Turquie : Fethullah Gülen demande une enquête internationale sur le coup d’État avorté

Publication: 12/08/2016

Dans une tribune publiée par Le Monde ce vendredi, Fethullah Gülen a exhorté les autorités internationales à enquêter avec transparence sur le putsch avorté du 15 juillet dernier à Ankara, dont le gouvernement local l’accuse d’être le commanditaire.

L’ancien allié du président en place, Recep Erdogan, aujourd’hui exilé aux USA et sous le coup d’un mandat d’arrêt, souhaite mettre fin aux accusations dont il fait l’objet. Des soupçons qui cristallisent chaque jour un peu plus l’opinion publique d’un pays en pleines turbulences politiques.

Si Ankara évoque une instrumentalisation de l’intéressé par Washington, ce dernier estime de son côté être le suspect un peu trop idéal d’un exécutif turc désireux d’assouvir un peu plus sa domination domestique. Son plaidoyer s’est donc axé sur une exigence de transparence judiciaire, alors que son bras de fer avec Erdogan sur ce dossier atteint son paroxysme.

Le fondateur du mouvement Hizmet a en conséquence surligné que sa formation n’était en aucun cas impliquée dans l’horrible tragédie du 15 juillet (plus de 290 morts), niant parallèlement une quelconque velléité de déstabilisation étatique : “Si des militaires qui se disent sympathisants du Hizmet ont trempé dans cette conjuration, je le dis sans aucun état d’âme, ce sont des félons qui ont ébranlé l’unité et l’intégrité du pays, des individus qui ont trahi mon idéal et qui ont fait des centaines de milliers de victimes. Si d’aucuns ont été sous l’influence du penchant interventionniste de l’armée et ont préféré piétiner les valeurs du Hizmet au nom de ce réflexe – ce que je ne pense pas – leurs fautes ne peuvent être imputées à tous les sympathisants du mouvement. Que Dieu les punisse.”

F.Gülen a évoqué par la suite le manque de latitude criant dont souffre le système judiciaire turc tant la main mise de R.Erdogan sur son processus décisionnaire ne souffre aujourd’hui d’aucune contestation.

Il est donc naturel pour ce dernier que les investigations sur cette affaire soient menées par des organes impartiaux : “Personne, ni moi ni un autre, n’est au-dessus du droit. Je souhaite que tous les coupables, quelle que soit leur affiliation, soient condamnés aux peines qu’ils méritent dans le cadre d’un procès équitable. Mais, depuis octobre 2014, le système judiciaire est sous la tutelle du pouvoir. La probabilité d’obtenir un procès équitable est donc quasi nulle. C’est la raison pour laquelle j’ai appelé à la création d’une commission internationale et annoncé que j’accepterais ses conclusions.”

A noter que la purge orchestrée par l’exécutif turc suite à ce triste épisode, n’a pas manqué de faire réagir le prédicateur qu’il compare à un véritable génocide : “Victimes d’une chasse aux sorcières, des centaines de milliers d’individus vivent un véritable drame humanitaire. Près de 90 000 personnes ont perdu leur emploi, 21 000 professeurs se sont vus retirer leur autorisation d’enseigner. Que souhaite le gouvernement ? Affamer ces gens qui ne peuvent plus exercer leurs métiers et qui sont frappés d’une interdiction de sortie du territoire ? Quelle est alors la différence avec les mesures pré-génocidaires de l’histoire européenne ?”

Si ces questions restent pour le moment sans réponse, l’homme se dit prêt à collaborer avec la justice turque, mais uniquement dans un cadre légal dont l’issue ne souffrirait d’aucune contestation : “Une commission internationale indépendante devra (obligatoirement) mener les investigations sur cette tentative de coup d’Etat”, précise-t-il.

Avant d’affirmer avec véhémence que “si le dixième des accusations dirigées contre (lui) était alors établi”, il s’engagerait alors “à retourner en Turquie pour y subir la peine la plus lourde.”

Source : Le Monde

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