Pékin sort les griffes face à ses grands groupes privés

Alibaba, Tencent, mais aussi Didi Chuxing ou Full Truck Alliance… Ces derniers mois, plusieurs sociétés internet chinoises de premier plan ont été visées par des enquêtes et condamnées à des amendes pour violation des lois anti-monopole. Le gouvernement chinois a visiblement décidé de reprendre la main pour que le développement exponentiel de ces mastodontes du numérique reste sous son contrôle.

Loin de l’image d’Epinal d’une politique économique dans laquelle le gouvernement travaillerait main dans la main avec ses grands groupes, les géants chinois de l’industrie et du commerce semblent de plus en plus dans le viseur des autorités. Plusieurs indices tendent en effet à prouver qu’après avoir laissé naître et prospérer des mastodontes, en particulier dans le secteur du numérique, le gouvernement a décidé de reprendre la main.

Les autorités s’en prennent à Alibaba

Fin 2020, l’Administration d’État pour la Régulation du Marché (SAMR), a ainsi lancé une enquête sur Alibaba pour des pratiques jugées anticoncurrentielles. L’entreprise de Hangzhou, présente dans de nombreux pays où elle a pris des participations ou racheter des sociétés pour en faire de filiales, réalise un volume d’affaires trois fois supérieur à celui de son concurrent américain Amazon. Côté à la bourse de New York en 2014 avec une introduction record de 25 milliards de dollars, Alibaba est aujourd’hui la plus grande entreprise au monde de paiements et de ventes au détail, possédant des centaines de millions d’utilisateurs pour ses services allant du commerce à la téléphonie en passant par les déplacements ou le jeu vidéo et la banque.

Mais, en 2020, elle a été contrainte de renoncer à mettre en bourse sa fintech Ant Group à Shangaï et à Hongkong en raison d’une enquête antitrust déclenchée par les autorités chinoises du marché. Dans la foulée, ces dernières lui ont imposé une amende colossale de 2,8 milliards de dollars – 4% de son chiffre d’affaires de 2019. Elles lui reprochaient d’imposer aux vendeurs de vendre leurs produits exclusivement sur sa plateforme en ligne au détriment des sites concurrents.

Au tour de Tencent et de Didi Chuxing

Sa rivale, Tencent, autre géant du numérique, a rapidement connu le même sort. L’entreprise créé à Canton en 1998, est notamment propriétaire de Wechat, l’une des applications mobiles de messagerie les plus populaires en Chine et qui dénombre plus d’un milliard de comptes dans le monde. Sous le coup d’une enquête visant de certaines de ses acquisitions, Tencent a notamment dû mettre fin aux contrats exclusifs qu’elle imposait aux détenteurs de droits d’auteur musicaux afin de « rétablir la concurrence sur le marché ». Une amende, certes symbolique, de 65 000 euros, lui a été imposée. Résultat, l’entreprise fondée par Pony Ma, a revu ses ambitions à la baisse, notamment dans le secteur du jeu vidéo.

Début juillet, Didi Chuxing, une autre grande entreprise de la tech chinoise, s’est retrouvée à son tour dans le viseur des autorités.  Leader incontesté du marché des VTC en Chine avec 90 % de parts de marché, fort de 493 millions d’utilisateurs, de 15 millions de chauffeurs et d’une présence dans 15 pays, l’entreprise fondée par Cheng Wei a connu une forte expansion en moins de dix ans et s’est progressivement diversifiée, en proposant des vélos en libre-service et un service de covoiturage. Au point que l’Américain Uber a préféré quitter la Chine. Mais son horizon s’est brusquement assombri quelques semaines seulement après une entrée en fanfare à Wall Street qui lui avait permis de lever 4,4 milliards de dollars. Le 4 juillet, l’autorité de surveillance de la cyber-sécurité lui ordonnait en effet de retirer des plateformes en ligne son application permettant de réserver un VTC. La raison donnée est « une grave violation de la réglementation en matière de collecte et d’utilisation des données personnelles des utilisateurs».

Contrôler le pouvoir grandissant de certains grands groupes privés

C’est au nom de cette même préservation des données personnelles des clients que, dans la foulée, deux applications de transport routier détenues par Full Truck Alliance et Zhiping.com, le site chinois numéro un de recherche d’emploi et de recrutement en ligne, ont également été visées par une enquête des autorités de la cyber-sécurité.

Point commun entre toutes ces affaires ? Ces entreprises venaient de s’introduire à la bourse de Wall Street, et leur mise en cause a immédiatement fait chuter leurs cours en Chine comme en Amérique. « La Chine ne peut pas autoriser un géant de l’internet à gérer une base de données contenant d’avantage d’informations personnelles sur les Chinois que l’État chinois lui-même n’en détient », affirme un ainsi le Global Times, filiale du quotidien du peuple. Selon les observateurs, d’autres entreprises privées devraient subir le même sort dans les mois qui viennent. L’objectif : montrer que la pouvoir grandissant de certains grands groupes industriels est désormais sous contrôle et brider le développement exponentiel du secteur privé afin de renforcer la position des entreprises publiques qui semblent en déclin après les réformes lancées par Deng Xiaoping à la fin du XXe siècle.

 

 

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