Fin de l’opération « Barkhane » : quelles conséquences pour la Côte d’Ivoire ?

Opération Barkhane

Depuis un an, la Côte d’Ivoire fait face à des actes terroristes répétés. Le président Alassane Ouattara a réaffirmé à plusieurs reprises son engagement pour lutter contre ce fléau, et multiplie les signes de coopération. Des actions de plus en plus nécessaires, alors qu’Emmanuel Macron a récemment confirmé la fin de l’opération Barkhane et le retrait des troupes françaises de la région sahélienne.

Retrait des troupes françaises

Dans les grandes lignes, la fin de l’opération militaire antiterroriste « Barkhane » était actée depuis plusieurs semaines. En déplacement en Côte d’Ivoire début juin dernier, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, l’avait affirmé très clairement, après une entrevue avec le président Alassane Ouattara : la France « n’a pas vocation à rester éternellement au Sahel par sa force ». Sans pour autant « renoncer au combat contre le terrorisme », le locataire du Quai d’Orsay avait ajouté : « Ce sont les Africains qui ont vocation à assurer la sécurité des pays africains ».

Vendredi 9 juillet, le président français, Emmanuel Macron, qui participait à un sommet du G5 Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad et Mauritanie) par visioconférence, a simplement apporté quelques précisions sur le calendrier du désengagement militaire tricolore, annoncé en bonne et due forme le 10 juin. Sur les 5 100 soldats répartis dans les bases de la région, un peu plus de la moitié seulement (entre 2 500 et 3 000 unités) sera maintenue sur le territoire sahélien. Et les premières bases à fermer seront celles de Kidal, Tessalit et Tombouctou, situées au Mali, où la présence tricolore est la plus importante.

Menace terroriste

En Côte d’Ivoire, lors de son déplacement, Jean-Yves Le Drian en avait profité pour inaugurer l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme, à Jacqueville (Sud), qui vise, selon lui, à « préparer cette culture commune [entre Paris et Abidjan], qui doit être partagée dans tous les pays où il y a des risques [terroristes] ». Matérialisation du passage de témoin entre la France et la Côte d’Ivoire, cette académie, voulue par le président Ouattara, sera à la fois interministérielle et internationale. Et la France, évidemment, « sera au rendez-vous pour poursuivre [sa] montée en puissance », a très clairement souligné le chef de la diplomatie française.

Une bonne nouvelle donc, car le djihadisme islamiste tente de se frayer par le nord du pays, où les attaques se sont multipliées ces derniers mois. Le 13 juin dernier, près de Tougbo (Nord-Est), un engin explosif « artisanal », déposé sur la route, a détruit un véhicule militaire, tuant trois soldats. C’est la première fois, en Côte d’Ivoire, qu’une mine mortelle télécommandée faisait des victimes, après que les services de déminage ivoiriens aient désamorcé plusieurs engins les semaines précédentes.

Quelques jours avant l’attaque près de Tougbo, le Timbuktu Institute, un centre de recherche sur le radicalisme religieux, publiait un rapport (« Radicalisation et perception de la menace terroriste dans l’extrême nord de la Côte d’Ivoire »), dans lequel, plus qu’un « simple » constat sur le fait islamiste, il entendait proposer des clés de compréhension du phénomène de radicalisation en cours dans le nord du pays. En cause, notamment : les mouvements migratoires entre le Mali et la Côte d’Ivoire. Selon les auteurs du rapport, l’animisme, très répandu dans la région, « ne cesse de subir des attaques et tentatives de recolonisation sous l’influence d’un islamisme local », dont les prêcheurs, pour la plupart, sont allés se former de l’autre côté de la frontière.

Promouvoir la coopération régionale

C’est dire si le retrait français de la région, Paris ayant servi pendant des années de jalon entre les pays du G5 Sahel à des fins de cohésion, a de quoi inquiéter. Quand bien même le chef de l’État ivoirien est « résolument » décidé à lutter contre la radicalisation et le terrorisme dans son pays, en misant sur la coopération régionale. Début juillet dernier, Alassane Ouattara l’a d’ailleurs réaffirmé, lors de la réception des nouveaux ambassadeurs : « Nos États sont aujourd’hui confrontés à de nombreux défis sécuritaires dont le terrorisme […]. La Côte d’Ivoire, pour sa part, est résolument engagée dans la lutte contre tous ces fléaux ».

Lors de son discours, le président ivoirien en a profité pour « inviter » les pays à « apporter leur appui au fonctionnement » de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme, un « important instrument pour la sécurité de la sous-région ouest-africaine » selon lui. Au représentant du Nigéria, présent ce jour-là, Alassane Ouattara a également tenu à rappeler, « au titre de la coopération », qu’il souhaitait « renforcer » cette entente bilatérale, en matière de lutte contre le terrorisme notamment, par le biais, par exemple, de « consultations régulières ».

Enfin, Abidjan est en train de renforcer la puissance tactique de son armée, en développant les techniques de renseignement opérationnel, tirs de précision et autres opérations de contre-terrorisme ou libération d’otages. A ce titre, l’Académie de Jacqueville abritait le 8 juillet dernier, une deuxième session d’échange d’expériences entre les Forces Spéciales ivoiriennes et leurs homologues américaines. Ce partenariat, selon un général de l’armée ivoirienne, est à renouveler autant que possible.

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