Les exportations marocaines à la peine à cause de la réduction des visas

Le durcissement des procédures d’obtention de visas français pour les chauffeurs de camions marocains pourrait avoir de graves conséquences sur l’économie du pays alertent les associations.

De la diplomatie à l’économie il n’y a qu’un pas. En réduisant, au mois de septembre, les visas Schengen accordés aux ressortissants du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, Paris menace également de manière indirecte les transporteurs du Maghreb. De fait, si la raison invoquée – le refus de ces pays de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires au retour des immigrés refoulés de France -, a été qualifiée « d’injustifiée » par le chef de la diplomatie marocaine, c’est aussi parce que cette décision entraîne des conséquences bien concrètes sur l’économie du royaume.

Depuis cette annonce, certaines associations estiment en effet à plus de 50% le nombre de refus de visas essuyé par les transporteurs marocains qui exportent de la marchandise vers l’Europe. Et le problème risque de s’aggraver avec ceux dont le visa actuel arrivera bientôt à échéance.

Le problème se pose également avec l’Espagne

Pour le secrétaire général de l’Association marocaine du transport routier international (AMTRI), le problème se pose non seulement avec la France, mais aussi avec l’Espagne. « Les consulats de France à Rabat et à Casablanca sont restrictifs pour tout le monde. Quant à l’Espagne, ça dépend des régions. Le consulat de Tanger est très coopératif. Mais dans les autres consulats, le taux de refus est très élevé, notamment à Agadir, autre grande base des transporteurs », explique ainsi Amer Zghinou au portail d’informations économiques Médias 24. Pour lui, la France s’est saisie du dossier du rapatriement des ressortissants marocains pour livrer une véritable « guerre commerciale » au Royaume Chérifien.

Les restrictions imposées par l’Espagne s’inscrivent quant à elle dans la crise diplomatique entre les deux pays autour du Sahara occidental. Et même si les relations tendent progressivement vers l’apaisement, le taux de refus reste élevé. Pour mémoire, 400 000 remorques passent le détroit de Gibraltar chaque année. 200 000 sont marocaines, dont la moitié vers l’export. Le calcul est simple : la réduction de 50% des visas annoncée par la France réduit d’autant les capacités d’exportation marocaines, qu’il s’agisse des fruits et des légumes où des produits industriels.

Une question sensible

Les producteurs d’agrumes et les primeurs, en pleine campagne d’exportation, pourraient être les premières victimes de ces politiques restrictives. Une situation aggravée par la conjoncture mondiale de surchauffe du fret maritime avec moins de navires et des problèmes de disponibilité des containers. Côté marocain, on rappelle également que les camions européens ne sont pas soumis à l’obligation de visa alors même que nombre de chauffeurs marocains sont bloqués, une immobilisation entraînant de lourdes pertes d’exploitation pour leurs véhicules.

Toujours est-il que la question des visas et de l’immigration illégale en provenance d’Afrique du Nord empoisonne depuis des années les relations entre l’Europe et les pays du Maghreb. Une situation qui ne semble pas près de s’arranger : depuis deux ans, le nombre de migrants illégaux venant de ces pays a atteint des niveaux records. Une arme qui peut s’avérer redoutable pour les pays d’émigration. En mai dernier, en plein conflit avec l’Espagne, le Maroc a laissé passer 8 000 migrants vers l’enclave espagnole de Ceuta, montrant ainsi qu’il était capable de jouer la carte migratoire en cas de relations diplomatiques tendues. Un coup de pression qu’il pourrait être tenté de rejouer si Paris n’assouplit pas sa position sur les visas.

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