L’Egypte, grande favorite pour remporter la prochaine direction générale de l’UNESCO ?

Publication: 14/10/2017

Alors que se joue aujourd’hui la dernière ligne droite dans l’élection à la direction générale de l’UNESCO, on connait déjà le trio de tête : le qatari Al-Kawari, la française Audrey Azoulay et l’égyptienne Moushira Khattab. Cette dernière, ancienne ministre de la Famille et de l’Éducation, féministe et progressiste, pourrait bien l’emporter dans quelques heures. Sa personnalité et l’habile diplomatie du Caire pourraient lui permettre de tirer son épingle du jeu. En cas de victoire elle devra, entre autres, régler la question palestinienne qui empoisonne l’organisation depuis de nombreuses années.

La chose est entendue depuis longtemps. Le prochain directeur général de l’UNESCO sera une figure du monde arabo-musulman. D’abord parce que la plus haute marche du temple mondial de la culture n’a jamais été occupée par l’un de ses ressortissants. Par un Européen, à cinq reprises ; par un Américain, Nord et Sud confondus, à trois reprises ; par un Africain et un Asiatique, également. Par un Arabe, jamais. Ensuite, les événements qui se succèdent depuis qu’ont éclaté les Printemps arabes, en 2011, placent les populations de cette région au centre des enjeux internationaux du moment.

« Rester sur le qui-vive »

Il semble même possible d’aller plus loin dans la prédiction. Et si le nouveau dirigeant de l’UNESCO était une dirigeante ? Ce n’est un secret pour personne. Le nom de Moushira Khattab circule depuis des mois dans les travées de la place de Fontenoy, à Paris, où se situe le siège de l’organisation. L’Egyptienne, ancienne ministre de la Famille et de l’Éducation, également diplomate, est une ardente défenseure des droits des femmes et des enfants. N’avait-elle pas répondu, à quelqu’un qui l’interrogeait sur l’islamisme rampant au Moyen-Orient, que le problème n’était pas l’islam mais l’interprétation masculine qui en était faite ?

Féministe et progressiste, Moushira Khattab l’est assurément. Il faut le rappeler et même le souligner. Car, peut-être plus qu’ailleurs, l’égalité entre femmes et hommes ne va pas de soi dans les pays arabes. « Aujourd’hui, le défi pour nous toutes est d’élever la voix, de faire pression et de rester sur le qui-vive. Les acquis des femmes ont été durement gagnés et ne doivent pas voler en éclats à chaque changement de régime » professe-t-elle. Sa cible privilégiée ? La vision patriarcale de la société. « Il faut arrêter d’utiliser la religion pour justifier les discriminations et la violence à l’encontre des femmes. […] Ces discours sont pernicieux et ils portent atteinte à leurs droits » alerte-t-elle.

Le rôle de l’UNESCO, dans les prochaines années, sera d’amorcer pour de bon un dialogue interconfessionnel, en particulier sur la question de la Palestine. En 2011, l’admission au sein de l’organisation de l’Autorité palestinienne a rendu furieux Israël et les États-Unis, qui ont suspendu leur contribution budgétaire, amputant par là même les moyens d’action de l’institution de 22 %. En cause : une décision du Congrès américain datant des années 1990 qui interdit à Washington de contribuer financièrement à toute organisation reconnaissant la Palestine. Et, bien entendu, la fin de non-recevoir émise par Jérusalem (capitale israélienne non reconnue par la communauté internationale), opposée à la reconnaissance d’un État palestinien.

« Insulte aux pays arabes »

L’an dernier, l’adoption d’une résolution par l’UNESCO, portée par les pays arabes au nom de la protection du patrimoine culturel palestinien, avait failli remettre le feu aux poudres. Il s’agissait de reconnaître et défendre la vieille ville de Jérusalem-Est — la partie palestinienne de la ville — qui abrite, entre autres, des remparts, le site figurant sur la liste du patrimoine mondial de l’organisation. Si les Palestiniens s’étaient évidemment réjouis de cette résolution, Mounir Anastas, ambassadeur adjoint à l’UNESCO, rappelant à cette occasion qu’« Israël est une puissance occupante à Jérusalem-Est », l’administration israélienne en avait pris ombrage. « Ce n’est pas le bon endroit pour résoudre les problèmes entre les pays où les peuples » s’était exprimé Carmel Shama-Cohen, ambassadeur auprès de l’organisation.

Ce n’est pas ce que croit Audrey Azoulay, la candidate française à la direction générale de l’UNESCO et principale concurrente de Moushira Khattab. L’ancienne ministre de la Culture de François Hollande, issue d’une famille marocaine séfarade, estime au contraire que l’institution « doit favoriser le dialogue et prévenir les conflits au lieu de les subir ou de les laisser s’exporter chez elle. » Si les deux femmes partagent ce même tropisme universel pour le monde comme pour l’organisation, la Française accuse un léger retard par rapport à l’Égyptienne. Certaines voix, dans les milieux culturels et diplomatiques tricolores, se sont clairement opposés à la candidature de la première, perçue comme « une insulte aux pays arabes […] envers lesquels des engagements moraux avaient été pris » selon Joëlle Garriaud-Maylam, sénatrice Les Républicains.

De plus, comment réagirait le monde arabo-musulman si l’UNESCO, dont la tête lui était promise, revenait à une femme de confession juive ? La question est extrêmement sensible. Et c’est précisément parce qu’elle est sensible que Moushira Khattab semble posséder toutes les cartes en main. L’Égypte n’est-elle pas l’un des seuls pays arabes à entretenir de bonnes relations avec Israël ? En 1979, l’Égypte fut la première nation arabe à reconnaître officiellement l’existence de l’État hébreu. Les deux pays sont en paix depuis 40 ans. Ce qui n’est pas du tout le cas du Liban — qui présente une candidate à la direction générale de l’UNESCO, Vera El-Khoury Lacoeuilhe —, toujours engagé dans un conflit larvé avec son voisin israélien.

Avec cette position équilibrée de nation arabe entretenant de bonne relation avec Israël, l’Egypte pourrait bien rafler la prochaine Direction générale de l’UNESCO. Un choix salutaire pour sortir l’institution du bourbier israélo-palestinien.

Joseph Diouf

 

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