Vladimir Poutine opte pour « la parité-or » pour soutenir et stabiliser le rouble

Alexandre Mihaïlov*, Professeur associé en économie à l'Université de Reading, annonce que la Banque centrale de Russie s'est prononcée en faveur d'un prix fixe pour acheter de l'or avec des roubles. Ce dernier commente cette décision dans une tribune publiée sur le site The Conversation. La Banque de Russie, la banque centrale du pays, a étonnamment annoncé un prix fixe pour acheter de l'or avec des roubles. Avec un prix de 5 000 RUB (45,12 £) pour un gramme d'or, c'est à ma connaissance la première fois que la monnaie d'un pays est exprimée en « parité-or » depuis que la Suisse a décidé d'arrêter de le faire en 1999. L'adoption de la parité-or était une pratique courante des grandes puissances mondiales pour faciliter les paiements commerciaux internationaux à l'ère de l'étalon-or au XIXe et au début du XXe siècle. La même chose était vraie d'une manière légèrement différente pendant l'ère de Bretton Woods de 1944 à 1971, date à laquelle le président américain Nixon a décidé de mettre fin au système en supprimant le lien entre l'or et le dollar américain. Le nouvel arrangement de Poutine devrait, dans un premier temps, se tenir du 28 mars au 30 juin. Il s'agit de la dernière d'une série de mesures liées au rouble prises par les Russes, à commencer par l'annonce le 23 mars qu'ils n'accepteraient que des roubles pour le gaz européen à la place d'euros et de dollars américains. J'avais prédit que la Russie étendrait au moins cette politique au pétrole, mais elle est allée plus loin et a signalé son intention de l'appliquer à toutes les matières premières qu'elle exporte (d'autres incluent le blé, le nickel, l'aluminium, l'uranium enrichi et le néon). L'objectif principal de ces mesures est d'essayer d'assurer la crédibilité du rouble en le rendant plus désirable sur le marché des changes, même si cela s'inscrit également dans les tentatives de longue date de la Russie et de la Chine d'affaiblir la domination du dollar américain en tant que monnaie de réserve mondiale (ce qui signifie qu'il est la monnaie dans laquelle la plupart des biens internationaux sont évalués et que la plupart des banques centrales détiennent dans leurs réserves de change). Dans les faits, le rouble s'est effondré fin février et début mars lorsque des sanctions occidentales ont été imposées en réponse à l'invasion de l'Ukraine par la Russie. *Pour information, Alexander Mihaïlov ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

Alexandre Mihaïlov*, professeur associé en économie à l’Université de Reading, annonce que la Banque centrale de Russie s’est prononcée en faveur d’un prix fixe pour acheter de l’or avec des roubles. Et cela, afin de contrer l’effondrement de la monnaie nationale suite à l’entrée en jeu des sanctions occidentales, fin février-début mars, en réponse à l’invasion de l’Ukraine par le géant soviétique.

Mihaïlov commente cette décision dans une tribune publiée sur le site The Conversation.

La Banque de Russie, la banque centrale du pays, a étonnamment annoncé un prix fixe pour acheter de l’or avec des roubles. Avec un prix de 5 000 RUB (45,12 £) pour un gramme d’or, c’est à ma connaissance la première fois que la monnaie d’un pays est exprimée en « parité-or » depuis que la Suisse a décidé d’arrêter de le faire en 1999.

L’adoption de la parité-or était une pratique courante des grandes puissances mondiales pour faciliter les paiements commerciaux internationaux à l’ère de l’étalon-or au XIXe et au début du XXe siècle. La même chose était vraie d’une manière légèrement différente pendant l’ère de Bretton Woods de 1944 à 1971, date à laquelle le président américain Nixon a décidé de mettre fin au système en supprimant le lien entre l’or et le dollar américain.

Assurer la crédibilité du rouble en le rendant plus désirable sur le marché des changes

Le nouvel arrangement de Poutine devrait, dans un premier temps, se tenir du 28 mars au 30 juin. Il s’agit de la dernière d’une série de mesures liées au rouble prises par les Russes, à commencer par l’annonce le 23 mars qu’ils n’accepteraient que des roubles pour le gaz européen à la place d’euros et de dollars américains. J’avais prédit que la Russie étendrait au moins cette politique au pétrole, mais elle est allée plus loin et a signalé son intention de l’appliquer à toutes les matières premières qu’elle exporte (d’autres incluent le blé, le nickel, l’aluminium, l’uranium enrichi et le néon).

L’objectif principal de ces mesures est d’essayer d’assurer la crédibilité du rouble en le rendant plus désirable sur le marché des changes, même si cela s’inscrit également dans les tentatives de longue date de la Russie et de la Chine d’affaiblir la domination du dollar américain en tant que monnaie de réserve mondiale.

*Pour information, Alexander Mihaïlov ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation. Et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

La carte des devises étrangères

Parallèlement, Moscou a décidé d’interdire aux citoyens russes l’achat de devises étrangères. A contrario, et en toute logique d’un point de vue économique, la population peut toujours échanger ces précieux sésames contre des roubles. Les retraits liquides en dollars sont, eux, largement limités.

Comme le souligne La Tribune« le pays est peu à peu exclu des échanges bancaires, au travers du système Swift qui concerne sept banques russes et trois bélarusses, mais aussi avec la suspension des moyens de paiement Visa, Mastercard, American Express, Paypal. De plus, les actifs russes subissent une dépréciation sur l’ensemble des marchés internationaux. Au final, le pays risque la banqueroute ».

Le média ajoute « qu’en plus de l’interdiction d’acheter des devises étrangères, les autorités ont imposé un plafond sur le retrait du liquide des comptes en devises étrangères ouverts dans les banques russes. Chaque client russe ne pourra retirer plus de 10 000 dollars américains. Au-delà de cette limite, si il souhaite retirer davantage et sortir ses économies du système, le client ne pourra alors le faire qu’en roubles, et selon le taux de change en vigueur, souligne la banque centrale ».

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