquête, menée sur des rats, était arrivée à la conclusion que la consommation d’OGM est néfaste pour la santé. Bilan: « Après moins d’un an de menus différenciés au maïs OGM, c’était une hécatombe parmi nos rats, dont je n’avais pas imaginé l’ampleur. » Pourtant, quelques semaines plus tard, des experts européens de l’Efsa (l’Agence européenne de sécurité des aliments) remettent en cause l’étude du Professeur Séralini. Dans un communiqué, publié le 28 novembre 2012, ces experts écrivent : « Les lacunes importantes constatées dans la conception et la méthodologie d’un article rédigé par Séralini et al. impliquent que les normes scientifiques acceptables n’ont pas été respectées (…) Par conséquent, il n’est pas possible de tirer de conclusions valables sur l’occurrence des tumeurs chez les rats testés. »

Cet épisode est, en quelques sortes, l’arbre qui cache la forêt. D’autres sujets scientifiques sont concernés. Exemple avec le glyphosate, un des désherbants les plus utilisés par les agriculteurs dans le monde.

Réévaluer, pour mieux discréditer ?

Le glyphosate comporte-t-il des risques pour la santé humaine ? Une majorité d’études répond pour l’instant par la négative : l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA), et même l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Pour autant, les travaux de recherche continuent.

Dans ce contexte, l’Institut Ramazzini (institut italien de recherche en cancérologie) se penche à son tour sur les risques potentiels du glyphosate sur la santé humaine. Détail : l’Institut souhaite publier l’étude avant fin 2017 – date butoir de l’UE qui statuera sur la poursuite ou l’arrêt de la commercialisation du glyphosate. Une étude qui pourrait tomber à point nommé…

Fiorella Belpoggi, la directrice du département de la recherche au sein de l’Institut Ramazzini, se veut pour l’instant plutôt rassurante: « Les animaux exposés ne présentent aucune différence évidente par rapport aux animaux non exposés ». Et de préciser : « Cela nous en dit très peu pour l’instant, car l’évaluation des paramètres clés qui pourraient être affectés par l’exposition est en cours et nous attendons les résultats. » Ces paramètres incluent notamment tout changement génétique ainsi que les effets potentiellement toxiques sur le sperme, les embryons ou la progéniture des animaux.

Des connexions étranges…

Pourtant, on peut légitimement s’interroger sur les motivations de ce calendrier de publication, qui plus est dans des délais extrêmement courts : quelques mois ! D’une part, l’Institut Ramazzini est très proche du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) – certains chercheurs travaillent dans les deux structures. Ce même CIRC qui est le seul à ce jour à avoir classé le glyphosate comme substance « probablement cancérigène ». Si les contacts entre chercheurs sont naturels, et mêmes sains pour le débat scientifique, on peut néanmoins s’étonner lorsque des chercheurs étudiant la toxicité d’un produit comme le glyphosate travaillent dans le même temps avec… des associations anti-pesticides. C’est pourtant le cas de Mme Belpoggi, qui a rejoint en 2013 « Factor OGM ». Ce projet de recherche russe sur le glyphosate est lui-même coordonné par l’Association nationale pour la sécurité génétique (NAGS), une ONG russe qui combat notamment les OGM.

Mais le centre Ramazzini est également membre de la Coalizione italiana #StopGlifosato: une coalition de 45 associations environnementales, opposées aux pesticides. Dans ces conditions, difficile de croire sur parole l’institut italien lorsqu’il déclare mener des recherches en toute indépendanc

En 2012, une étude (une de plus) analyse les 2047 études scientifiques retirées des publications entre 1977 et 2012. Les résultats obtenus sont stupéfiants (et inquiétants) : dans 43% des cas, la fraude (manipulation des résultats) constitue la cause principale du retrait des articles. Les erreurs involontaires (mauvaise interprétation des résultats, problème au niveau de l’expérimentation, etc.) représentant, elles, un peu moins d’un quart des suppressions…

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