Assistance psychologique des jurés : un aspect sous-évalué ?

Les jurés d’assises sont en première ligne dans des procès aux faits, parfois, abominables. Des images qui peuvent perturber voire traumatiser des personnes qui ne sont pas préparées à cela. En ce sens, Yannick Favennec, député UDI de la Mayenne, déposa en 2014 un projet de loi afin que les jurés bénéficient d’une assistance psychologique avant, pendant et après le procès. 

Ce dernier condamnait alors le manque d’accompagnement de la société envers les jurés : « La société impose un devoir civique aux citoyens mais sont-ils préparés à cela ? Personne n’est prêt à affronter les pires horreurs, ni la pression des médias », insistait-il.

Malheureusement, aucune suite d’envergure vint concrétiser ce projet. Et pour cause, les avis divergent au sein de l’organe judiciaire sur la viabilité d’une telle procédure.

« Les magistrats ont pour mission de briefer les jurés »

Cette hypothèse, bien que louable, laissait dubitative Françoise Martres, ex-présidente du Syndicat de la magistrature : « Il n’y a pas de véritable besoin en la matière. Le rôle des magistrats durant l’ensemble de la procédure est de nature à rassurer les jurés dans la gestion du procès et tout ce qui en découle », tempérait-elle.

Une matinée « briefing » en amont peaufine d’ailleurs cet exercice : « Il arrive fréquemment que des personnes soient trop tendres pour tenir ce rôle. Une liste de suppléants existe, donc, pour pallier les imprévus ».

Et c’est la période post-procès qui comporte le plus de risques selon F.Martres : « Les jurés, comme les magistrats d’ailleurs, ont besoin de décompresser après une instance difficile. L’intervention d’un psychologue en cours de procédure est une hérésie en raison du secret de l’instruction. Mais par la suite, c’est souhaitable ».

« Certaines images sont innommables »

Mireille D, 58 ans, a vécu le procès d’un pédophile aux premières loges dans le rôle guère enviable de juré. Elle a souhaité témoigner mais sous couvert d’anonymat : « Le rôle de juré est difficile moralement. Cette expérience est très, trop amère ! Bien qu’on soit accompagné et préparé par les magistrats sur les horreurs qui nous attendent, certaines images restent clairement difficiles à appréhender et digérer. C’est le cas notamment pour des personnes dont les enfants sont en bas âge. »

Pour Mireille, la réalité du quotidien souffre d’une “édulcoration” face à la froideur du terrain : « Les faits sont souvent sinistres et insoutenables. Certaines choses resteront gravées à jamais dans ma mémoire. Mais la société est cruelle, il faut bien l’accepter. »

Pourtant, elle n’a pas eu besoin d’un accompagnement particulier après le procès : « Je pense que pour certaines personnes plus fragiles, un système digne de ce nom devrait être mis en place. On n’imagine pas ce que l’on impose à ces gens qui n’ont pas choisi d’être là »

Toutefois, il va falloir encore patienter. En 2008, la requête de Yannick Favennec avait déjà fait « chou blanc » suite au procès Fourniret.

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