Oxfam, prête à publier n’importe quoi pour faire oublier ses déboires ?

Publication: 16/05/2018

Selon le dernier rapport publié par l’ONG Oxfam, les entreprises du CAC40 privilégient les actionnaires au détriment des salariés. Une étude sévèrement  critiquée, dont le seul intérêt est de permettre à Oxfam de “rebondir” après l’annonce de scandales sexuels en Haïti.

S’adapter ou disparaître. Tel est le défi auquel sont confrontées les ONG humanitaires, selon Eric Berseth, directeur exécutif de Philantropy Advisors. Alors que la concurrence est « féroce » sur le « marché » de l’humanitaire, les ONG doivent développer « une communication et un marketing » très spécifiques pour toucher de nouveaux donateurs.

Apparaît ainsi la notion d’intelligence humanitaire, qui consiste à appliquer une approche d’intelligence économique aux stratégie et activités d’une ONG. Oxfam semble élaborer une stratégie banale de “bouc-émissaire” pour créer une mobilisation sur une cause consensuelle, et faire le plein de sympathisants. Avec ce rapport, l’ONG entend surfer sur l’opposition classique “patrons vs. salariés”, “riches vs. pauvres”.

Il faut dire que pour « la plus grosse organisation humanitaire du Royaume-Uni », le problème était double. Comme toutes les ONG, elle doit se battre pour collecter des fonds sur un marché de plus en plus compétitif. Mais elle doit également faire oublier l’affaire qui a écorné son image, menaçant de détruire la confiance des donateurs. L’organisation se trouve en effet au cœur d’un scandale sexuel depuis les révélations diffusées par The Times en février. Selon le quotidien britannique, des responsables d’Oxfam auraient engagé des prostituées alors qu’ils étaient déployés en Haïti après le séisme qui avait fait plus de 230 000 victimes en 2010. Accusé d’abus sexuels, le directeur pays aurait été envoyé en Haïti alors que des « comportements » similaires avaient été signalés lorsqu’il était en poste au Liberia en 2004.

D’autres accusations, révélées le 13 février, portaient sur des viols au Soudan du Sud et des agressions sur des mineurs dans des magasins tenus par l’ONG au Royaume-Uni. Helen Evans, directrice de la prévention interne à Oxfam, avait alors dénoncé l’existence d’une « culture d’abus sexuels au sein de certains bureaux ».

La méthodologie d’Oxfam « pose question »

Un scandale dont se serait bien passée cette organisation « traditionnelle, assez proche du pouvoir », qui avait tissé des rapports particulièrement forts avec l’administration de Tony Blair. Depuis 2010, elle « s’entend bien aussi avec les gouvernements conservateurs », selon Dan Brockington, de l’université de Sheffield.

Le salut de l’ONG britannique pourrait cependant venir de l’Hexagone. Selon un rapport publié le 14 mai par l’association, les groupes du CAC 40 français auraient redistribué à leurs actionnaires les deux tiers de leurs bénéfices, au détriment des investissements et des salariés. Il dénonce l’écart salarial entre patrons et salariés et la présence de filiales dans les paradis fiscaux.

Sur ce dernier point, l’ONG estime que « même s’il n’y a pas de preuve formelle d’évasion », dans le fait d’avoir des filiales dans des paradis fiscaux, sans autre forme de procès, cela est considéré ipso facto comme de la fraude fiscale. La corrélation est fine : toute ouverture de boutiques Chanel ou encore Louis Vuitton et Dior du groupe LVMH, dans un « paradis fiscal », marché de choix pour le secteur du luxe, est assimilée à de l’évasion. Un raisonnement bancal qui fait écho à celui d’un précédent rapport, publié en janvier dernier, selon lequel 82 % des richesses créées dans le monde en 2017 avaient bénéficié aux 1 % les plus riches. Le Monde dénonçait déjà une « formule-choc » reposant sur une méthodologie douteuse.

« Fumisterie »

Premiers concernés par les accusations, en tant que représentants de patrons : les membres du MEDEF. Pour Pierre Gattaz, patron des patrons, le rapport est clairement « biaisé et politique ». Les candidats à sa succession s’en sont également émus. Pour Patrick Martin, actuel président du Medef Rhône-Alpes, ce rapport est « trompeur », dépeignant une situation qui ne reflète pas les pratiques de l’immense majorité des entreprises françaises.

Pour Jean-Charles Simon, économiste et entrepreneur, ex-candidat au Medef, ce rapport contient « de nombreuses erreurs méthodologiques ». Il oublie notamment « le partage de la valeur ajoutée, très stable en France » et compare « un ratio dividendes/résultat net en normes IFRS pour le CAC 40 et un ratio dividendes/excédent brut d’exploitation en comptabilité nationale pour les entreprises (SNF) en France ».

Des erreurs méthodologiques liées au prestataire ayant réalisé l’étude. Le rapport est signé Oxfam et BASIC, le Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne. Or, ce Bureau se considère comme un « outil collectif » pour « éclairer les débats sur les enjeux sociaux et environnementaux ». Le BASIC s’occupe surtout de questions liées à l’environnement et à la RSE et non à la fiscalité ou à la finance.

Malgré des incohérences, le rapport fait beaucoup parler de lui. Et si cette médiatisation ne suffit pas pour l’instant à faire oublier les scandales qui ont pu faire peur aux donateurs, c’est sans doute un espoir que cultive les responsables de l’ONG. Problème : difficile de prétendre se racheter une bonne conscience en dénonçant des faits qu’on a largement déformés pour les rendre condamnables.

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