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Le Yémen est-il en train de brader l’archipel de Socotra aux Emirats arabes unis ?

Publication: 15/01/2018

Alors que la crise au Yémen s’aggrave, les Emirats arabes unis en profitent pour prendre le contrôle de Socotra, ensemble d’îles situées au carrefour des très stratégiques voies navigables du golfe d’Aden.

Situé à plus de 300 kilomètres des côtes yéménites, l’archipel de Socotra déconcerte. Un “havre de paix” à la végétation luxuriante accueille les touristes en quête de paradis oublié. L’archipel, appartenant au Yémen, « revêt une importance mondiale pour la conservation de la biodiversité », affirme d’ailleurs l’Unesco, qui l’a inclus dans sa liste de sites appartenant au patrimoine mondial.

Un “havre de paix” hautement stratégique. Socotra, par son positionnement à l’entrée du golfe d’Aden, permet de controler l’accès à ce dernier. Plus de 25 000 navires, 12 % de la production mondiale de pétrole brut et un tiers de l’approvisionnement énergétique de l’Europe y passent chaque année. Il s’agit donc d’une zone qui présente un intérêt commercial remarquable puisqu’elle permet de garder un contrôle sur les échanges.

Certains pays, comme les Emirats Arabes Unis, ont bien compris l’intérêt de Socotra, et profitent de la situation géopolitique dégradée de la région pour tenter d’en prendre le contrôle.

Socotra, base arrière des Emirats Arabes Unis au Yémen ?

Depuis 2014, la guerre civile yéménite oppose les rebelles chiites Houthis (et les forces fidèles à l’ex-président Ali Abdallah Saleh) au gouvernement d’Abd Rabbo Mansour Hadi. Le conflit s’est internationalisé en mars 2015, lorsqu’une coalition menée par l’Arabie saoudite a lancé des frappes aériennes contre le groupe armé des Houthis au Yémen.

Depuis, le conflit n’a cessé de s’étendre et les combats ont touché la totalité du pays. D’après Amnesty International, plus de 12 000 civils ont été tués ou blessés, « et la crise humanitaire ne cesse de s’aggraver ». La tension dans le pays est montée d’un cran le 6 novembre dernier après le tir d’un missile en direction de Riyad par les rebelles houthis, soutenus par Téhéran. L’Arabie saoudite a parlé d’« agression » et a affirmé se réserver le droit de riposter « de manière appropriée ».

Pour Amnesty International, « toutes les parties au conflit ont perpétré de graves atteintes aux droits humains et bafoué le droit international humanitaire, notamment en commettant des crimes de guerre ». La coalition militaire menée par l’Arabie saoudite, qui comprend les Emirats arabes unis, le Bahreïn, le Koweït, le Qatar, la Jordanie et le Soudan, a notamment utilisé des armes à sous-munitions, « armes explosives meurtrières interdites au titre du droit international ».

Socotra, qui appartient au Yémen, n’est pas en reste. Ses habitants sont très largement mis à contribution pour fournir une réserve d’hommes à la coalition arabe. D’après Mondorient.com « depuis le début de la guerre civile au Yémen en 2014, les forces gouvernementales ont enrôlé 4 000 des 45 000 habitants (de Socotra, ndlr) pour combattre les rebelles houthistes ».

Les Emirats arabes unis souhaitent également tirer partie de la situation en mettant le grappin sur le petit archipel de Socotra. Les rumeurs veulent que le président yéménite, Abd Rabbo Mansour Hadi, ait même proposé aux Emirats arabes unis un bail de 99 ans sur l’île en échange de leur soutien dans sa guerre contre les Houthis.

Socotra, une souveraineté bradée ?

Sur place, l’influence d’Abou Dhabi est déjà palpable. Les Emirats arabes unis ont lié l’île à leur réseau de communication et ont imposé leur monnaie sur l’archipel. Selon le site Intelligenceonline.fr, le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohamed bin Zayed al-Nahyan, dispose par ailleurs de 5 000 forces spéciales locales sur l’île, « rémunérées et formées par ses soins ».

Les Emirats contrôlent ports, aéroports et ont entamé la construction d’une base militaire à Socotra. Mohamed bin Zayed al-Nahyan serait « déterminé à conserver son omniprésence à Socotra » pour faire plaisir au prince héritier saoudien, Mohamed bin Salman. Il est même prêt à discuter avec le principal mouvement islamiste yéménite, Al-Islah.

Or, pendant que les puissances régionales s’affrontent indirectement sur leur territoire, les habitants de Socotra craignent de voir leurs espèces endémiques disparaître au profit des militaires et hommes d’affaires émiratis. Ils redoutent, au nom d’une guerre dont l’extrême cruauté ne fait désormais plus de mystère, de voir leur territoire durablement saccagé par (et inféodé à) une puissance extérieure.

 

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