jared-kushner

La guerre très personnelle de Jared Kushner contre le Qatar

Publication: 15/03/2018

Jared Kushner, le très influent gendre et conseiller spécial auprès de Donald Trump a joué un rôle déterminant dans le déclenchement de la crise du Golfe l’été dernier. C’est ce que révèle le site indépendant d’investigation américain The Intercept dans une enquête diffusée le 2 mars.

D’après les informations du site américain, le ministre des Finances du Qatar, Ali Sharif Al Emadi, a été approché en avril 2017 par la firme immobilière de M. Kushner afin de lui demander un investissement de 500 millions de dollars pour sauver le 666 Fifth Avenue, un bâtiment de luxe au cœur de Manhattan acheté par l’entreprise familiale du conseiller présidentiel. Endetté à hauteur de 1,4 milliard de dollars, le groupe Kushner cherche d’importantes sommes d’argents depuis des mois.

Un investissement que le ministre qatarien a préféré écarter. Un refus qui lui a coûté cher? Le 5 juin 2017, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), Bahreïn et l’Égypte ont rompu leur relations avec Doha en l’accusant de soutenir des groupes extrémistes et de se rapprocher de l’Iran, leur grand ennemi chiite.

Selon The Intercept, le refus du ministre qatarien de céder au « racket » de Jared Kushner est l’un des nombreux facteurs déclencheurs de cette crise, la plus grave depuis la création du Conseil de coopération du Golfe. En effet, la rupture des relations diplomatiques, accompagnée d’un embargo inédit pour le Qatar, est intervenue deux semaines après la visite de Donald Trump à Riyad, un déplacement pendant lequel le président américain a appelé à lutter contre « l’extrémisme islamiste » et à « isoler l’Iran ». Donald Trump lui-même s’attribuera les mérites, très relatifs, de l’embargo.

 

Sabotage actif

Mais si ce n’était pas du côté du président américain qu’il faille porter le regard?

Jared Kushner, le gendre de “l’homme le plus puissant du monde”, est l’un des plus proches conseillers de Donald Trump. Il est responsable des relations sino-américaines, du processus de paix au Proche-Orient, de l’innovation, de la réforme des prisons fédérales et des relations avec le Mexique. Et accessoirement un proche de Yousef Al Otaiba, ambassadeur émirati dont les velléités à l’encontre de son voisin sont connues de tous. Selon The Intercept, Kushner aurait joué de toute son influence pour saboter activement tous les efforts de Rex Tillerson, alors secrétaire d’État américain, pour mettre fin à l’embargo contre le Qatar et faire les bons offices entre le petit État gazier et l’Arabie saoudite.

« La crise du Golfe impliquant le Qatar et ses voisins sera probablement l’héritage déterminant de la politique étrangère de Kushner », écrit The Intercept. Une crise dont « les retombées ont transformé les alliances géopolitiques dans la région, divisant le Conseil de coopération du Golfe et poussant le Qatar, qui abrite la plus grande base militaire américaine du Moyen-Orient, plus près de la Turquie et de l’Iran ».

Le mari d’Ivanka Trump est désormais scruté à la loupe par les Américains. Une enquête fédérale, requise par le procureur spécial Robert Mueller, est actuellement en cours pour déterminer si les discussions d’affaires du gendre présidentiel avaient eu des répercussions sur les partenariats étrangers, selon les informations de la chaîne NBC.

 

Coup manqué pour Jared Kushner?

Le 27 février, le Washington Post révélait pour sa part que les services de renseignement américains avaient conclu une enquête selon laquelle de hauts responsables d’« au moins quatre pays » (Israël, Chine, Mexique et EAU) avaient discuté en privé de la manière dont ils pouvaient utiliser les investissements immobiliers dans la firme de Jared Kushner comme un moyen d’obtenir des leviers pour influencer la politique étrangère américaine.

Sous embargo, isolé de ses voisins, accusé de soutenir le terrorisme, le Qatar serait-il en train de payer au prix fort son refus de céder au chantage de M. Kushner? C’est en tout cas ce que laisse sous-entendre the Intercept – ainsi que les documents confidentiels que le site d’investigation de Glenn Greenwald s’est procuré. Si le ministre qatarien avait accepté de participer au « sauvetage » du conseiller, Washington n’aurait probablement pas autorisé les Saoudiens à lancer le blocus.

Mais le gendre idéal a probablement manqué son coup. Le blocus imposé est non seulement un échec, mais ce dernier n’a pas réussi à obtenir gain de cause. Au moins ce dernier se consolera-t-il d’une maigre victoire: Rex Tillerson, qui n’avait de cesse de plaider pour la médiation au Moyen-Orient, a été limogé sans formes de procès par un tweet de Donald Trump.

Des tweets qui, selon les bruits de couloir, seraient parfois rédigés par Jared Kushner lui-même…

Publié par

réagir à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.



Dans la même catégorie

Syrie : les forces kurdes trouvent un accord avec Damas pour contrer l’offensive d’Ankara

Alors que la déferlante turque s’abat actuellement sur les forces armées kurdes de Syrie (FDS) positionnées au nord du pays,... Voir l'article

Nuages noirs sur Chine rouge

Xi Jinping se voit comme le successeur de Mao Tsé-toung. Mais la démonstration de force organisée par Pékin pour les... Voir l'article

La France renforce sa coopération militaire avec le Tchad

Très présente dans le dossier G5 Sahel, la France continue sa lune de miel avec le Tchad en officialisant six... Voir l'article

Alstom, scandale d’Etat ?

Les modalités et les ramifications de la vente d’Alstom Energie à son concurrent américain General Electric plongent l’observateur dans un... Voir l'article

  • Urgent

    Syrie : les forces kurdes trouvent un accord avec Damas pour contrer l’offensive d’Ankara

    Alors que la déferlante turque s’abat actuellement sur les forces armées kurdes de Syrie (FDS) positionnées au nord du pays, le régime de Bachar al-Assad... Voir l'article

    Le charbon est loin d’avoir dit son dernier mot

    Alors que le charbon, largement stigmatisé lors de la Cop 21 parisienne, fait partie des énergies fossiles les plus polluantes de la planète, force est... Voir l'article

  • personnalites

    Nuages noirs sur Chine rouge

    Xi Jinping se voit comme le successeur de Mao Tsé-toung. Mais la démonstration de force organisée par Pékin pour les 70 ans de la fondation... Voir l'article

    Alstom, scandale d’Etat ?

    Les modalités et les ramifications de la vente d’Alstom Energie à son concurrent américain General Electric plongent l’observateur dans un océan d’incompréhension. La justice française... Voir l'article

    Le Maroc, entre tradition et progrès

    ENTRETIEN. Géopolitologue et islamologue, Charles Saint-Prot est un des meilleurs spécialistes français du Maroc. A l’occasion des vingt ans de règne du roi Mohammed VI,... Voir l'article