Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara pleinement mobilisé contre le terrorisme

Alors que la cible géographique des attaques se déplace vers le golfe de Guinée, le président ivoirien affiche une combativité sans faille contre le terrorisme. Il s’associe aux pays de la région et s’assure du soutien de la communauté internationale.

Pour Bernard Emié, patron du renseignement extérieur français, les ambitions territoriales d’Al-Qaïda au Sahel ne font aucun doute. L’organisation terroriste développe « un projet d’expansion » vers le golfe de Guinée, en particulier la Côte d’Ivoire. « Ces pays sont désormais des cibles eux aussi. Pour desserrer l’étau dans lequel ils sont pris et pour s’étendre vers le sud, les terroristes financent déjà des hommes qui se disséminent en Côte d’Ivoire ou au Bénin », estimait le haut fonctionnaire français en février.

 

Multiplication des attaques terroristes en Afrique de l’Ouest

Il est vrai que les attaques terroristes n’ont cessé de se multiplier dans les pays d’Afrique de l’Ouest. Selon l’ONU, la région avait même été secouée par « un niveau sans précédent de violence terroriste » avant la pandémie de Covid-19.

Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, plus de 4 000 décès dus à la violence terroriste ont été signalés en 2019, contre 770 en 2016. Le nombre de personnes déplacées a quant à lui décuplé pour atteindre « environ un demi-million, en plus des 25 000 personnes qui ont trouvé refuge dans d’autres pays », selon Mohamed Ibn Chambas, chef du bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS). L’homme politique et diplomate ghanéen n’a eu de cesse de plaider pour un soutien effectif aux Etats de la région face au terrorisme.

Déjà en 2019, le diplomate alertait le Conseil de sécurité de l’ONU sur le fait que « la cible géographique des attaques terroristes s’[était] déplacée vers l’est, du Mali vers le Burkina Faso, et mena[çait] de plus en plus les Etats côtiers de l’Afrique de l’Ouest ».

Des craintes qui n’ont pas tardé à se concrétiser. Dans la nuit du 10 au 11 juin 2020, 14 soldats ont été tués dans une attaque contre une base des forces de sécurité à Kafolo, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire. Il s’agissait d’une première sur le sol ivoirien, qui n’avait pas connu d’attaque djihadiste d’ampleur depuis le 13 mars 2016. Ce jour-là, des assaillants avaient ouvert le feu sur la plage dans la ville balnéaire de Grand-Bassam, près d’Abidjan, faisant 19 morts.

Les attaques contre les positions des forces armées n’ont fait que se multiplier depuis, confirmant que le pays se trouve dans l’œil du cyclone djihadiste. Dans la nuit de dimanche à lundi 29 mars dernier, une double attaque a visé l’armée. La première, menée une nouvelle fois à Kafolo, a fait « quatre blessés côté ami », selon les informations de l’armée ivoirienne. La seconde, survenue à Kolobougou, près de la frontière burkinabè, a quant à elle fait un mort et un blessé parmi les gendarmes ivoiriens.

Près d’un mois plus tard, le 21 avril, des hommes armés non identifiés ont ouvert le feu sur les postes de garde de la base militaire de N’dotré, dans la commune d’Abobo (dans le nord d’Abidjan). « Le bilan provisoire fait état d’un blessé léger côté ami, de trois tués et un blessé fait prisonnier côté ennemi », a indiqué le chef d’état-major général des armées, le général Lassina Doumbia, dans un communiqué.

 

Des mesures pour « faire face à quelque menace que ce soit »

« Alertés depuis plusieurs années » sur la menace terroriste que subit la région, les dirigeants ivoiriens ont rappelé, dès l’attentat de juin 2020 à Kafolo, que « depuis déjà des années, des dispositions ont été prises par l’Etat de Côte d’Ivoire pour faire face à quelque menace que ce soit […] dans une coopération bien intelligente entre les services nationaux et internationaux ».

« Nous avons renforcé la protection militaire à nos frontières », affirmait de son côté Alassane Ouattara en octobre 2020, évoquant des actions dans « le domaine du renseignement et l’acquisition d’outils technologiques ».

C’est ainsi que l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT) sortira bientôt de terre en Côte d’Ivoire. « Unique en son genre », ce nouveau dispositif accueillera un amphi de 200 places et 15 salles. La première tranche immobilière a déjà vu naître un faux hôtel, un village sahélien reconstitué, un campement de brousse, un hangar modulable, un complexe explosifs, des stands de tirs et même une zone pour la conduite auto.

Si les salles de cours ne sont pas encore opérationnelles, une vingtaine de stages ont déjà eu lieu hors les murs. Ils ont accueilli des participants venus d’une dizaine de pays ouest-africains dont le Togo, le Sénégal et le Niger. Ils étaient juges, procureurs, enquêteurs ou encore spécialistes du renseignement ou de l’intervention. Leur objectif : se former à la continuité de l’antiterrorisme.

« L’ambition ici est de favoriser la prise en compte globale du terrorisme, depuis le renseignement jusqu’au traitement judiciaire en passant par l’action des forces spécialisées », a expliqué Philippe Autié, ambassadeur de France au Gabon.

 

Prise en compte globale du terrorisme

Afin de piloter et encadrer les stagiaires, des policiers de la sous-direction antiterroriste française et des magistrats spécialisés, comme l’ancien procureur de Paris François Molins, se sont déjà rendus sur le camp d’entraînement, qui disposera des installations spécifiques certifiées par les unités d’élite françaises.

Dans le cadre de sa lutte sans merci contre le terrorisme dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le président Alassane Ouattara a par ailleurs annoncé la création d’un Fonds régional de sécurité. Une contribution de 100 millions de dollars (50 milliards de FCFA) a été dégagée pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, trois pays membres de la ligne de front du G5 Sahel.

La Côte d’Ivoire continue en outre de renforcer la coopération avec les pays de la région. Ainsi, les autorités administratives frontalières locales ont rencontré leurs homologues burkinabés en avril dernier. Objectif : faire l’état des lieux de la mise en œuvre des actions de coopération transfrontalière et identifier les difficultés liées à leur déploiement.

« Nous sommes prêts à faire face à toute menace éventuelle », avait affirmé Alassane Ouattara avant sa réélection. Après celle-ci, l’heure est visiblement à la mobilisation et à l’action.

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