Lutte contre le terrorisme : l’Afrique de l’Ouest fait front commun

Publication: 11/07/2017

Pour s’adapter à la menace du terrorisme, les pays d’Afrique se réforment. Nouvelles unions régionales, lutte transnationale, réformes des armées, les forces de sécurité d’Afrique sont en pleine mutation.

 

Lundi 5 juin, les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Niger, du Tchad et de la Mauritanie se retrouvaient au Mali afin de faire le point sur la dernière initiative d’envergure de maintien de la sécurité dans la région du Sahel : un G5 sécurité. Cette zone à cheval sur les frontières malienne, burkinabaise et nigérienne va accueillir un nouveau contingent international, fort de 10 000 soldats. Les forces seront déployées conjointement par ces cinq pays pour poursuivre les efforts de sécurisation du périmètre, tombé en mars-avril 2012 sous le joug de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, et depuis toujours en proie à des attentats et des affrontements épisodiques.

 

« Cette force conjointe vient (…) prendre en charge la lutte contre le terrorisme. Ce qui est nouveau aussi dans le cadre d’une force de cette nature, au niveau du continent africain, c’est qu’elle va également être chargée de lutter contre tous les trafics : le trafic de drogue, le trafic d’êtres humains et tous les autres trafics » détaillait le ministre des Affaires étrangères malien, Abdoulaye Diop, en amont de la rencontre. Cette force viendra soutenir les opérations Fildjo des forces maliennes et la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) qui traquent les membres des réseaux terroristes au Sahel.

 

Mais le déploiement d’hommes sur le terrain ne suffit pas. Le crime transfrontalier et le terrorisme ont connu une véritable explosion sous l’effet de la propagation de nouveaux moyens de communication. Aussi, en appui au G5 Sahel, l’ONUDC a organisé une formation nationale intitulée « Cybercriminalité : l’utilisation des outils libres pour une lutte efficace et une conservation de la preuve électronique». Les agents des pays du G5 développent ainsi un meilleur contrôle mais aussi des capacités de travail transnationales qui permettent une réponse coordonnée aux menaces du Sahel.

 

Une guerre en pleine évolution

 

Battus sur le champ de bataille, les groupes terroristes sont devenus très mobiles, livrent désormais des opérations de guérilla et privilégient les attaques sur les civils. Ils ouvrent également de nouveaux fronts — à l’image de la Côte d’Ivoire. Le pays a subi un attentat meurtrier (au Grand-Bassam il y a un peu plus d’un an) et une infiltration de djihadistes dans le nord, depuis le sud du Mali. Déjà au fait de cette menace, le président ivoirien Alassane Ouattara voulait davantage peser dans l’effort régional pour lutter contre les « nouvelles menaces » que sont « la piraterie maritime, le grand banditisme et la cybercriminalité. » A cette fin, il a entrepris de réformer l’armée dès 2014.

 

L’armée ivoirienne a en effet dû faire face à de graves problèmes de subordination et d’organisation — étant largement formée de milices paramilitaires qui ont rejoint les forces nationales au terme de la crise de 2010-2011. Aussi, le président s’est engagé à « promouvoir la discipline et l’éthique militaires » au sein de l’armée ivoirienne fragilisée par les crises, via une « charte d’éthique » et un « code de déontologie. » Avant cette réforme, le Conseil national de sécurité déplorait l’existence de « deux armées », qui « ne [respectaient] pas toujours la chaîne de commandement et [faisaient] régulièrement preuve de manque de discipline et de cohésion. »

 

Vers une restructuration des forces armées

 

Dernier exemple de la transformation en cours de l’armée ivoirienne : l’intégration des demandes soulevées par les soldats mutins qui ont protesté dans le pays au printemps dernier. « La plupart des préoccupations soulevées sont déjà contenues dans la loi de programmation militaire » indiquait à ce propos le ministre de la Défense ivoirien Alain-Richard Donwahi. Elle devrait permettre d’« améliorer les conditions de vie et de travail dans les casernes » et de « bâtir une armée de métier plus professionnelle et plus efficace », toujours d’après ce dernier. Ces réformes ont d’ailleurs permis à la Côte d’Ivoire de devenir membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.

 

Aujourd’hui, fort de ce dynamisme, le pays s’est mobilisé afin de définitivement sécuriser la ville malienne Tombouctou. « C’est le retour de la Côte d’Ivoire avec des ambitions plus grandes : la lutte contre le terrorisme. Chacun de nous le sait, un seul pays ne peut pas lutter contre le terrorisme. Donc c’est ensemble que nous pouvons lutter contre ce phénomène », expliquait le général Touré Sékou, en charge de cette opération. Un soutien bienvenu, en particulier grâce à l’avance technologique des militaires ivoiriens par rapport à leurs voisins. Le détachement ivoirien est notamment chargé de sécuriser tout le camp de l’ONU et d’assurer l’escorte des convois logistiques de la Minusma.

 

La sécurité étant l’une des conditions essentielles de la prospérité, de plus en plus d’États africains réforment en profondeurs leurs armées et mettent en commun leurs forces afin d’éradiquer les violences qui minent le développement de la région. Une démarche salutaire et indispensable si le continent veut se développer et attirer les investisseurs étrangers.

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