Paris en médiateur entre Alger et Rabat ?

Alors que les frontières communes des deux pays sont fermées depuis 1994, les nouvelles alliances du royaume chérifien avec Israël et les divergences sur les questions sahraouies et kabyles ont décuplé les tensions entre le Maroc et l’Algérie. Au point que le dialogue semble définitivement rompu.

Les rapports entre l’Algérie et le Maroc n’en finissent plus de monter en pression. Fin août, Alger a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec Rabat avant de fermer, le 22 septembre, son espace aérien à tous les avions civils et militaires marocains. Une décision motivée officiellement par les actions jugées « hostiles » du Royaume chérifien. Curieuse coïncidence : la veille, le roi Mohammed VI avait reçu le Prix Jean Jaurès de la Paix, décerné par le Centre européen pour la paix et la résolution des conflits (ECPCR).

Un niveau de crise maximum

La fermeture de l’espace aérien algérien ne devrait toutefois que très peu affecter le trafic Casablanca-Alger, déjà quasiment suspendu en raison de la pandémie de Covid-19. En outre, les frontières terrestres entre les deux pays sont déjà fermées depuis 1994. Mais l’Algérie affiche aussi sa volonté de ne pas reconduire le contrat du Gazoduc Maghreb Europe (GME) qui relie depuis 1996 les gisements algériens à l’Europe en passant par le Maroc. Ce dernier arrive à expiration fin octobre. L’un des derniers ponts existants entre les deux frères ennemis du Maghreb pourrait donc cesser de fonctionner.

De fait, la crise diplomatique en est arrivée à un niveau « comme on n’en avait pas vu depuis très longtemps », explique à France Info Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne et spécialiste du Maghreb. Elle est brutalement montée d’un cran au début de l’année 2021, après l’annonce de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël. Ce rapprochement historique, effectué dans le cadre des accords Abraham, laissait non seulement de côté la question palestinienne pour laquelle Alger agite régulièrement la fibre nationaliste arabe. Mais il engageait également en retour les États-Unis à reconnaitre la souveraineté de Rabat sur le Sahara occidental. Et même si l’administration Biden n’a pas encore confirmé cette décision de l’ancien président Trump, le référendum d’autodétermination proposé par l’ONU dans cette région contrôlée de facto à 80% par le Maroc semble définitivement enterré. Un camouflet par les autorités algériennes qui appuient les indépendantistes du Front Polisario depuis 1975. Pour finir, Alger n’a rien pu faire pour empêcher l’admission d’Israël comme membre observateur au sein de l’Union africaine (UA), négociée entre Rabat et Jérusalem lors des accords Abraham.

Paris en médiateur ?

Tout au long de l’été, les sujets de frictions se sont ainsi multipliés entre les deux Etats Nord-Africains. Alger a notamment accusé Rabat de soutenir le MAK, un mouvement militant pour l’autonomie de la Kabylie, lui-même accusé d’être à l’origine des incendies qui ont ravagé le pays au mois d’août. Peu de temps auparavant, lors d’une réunion des Non Alignés à New-York, c’est l’ambassadeur du Maroc à l’ONU, Omar Hilale, qui distribuait une note expliquant que « le vaillant peuple kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination ». Depuis, les relations diplomatiques sont au point mort.

Tant et si bien que Paris, avec Madrid et Riyad, est à ce jour le seul canal de circulation de l’information entre Rabat et Alger. Mission d’équilibriste. Pour Pierre Vermeren, la France « ne peut pas se payer le luxe de se brouiller, ni avec Rabat, ni avec Alger et est obligé de discuter avec les deux ». Des propos tenus avant que les relations entre la France et l’Algérie ne se tendent elles-mêmes considérablement.

Articles en relation