Les chaines de production mises sous tension par la flambée du prix des matières premières

Les prix des matières premières connaissent une hausse exponentielle depuis le début de l’année 2021. Après une chute mondiale en 2020, cuivre, fer, acier, aluminium ou céréales explosent tous les records. Explications.

2021, sera-t-elle l’année de tous les records pour le prix des matières premières ? Début mai, le cours du cuivre a battu son plus haut niveau, lequel avait été atteint il y a près de dix ans. La tension est telle que les économistes prévoient de nouveaux pics sur le marché pour une matière première au bord de la pénurie. Certains professionnels estiment même que la tonne de cuivre pourrait atteindre le sommet vertigineux des 20 000 dollars en 2025.

La pénurie des semi-conducteurs

Mais le métal rouge n’est pas, tant s’en faut, la seule matière première sous tension sur le marché international. Selon l’indice Bloomberg des prix des matières agricoles, les prix des céréales, au plus haut depuis 2016, ont grimpé de 22% sur un an. Le cours du pétrole brut a pris quant à lui 30% d’une année sur l’autre. Celui du bois de construction a triplé au cours des douze derniers mois. L’étain, prisé pour les circuits électroniques ou les batteries, est également à son plus haut niveau depuis 2011. Son prix a doublé en un an. Conséquence : une pénurie sans précédent des semi-conducteurs, ces puces électroniques presque invisibles nichées dans une multitude d’objets du quotidien comme les ordinateurs, les téléphones ou les machines à laver. Arrêtées brutalement au début 2000 à cause de la pandémie, les chaînes de production n’ont pas redémarré assez vite pour répondre à l’explosion de la demande post-confinement.

Du fait d’une « sortie de crise Covid-19 » « la demande chinoise a explosé sur de très nombreux marchés de produits industriels, comme le fer, l’acier, les métaux non ferreux, les produits agricoles comme les céréales et les oléagineux », explique Philippe Chalmin spécialiste des matières premières, dans Le Figaro. Le constat vaut également pour les Etats-Unis. L’arrêt des productions américaines et asiatiques lors du premier confinement, pour s’adapter à une demande en berne, puis la reprise post-confinement, ont en effet décalé et perturbé les plannings industriels au cours de la forte reprise économique du second semestre 2020.

Les entreprises européennes en difficulté

En outre, Chine et Etats-Unis ont raflé une grande partie des matières premières disponibles depuis l’été 2020, créant de vrais déséquilibres régionaux dans l’accès aux ressources. Résultat, les entreprises européennes, dont certaines chaines de production sont momentanément contraintes à l’arrêt, se trouvent en grande difficulté pour honorer leurs commandes. La production de la Peugeot 308 à l’usine Stellantis (PSA) de Sochaux a ainsi été arrêtée pendant trois semaine consécutive au cours du mois d’avril 2021 en raison de la pénurie mondiale de semi-conducteurs qui affecte l’industrie automobile.

Mais ce problème de stock touche l’ensemble du secteur industriel. Les réserves globales des entreprises françaises se sont effondrées ces derniers mois pour atteindre le même niveau que lors du premier confinement, en mars 2020, soit – 4,7 %. Autre conséquence : plus rares, les matériaux deviennent plus chers. Dans le secteur du bâtiment par exemple, le prix des logements neufs pourrait fortement augmenter.

La faiblesse actuelle du dollar, référence internationale des cours mondiaux, explique aussi en partie la tendance haussière du prix des matières premières. La conjoncture renforce en effet la spéculation d’investisseurs qui souhaitent diversifier leurs placements. Ces derniers parient sans trop de risque que la demande ne cessera pas d’augmenter une fois la crise actuelle passée.

Cette poussée des coûts pourrait au final atteindre les consommateurs au portefeuille. Selon BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs financiers au monde, les goulots d’étranglement côté offre et une explosion de la demande due à la réouverture des économies accélèrent la hausse des prix, au point que l’inflation devrait se situer à près de 3% aux États-Unis entre 2025 et 2030.

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