Après le “sabotage” de l’usine de Natanz, l’Iran annonce “commencer à enrichir l’uranium à 60%”

La république islamique accuse Israël d’avoir saboté dimanche 11 avril son site d’enrichissement d’uranium situé à Natanz. En retour, elle agite la menace d’enrichir l’uranium à 60%. Tout en tâchant de convaincre la communauté internationale de lever les sanctions imposées par les Etats-Unis depuis 2018.

L’annonce de l’Irna, l’agence de presse officielle iranienne, a eu l’effet d’une… bombe. Mardi 13 avril, deux jours après un “sabotage” de son usine d’enrichissement de Natanz, que Téhéran impute à Israël, la République islamique a affirmé qu’elle allait commencer “à enrichir l’uranium à 60%”. Dans la foulée, le vice-ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a écrit une lettre à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour l’informer de cette décision.

Quid des discussions autour de l’Accord de Vienne ?

Cette annonce intervient alors que les discussions à Vienne, destinées à revenir au statu quo de l’Accord sur le nucléaire de 2015, son toujours en cours. Les négociateurs américains espèrent ramener Téhéran à l’application stricte du texte, en échange de la levée des sanctions imposées depuis 2018. Mais l’Iran, qui vient de signer un traité de coopération avec la Chine, a visiblement l’intention de desserrer l’étau américain. Et souffle le chaud et le froid concernant son programme nucléaire. “Nous sommes déterminés à développer nos capacités nucléaires en fonction des besoins du pays”, déclarait ainsi le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, au mois de février dernier. “Pour cette raison, avait-il ajouté, l’enrichissement de l’Iran ne sera pas limité à 20%, et nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour le pays”.

Une attaque israélienne ?

L’attaque du week-end à Natanz a-t-elle accélérée les choses? D’abord décrit comme une panne de courant dans le réseau électrique alimentant les ateliers hors sol et les halls d’enrichissement souterrains, l’événement a rapidement été dénoncé par les autorités iraniennes comme un acte israélien de “terrorisme anti-nucléaire”. Certains ont même pointé le rôle qu’aurait joué Washington en sous-main. De fait, des médias israéliens et américains ont affirmé en début de semaine que l’attaque a bien été menée par le Mossad. La chaîne de télévision publique israélienne, qui cite des sources du renseignement, affirmait ainsi qu’il s’agirait d’une cyberattaque, là où la chaîne 13 décrivait une charge explosive placée directement sur le site. Selon le média, elle aurait “fait perdre à l’Iran sa capacité d’enrichir de l’uranium sur ce site qui contient environ 7 000 centrifugeuses”. Des installations, récentes, qui n’ont pas le droit d’exister dans le cadre de l’Accord de Vienne…

Un retrait des négociations improbable

Les Américains doivent savoir que ni les sanctions ni les actions de sabotage ne leur fourniraient un instrument de pourparlers”, a réagi le ministre des Affaires Etrangères Mohammad Javad Zarif. Une rupture des négociations autour de l’Accord de Vienne semble cependant hautement improbable. Ce dernier reste en effet la principale réalisation diplomatique du gouvernement Rohani. Pressé par une large fraction parlementaire et une grande partie de son opinion publique, le président iranien espère convaincre les États-Unis d’alléger les sanctions qui pèsent sur son pays. Mais il doit également composer avec les pressions émanant du sein de la théocratie iranienne qui le presse de répondre à l’attaque de Natanz. Les autorités prennent donc soin de rappeler que leur programme nucléaire est pacifique tout en prenant leur distance avec les termes de l’accord en cours de renégociation.

Concrètement, la République islamique enrichit actuellement de l’uranium à 20% en isotope 235. Bien au-delà de la limite de 3,67% fixée par l’accord de 2015. Un enrichissement à 60% la mettrait en mesure de passer rapidement aux 90% nécessaires pour une utilisation de ce minerai à des fins militaires. Elle s’est pourtant bien gardée de préciser à quelle date commenceraient ces nouvelles activités d’enrichissement.

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