Entre la France et la Russie, la guerre du champagne n’aura pas lieu

Deux mois après l’entrée en vigueur d’une loi russe réservant le terme champagne aux bouteilles locales, les opérateurs champenois jouent l’apaisement en levant la suspension des exportations du prestigieux nectar. Les autorités du Kremlin restent quant à elles campées sur leur position.

L’information est d’abord parue dans le magazine spécialisé Terre de Vins. Elle a depuis été confirmée par le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC). Cet organisme regroupant tous les opérateurs du vin en appellation champagne s’est prononcé pour la reprise, à partir du 15 septembre 2021, des expéditions vers la Russie des bulles française étiquetées « champagne ». Une décision qui met un terme à la mini guerre commerciale franco-russe autour de la prestigieuse Appellation d’origine contrôlée (AOC), symbole du savoir-faire viticole hexagonale.

Une dénomination désormais réservée aux producteurs locaux

L’origine de cette brouille finalement passagère ? Une loi, votée par la Douma le 2 juillet dernier, contraignant les distributeurs français à troquer la dénomination « champagne » sur la contre-étiquette de leurs bouteilles écrite en cyrillique, contre celle de « vin pétillant ». Comble de l’outrage, la dénomination « champanskoïe » est désormais réservée aux producteurs russes de vins pétillants.

Vent debout contre cette mesure violant son OAC, le CIVC avait conseillé aux producteurs de suspendre temporairement leurs exportations vers la Russie, classée au 15e rang des pays importateurs de champagne avec 1,5 million de bouteilles annuelles. Une « recommandation » suivie par au mois 95% des maisons selon Jean-Marie Barillère, co-président dudit comité. Dans la foulée, le ministre délégué au Commerce extérieur, Franck Riester, et les ministres de l’Economie, Bruno Le Maire, et de l’Agriculture, Julien Denormandie, ont envoyé une lettre à leurs homologues russes afin de leur demander de revenir sur cette décision. En vain. Les autorités russes n’ont même pas pris la peine de leur répondre.

« Une mesure d’apaisement »

La position française sur l’épineuse question des appellations était donc difficilement tenable sur le long terme. « La levée de la suspension des exportations est une mesure d’apaisement qui s’ajoute à notre désir de ne pas saisir l’Organisation mondiale du commerce. Nous respecterons la nouvelle loi », a confié Jean-Marie Barillère à l’AFP. « Il s’agit aussi de ne plus pénaliser davantage les clients et les consommateurs russes alors que s’approchent les fêtes de fin d’année », a-t-il précisé. Si l’enjeu économique peut paraître relativement faible – le marché russe où le champagne se vend cher ne représente pour autant que 0,5% du marché mondial -, le CICV a préféré soigner son image auprès d’une population vite gagnée par des réflexes nationalistes. Le « rossiiskoïé champanskoïé », ou vin pétillant russe, est en effet un classique des tables du pays. Sa production a décollé après la révolution d’Octobre quand les nouveaux maîtres du Kremlin ont compris l’importance symbolique de proposer aux masses laborieuses un champagne, la boisson bourgeoise par excellence, à un prix accessible.

En France, l’aire géographique de production de champagne concerne plus de 34 000 hectares. Et elle est strictement encadrée. Seuls les champagnes produits dans la région du même nom peuvent bénéficier de l’AOC, créée en 1932. Cette réglementation, qui s’applique dans 120 pays, n’est cependant pas reconnue partout dans le monde. Outre la Russie, les Etats-Unis refusent ainsi toujours de la reconnaître malgré une vingtaine d’années de négociations. Or, le pays de l’Oncle Sam domine le marché extérieur du champagne avec plus de 501 millions d’euros de livraisons. Une appétence qui vaut bien, là aussi, un compromis sur la sacro-sainte AOC.

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