Metaux rares

Les terres rares, l’or noir de la Chine

Publication: 12/09/2019

Le Moyen-Orient a du pétrole, la Chine a des terres rares“, disait Deng Xiaoping, en 1992. Depuis, rien n’a changé. En tenant entre ses mains l’avenir de la transition énergétique et numérique, l’Empire du Milieu dispose d’une arme géopolitique qu’il peut activer à tout moment.

Dans la guerre commerciale qui oppose la Chine et les Etats-Unis, Pékin a un atout de poids dans sa manche.  “Si les États-Unis tentent de bloquer le développement de la Chine, écrivait le quotidien Global Times en juin dernier, tôt ou tard la Chine se servira des terres rares comme d’une arme”. Les terres rares ?  Un sous-ensemble des métaux rares comprenant 17 éléments aux propriétés voisines : le scandium, l’yttrium, et les quinze lanthanides.

Batteries rechargeables, smartphones, tablettes, écrans plats… les terres rares sont utilisées dans tous les produits technologiques dont nous nous servons au quotidien. Elles permettent, par exemple, de miniaturiser les téléphones mobiles tout en conservant leur efficience et entrent dans la composition de la plupart des technologies vertes (panneaux photovoltaïques et éoliennes en particulier). Une étude du CNRS a ainsi montré qu’en raison de ses besoins technologiques et de la “mutation écologique”, l’humanité consommerait plus de métaux entre 2018 et 2048 que depuis l’origine du monde.

Des métaux rares pas si rares…

C’est dire l’importance stratégique de cette ressource à laquelle l’industrie de la défense a également recours pour les radars, les sonars et l’assemblage des missiles intelligents. De rares, ces métaux n’ont en pourtant que le nom. Présents partout sur terre où ils sont mélangés naturellement à l’écorce terrestre, leur quantité disponible sur le marché est cependant très faible par rapport à la demande croissante dans les industries de pointe. 130 000 tonnes de terres rares sont produites chaque année, contre 2 milliards de fers. 15 000 fois moins ! Et ils sont chers. Un kilogramme de gallium vaut 150 dollars, soit 9 000 fois plus que le fer.

S’ils sont chers et extraits en faible quantité par rapport aux autres métaux, dits abondants, c’est que leur exploitation nécessite un outil industriel particulièrement développé. Le minerai doit être extrait de dizaines de kilos de roches, raffiné et transformé avec des produits chimiques. Comble de l’ironie, les dégâts écologiques et sanitaires provoqués par ce métal indispensable à la transition énergétique sont désastreux. En Chine notamment, l’activité minière liée aux métaux rares provoquent dans certaines régions une pollution accélérée des sols et des nappes phréatiques.

L’Occident délocalise la pollution

C’est précisément en raison de ce coût écologique exorbitant que les pays occidentaux ont décidé d’arrêter l’exploitation de leurs mines de métaux rares dans les années 1980. La Chine, qui n’avait pas le même niveau de développement qu’aujourd’hui, a sauté sur l’aubaine. Au milieu des années 1990, le français Rhône-Poulenc, devenu Rhodia, un des deux grands chimistes mondiaux des métaux rares, a ainsi délocalisé la branche polluante de son activité en abandonnant sa production pour la transférer en Chine. Résultat : l’empire du Milieu produit aujourd’hui à lui seul 95% des terres rares mondiales, principalement dans des mines en Mongolie intérieure et dans la province du Jiangxi.

Les dirigeants occidentaux ont commencé à prendre la mesure du problème en 2010, quand Pékin a agencé un embargo informel contre Tokyo afin d’obtenir la libération du capitaine d’un chalutier chinois détenu au Japon. Cette situation de quasi-monopole est évidemment une arme redoutable entre les mains des dirigeants chinois qui l’utilisent parfois en imposant des quotas d’importation à leurs voisins. Plusieurs pays ont d’ailleurs mené des actions devant l’OMC pour dénoncer ce chantage. Mais n’est-il pas déjà trop tard ?

Un renouveau extractif dans l’Hexagone ?

Pour Guillaume Pitron, auteur de La Guerre des métaux rares, la face cachée de la transition énergétique et numérique (éditions Les liens qui libèrent), une enquête qu’il a menée pendant six ans dans une douzaine de pays, les coûts environnementaux, économiques et politiques de notre dépendance aux métaux rares seront pires encore que ceux de notre société industrielle actuelle. Il y a donc urgence, explique le journaliste qui plaideen faveur d’un renouveau extractif dans l’Hexagone”. Rouvrir des mines dans notre pays permettrait non seulement de sortir de notre dépendance vis-à-vis de la Chine et de recouvrer notre souveraineté sur les matières premières, mais aussi de sortir d’une certaine hypocrisie consistant à consommer chez nous des produits qui causent d’importants dégâts environnementaux chez autrui. Nous prendrions ainsi conscience de l’impact de nos modes de vie sur l’environnement.

Le nationalisme minier, avenir de la transition écologique ? Qui l’eut cru…

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