Dubaï

Immobilier à Dubaï : la grande blanchisseuse des criminels internationaux

Publication: 14/06/2018

Selon un récent rapport dévoilé par le New York Times, le marché immobilier de Dubaï servirait de couverture aux avoirs de nombreux profiteurs de guerre, financiers du terrorisme et autres trafiquants de drogue.

 

Le rapport, publié par le Center for Advanced Defense Studies (C4ADS), basé à Washington, repose sur des documents ayant fuité depuis la cité-État. Il présente des preuves donnant crédit aux rumeurs récurrentes concernant le boom de l’immobilier à Dubaï. Le document, dont le New York Times publie les bonnes feuilles dans son édition du 12 juin, identifie pas moins de 100 millions de dollars d’acquisitions immobilières suspectes à travers la ville des Émirats arabes unis (EAU), où les constructions commandées par des investisseurs étrangers excèdent désormais la demande locale.

Le rapport accable les pratiques en œuvre dans le marché immobilier dubaïote, où l’anonymat, le secret et le manque de régulation sont la règle. Une permissivité qui n’est pas sans conséquence sur la sécurité du globe. « Dans une économie mondiale interconnectée, avec très peu de barrières empêchant les flux financiers de circuler, un seul maillon faible au sein du système de régulation peut donner des ailes aux criminels en tout genre », écrit le C4ADS.

Parmi les biens immobiliers ciblés figurent de nombreux appartements modestes, mais aussi plusieurs villas luxueuses, et même un appartement situé dans les étages du Burj Khalifa, l’un des plus hauts gratte-ciel au monde. Mais c’est bien la liste et l’identité des propriétaires de ces biens immobiliers qui inquiètent les chercheurs américains.

 

De bien peu recommandables propriétaires de résidences

À commencer par un certain Rami Makhlouf, cousin du président syrien Bachar al-Assad et l’un des hommes d’affaires les plus fortunés de son pays. Makhlouf, qui dirige l’une des plus importantes compagnies de téléphonie syriennes, est sous le coup de sanctions de la part des États-Unis en raison de sa proximité avec le camp du président. Avec son frère, il possède une propriété aux EAU, alors que Dubaï est officiellement opposé au régime de Damas.

Bien que les EAU s’opposent également au Hamas libanais, cela n’a pas empêché Kamel et Issam Amhaz, deux businessmans libanais, d’acheter eux aussi des propriétés à Dubaï, évaluées à 70 millions de dollars. Et ce alors que les deux frères ont été sanctionnés par les États-Unis en 2014 pour avoir commandé, sous couverture, des composés électroniques destinés à équiper des drones militaires.

Le rapport identifie aussi quelque 21 millions de dollars de biens immobiliers liés à l’organisation de blanchiment d’argent d’Altaf Khanani, un ressortissant pakistanais impliqué dans le trafic de drogue et le terrorisme islamiste, notamment avec Al-Qaïda. Hassein Eduardo Figueroa Gemez, un Mexicain poursuivi par les États-Unis pour avoir importé des quantités massives de précurseurs chimiques nécessaires à la production de méthamphétamine, possède également des biens dans les EAU. Idem pour deux Iraniens impliqués dans le programme nucléaire de leur pays.

 

Le Département d’État américain inquiet

Dubaï, explique le New York Times, est depuis longtemps un port d’entrée apprécié de tous ceux qui veulent échapper à la loi. Cargaisons d’armes, de drogues et d’autres produits illicites transitent régulièrement par les EAU. Depuis 2002, les facilités accordées aux investisseurs étrangers par le pays ont entrainé un véritable boom de l’immobilier de luxe, permettant à tous ceux qui disposent d’argent qu’ils ne peuvent pas dépenser de le stocker et de le blanchir au soleil de Dubaï. Les experts estiment qu’un milliard de dollars serait blanchi chaque année aux EAU.

Paradoxalement, l’argent investi aux EAU proviendrait en grande partie de zones et pays avec lesquels les États-Unis sont récemment entrés en conflit. En 2009, 190 millions de dollars en cash auraient ainsi été transférés de Kaboul à Dubaï. Et en 2008, 600 millions de dollars, 100 millions d’euros et 80 millions de livres britanniques auraient fait le même voyage. Plusieurs hommes d’affaires et politiciens afghans seraient également impliqués dans l’immobilier dubaïote.

Au Pakistan, les autorités soupçonnent leurs citoyens d’avoir investi la bagatelle de 8 milliards de dollars dans des biens immobiliers aux EAU, principalement dans le but d’échapper à l’administration fiscale. Un parrain de la drogue australien, arrêté l’année dernière sur le territoire de Dubaï, possédait lui aussi des biens immobiliers dans le pays. Certains hauts dirigeants du Nigeria et de l’Afrique du Sud se serviraient également des EAU pour blanchir de l’argent.

Le problème, estime le New York Times, est que Dubaï ne publie aucune donnée officielle quant aux acheteurs et vendeurs en immobilier sur son territoire. Les sources sur lesquelles se basent les travaux du C4ADS reposent donc sur des données ayant fuité depuis des professionnels de l’immobilier dubaïotes.

Le phénomène est suffisamment inquiétant pour que le Secrétariat d’État américain s’en émeuve officiellement. Dans un rapport récemment publié sur le trafic de drogue international, le ministère des Affaires étrangères américain s’alarme en effet de l’ampleur du blanchiment d’argent à Dubaï. Si Washington salue les efforts engagés par les EAU, ces derniers « doivent augmenter les ressources allouées aux enquêtes, aux procédures judiciaires et au combat contre le blanchiment d’argent ». Une manière très diplomatique de dire que Dubaï est loin du compte.

Publié par

réagir à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.



Dans la même catégorie

Sécurité informatique : les dépenses mondiales s’envolent

L’année 2018 est placée sous le signe de la recrudescence des dépenses de sécurité informatique avec une hausse de 18%... Voir l'article

Soudan du Sud : l’accord de paix ne sauvegarde aucunement la sécurité des civils

Malgré l’accord de paix signé en septembre 2018 entre le président sud-soudanais en place, Salva Kiir, et le chef des... Voir l'article

Brésil : Bolsonaro veut exploiter l’uranium d’une réserve indigène

Le président brésilien compte exploiter à plein régime une importante réserve minière située dans une réserve indigène jouxtant l’Amazone, à... Voir l'article

Tensions Etats-Unis-Iran : Trump entre deux feux

America First ! Depuis l’élection de Donald Trump en 2017, ce slogan de campagne est symbolisé par le désengagement diplomatique... Voir l'article

  • Urgent

    Sécurité informatique : les dépenses mondiales s’envolent

    L’année 2018 est placée sous le signe de la recrudescence des dépenses de sécurité informatique avec une hausse de 18% à l’échelle planétaire. La protection... Voir l'article

    Soudan du Sud : l’accord de paix ne sauvegarde aucunement la sécurité des civils

    Malgré l’accord de paix signé en septembre 2018 entre le président sud-soudanais en place, Salva Kiir, et le chef des rebelles, Riek Machar, les violences... Voir l'article

  • personnalites

    Brésil : Bolsonaro veut exploiter l’uranium d’une réserve indigène

    Le président brésilien compte exploiter à plein régime une importante réserve minière située dans une réserve indigène jouxtant l’Amazone, à la frontière du Venezuela et... Voir l'article

    Tensions Etats-Unis-Iran : Trump entre deux feux

    America First ! Depuis l’élection de Donald Trump en 2017, ce slogan de campagne est symbolisé par le désengagement diplomatique et militaire des Etats-Unis au... Voir l'article

    B. Netanyahou promet de ne pas relâcher l’étreinte sur l’implantation iranienne en Syrie

    Lors d’un discours récent effectué à l’école de l’Armée de l’air israélienne, le Premier ministre hébreu, Benjamin Netanyahou, a réitéré sa volonté d’empêcher l’ennemi héréditaire... Voir l'article