Climat d’insécurité en Côte d’Ivoire : quelle réponse des autorités ?

Publication: 12/09/2017

Mutineries, attaques des postes de police, aggravation de la délinquance des mineurs. La Côte d’Ivoire est confrontée à des défis majeurs en matière de sécurité. Une situation prise très au sérieux par les autorités, qui multiplient les mesures et en appellent à une meilleure cohésion des Ivoiriens.  

Diagnostic sans appel

La politique de l’autruche, très peu pour lui. Dans un discours retransmis le 6 août à la télévision nationale, à l’occasion de la célébration de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, le chef de l’Etat, décidait de ne pas fuir ses responsabilité, annonçant sa volonté de reprendre en main la sécurité du pays : « Je souhaite vous parler en toute franchise de sujets qui demandent une attention particulière de chacun d’entre nous, dans l’intérêt de notre nation. Tout d’abord la sécurité », déclarait-il face à une population inquiète des attaques perpétrées contre les postes de police et de gendarmerie, des évasions de prisonniers ou encore des mutineries qui ont secoué le pays ces derniers mois.

Un communiqué, diffusé le 7 septembre dernier à l’issu du Conseil national de sécurité (CNS) présidé par M. Ouattara, rappelle que depuis le début de l’année « une série d’attaques armées a ciblé des postes de police et de gendarmerie dans les localités de Bingerville, Cocody, Azaguié, Fresco, N’Dotré, Adzopé et Songon ». Ces attaques, dans lesquelles certains démobilisés ainsi que des militaires sont impliqués, « s’inscrivent dans un projet de déstabilisation impliquant notamment des responsables politiques aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays », dénonce le CNS.

Le 19 juillet, une vingtaine d’hommes vêtus de treillis ont en effet réussi à s’emparer d’un important stock d’armement dans le Centre de coordination des décisions opérationnelles (CCDO), une unité mixte d’élite chargée de la sécurisation d’Abidjan et des grandes villes du pays. Parmi les assaillants, cinq appartenaient au bataillon blindé du camp militaire d’Akouédo, à Abidjan, et trois d’entre eux étaient mis à disposition du CCDO.

« Reprise en main » de l’armée

Selon le ministre de la Communication, Bruno Koné, « quand on voit le profil des personnes concernées et le nombre d’armes emportées, on peut dire, sans aucun doute, que ces attaques en préparaient d’autres de plus grande envergure ».

D’autres attaques menées par des commandos de dix à trente hommes, parfois vêtus de treillis des Forces armées de Côte d’Ivoire (FACI), ont donné lieu à des « braquages » des services financiers de l’administration publique et des établissements privés. « Nous avons pu dresser le profil de trois groupes d’assaillants », révèle un officier général au fait du dossier. Il s’agit « d’anciens combattants de la rébellion de Guillaume Soro reversés dans l’armée, des militaires toujours en poste qui s’étaient battus aux côtés du président Laurent Gbagbo et d’anciens combattants non intégrés à l’armée », assure-t-il.

Alassane Ouattara sait que son peuple est particulièrement éprouvé par les mutineries organisées ces derniers mois : « L’important travail de reprise en main de notre armée est plus que jamais nécessaire. A cet égard, nous accorderons une place de choix à la discipline et à la formation de nos soldats pour leur inculquer l’amour de la patrie et un sens civique élevé », a déclaré Alassane Ouattara le 6 août.

Réconciliation et cohésion

Afin de mette sur pied « une armée véritablement républicaine, réconciliée dans ses différentes composantes, mais aussi avec les populations », le chef de l’Etat s’est engagé à prendre de nouvelles mesures visant à améliorer les conditions de vie et de travail des soldats. En mai, le gouvernement annonçait le rétablissement de la chaîne de commandement et le relèvement du taux de bail de 20 000 F CFA dès janvier 2018, ainsi que la prise en compte de l’ensemble des préoccupations des militaires, gendarmes, policiers et paramilitaires.

Pour sa part, Richard Alain Donwahi, ministre de la Défense, indiquait que le gouvernement avait décidé d’une durée de quatre ans pour l’avancement des grades. De nouvelles casernes devaient par ailleurs être construites dans les quatre régions militaires.

Le communiqué du CNS souligne également que « depuis le 6 août 2017, des évasions de prisonniers sont survenues dans les maisons d’arrêt et de correction de Gagnoa, Aboisso et Katiola ainsi qu’au Palais de Justice d’Abidjan-Plateau ». Sur les 98 détenus qui s’étaient évadés de la maison d’arrêt de Katiola dans la nuit du 2 au 3 septembre, 44 avaient été arrêtés au 7 septembre. Des sanctions ont été prises à l’encontre des surveillants et régisseurs de ces établissements pénitentiaires, autour desquels la sécurité a par ailleurs été renforcée, toujours selon le communiqué du CNS.

Mais outre les mutineries et les évasions, les Ivoiriens ont également été confrontés aux actions des « microbes » ou jeunes délinquants mineurs qui n’ont cessé de prospérer. L’opération Epervier a été lancée afin de lutter contre ce phénomène. Elle a déjà permis le démantèlement de fumoirs, la saisie d’armes et de drogues et de nombreuses arrestations. Le nombre d’enfants « en conflit avec la loi » reste cependant élevé.

Conscient des défis que son pays doit relever en matière de sécurité, Alassane Ouattara en appelle à la réconciliation. « Je vous demande, frères et sœurs, de rester unis. Pour ma part, je continuerai à œuvrer, sans relâche, pour la réconciliation et une plus forte cohésion entre tous les Ivoiriens, sans exception. Chacun d’entre nous doit avoir à cœur de préserver la paix et la stabilité », a-t-il plaidé. Un préalable indispensable en effet.

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